Habitat social et participatif pour femmes âgées, l’utopie concrétisée à Saint-Martin-des-Champs (29)
Vivre en collectivité, mais pas en colocation, dans une maison avec des espaces partagés mais chacun chez soi, et avec de petits loyers. Ce projet en forme d’utopie, mené par un groupe de femmes âgées, est devenu réalité à Saint-Martin-des-Champs, grâce à l’appui déterminant de la municipalité.
© mairie de St-Martin-des-Champs
Il aura fallu près de dix ans à la commune de Saint-Martin-des-Champs pour faire aboutir ce projet d’habitat partagé et participatif, mais le résultat est bien là. Le 18 mars 2025, huit femmes âgées de 65 à 77 ans ont signé chacune un bail avec Finistère habitat et pris possession de leur nouvel appartement, des T2, d’une surface de 52 m² en moyenne, tous dotés d’un balcon ou d’une terrasse. Jusque-là, rien de plus classique. À ceci près, que dans leur petit immeuble, ces retraitées partagent des espaces communs, une buanderie et une chambre d’amis. Comme elles en rêvaient.
À l’origine, un café sénior
Tout est parti d’une discussion à l’occasion d’un café sénior, animé par l’Espace de vie sociale (EVS) La Courte échelle, de la ville voisine de Plourin-lès-Morlaix. C’était en 2015. Deux adjointes du conseil municipal de Saint-Martin-des-Champs reviennent emballées par une idée : des femmes âgées cherchent à construire un projet d’habitat participatif, pour bien vieillir à domicile, autonomes mais solidaires. « Ces adjointes sont venues m’en faire part, se souvient François Hamon, à l’époque, maire de la commune. Nous étions en pleine préparation du projet de rénovation du quartier de la gare. C’était la bonne occasion pour étudier si et comment nous pourrions imaginer un tel projet chez nous. »
L’idée de ces retraitées avait émergé quelques mois plus tôt, inspirée d’une pièce de théâtre où des femmes se posaient la question de comment vivre après le décès d’un proche. « Le groupe de travail « bien vieillir » de l’EVS a creusé l’idée, et nous avons pour cela organisé deux cafés séniors, l’un pour parler d’habitat et l’autre pour défricher les questions juridiques », explique Gaïd Beauverger, coordinatrice de l’EVS La Courte échelle, qui animait ces cafés. C’est à ce second café que les élues de Saint-Martin-des-Champs ont assisté.
Trouver le bon partenaire immobilier
Après un premier échange avec ce groupe de femmes, la commune propose à Finistère habitat, l’office départemental du logement social, de porter la partie immobilière du projet. « Notre projet de rénovation du quartier de la gare prévoyait déjà de réaliser des logements sociaux, il était pour nous logique que ce projet puisse voir le jour », se souvient l’ancien maire.
Finistère habitat et le groupe de femmes de la Courte échelle sont invités à étudier la manière dont leur projet peut s’intégrer dans celui de rénovation du quartier de la gare, avec l’équipe de maîtrise d’œuvre. Ils rejoignent son comité de pilotage. Le groupe des femmes participe aux réunions publiques, au diagnostic en marchant. C’est la première phase de co-construction. Nous sommes en 2017.
L’architecte identifie un lieu où un petit immeuble de huit logements pourrait être construit, adossé à l’ancienne école communale, vouée à devenir une maison d’assistantes maternelles. Selon le souhait des futures habitantes, le projet comprend, outre les appartements, des espaces communs : un salon et une salle polyvalente en mezzanine. Ainsi qu’un logement supplémentaire, qui fera office de chambre d’amis. Chacune projette d’y recevoir tour à tour sa famille. Cette partie commune relie le nouveau bâtiment et l’ancienne école.
Autogestion
Certaines femmes présentes au départ du projet n’ont finalement pas emménagé dans la maison, pour diverses raisons. D’autres s’y sont greffées au fur et à mesure. Un noyau central est resté, du début du projet jusqu’à son aboutissement. « Un groupe moteur comme ce collectif de femmes a été déterminant dans l’aboutissement du projet », reconnaît l’ancien maire. Une fois installées, les locataires ont créé une association « Ô Penty des pikes » pour organiser, gérer et animer cet habitat participatif. Le bailleur social a mis à leur disposition les espaces communs et la chambre d’amis (dont l’assurance est gérée via l’association). « Ce sont elles qui ont fait les démarches pour obtenir des aides à l’aménagement grâce à des subventions, par exemple, du Crédit mutuel ou des dons de mobilier du CCAS ; elles gèrent la buanderie commune », détaille la coordinatrice, qui continue à les accompagner. Car l’aménagement n’est pas encore terminé, il reste notamment à installer une petite cuisine commune. La mutualisation est le « point fort » de ce béguinage, décliné aussi pour les déplacements en voiture, notamment. Le collectif a organisé des portes ouvertes en octobre 2025. Les nouvelles habitantes ont créé des liens avec les riverains, elles font des balades avec les assistantes maternelles et les bambins de la MAM voisine, elles partagent aussi parfois le quatre-heures, font des lectures...
Dérogation encadrée
Ce projet ne rentrait dans aucun cadre préétabli. Il bousculait aussi les règles dans l’attribution d’un logement social, puisque les huit femmes à l’origine du projet étaient pré-positionnées pour en devenir les locataires. « Ce n’est pas dans la marche normale des choses, il a fallu batailler et convaincre », reconnaît l’ancien maire, mais chacun a accepté de faire un pas de côté. Et les conditions financières apportées par la commune, épaulée par l’intercommunalité, ont participé à débloquer les résistances (cf. encadré). « Nous avons eu la chance que la mairie croie au projet, sans jamais nous lâcher. Cela a été également une chance de pouvoir travailler en amont avec l’architecte, pour qu’il comprenne le projet. Notamment que la pièce commune en était l’élément clé. Nous avions visité d’autres initiatives où, souvent, cet espace commun est un peu l’élément pauvre. Là, cette pièce de vie conçue sur deux espaces distincts, dont un en mezzanine, est bien le cœur », complète la coordinatrice. Comme l’ancien maire, elle « espère que l’état d’esprit du projet sera conservé quand il s’agira d’accueillir une nouvelle locataire ». L’idée étant qu’au-delà des critères exigés pour l’examen des dossiers en commission d’attribution, une attention soit toujours portée à l’adhésion des candidates à la philosophie du projet.
(1) François Hamon ne se représentait pas aux élections municipales de mars 2026. Le nouveau maire est Jonas Plusquellec.
Partenaires
Le conseil départemental, à travers son bailleur social, Finistère habitat, a investi près de 1,5 million d’euros dans cette opération, qui a bénéficié également du soutien financier de Morlaix communauté (via la rétrocession par la commune de l’aide prévue par la communauté de communes, au titre de la construction de logements sociaux, soit 56 000 euros), de la fédération des centres sociaux et de la CARSAT. La ville a vendu le foncier au bailleur à l’euro symbolique.
Commune de Saint-Martin-des-Champs
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