À Montbrison, Gégé se refait une beauté (42)
Sur un site industriel historique, Montbrison a créé un nouveau quartier intergénérationnel et multifonctionnel. L’aménagement d’espaces et d’équipements publics associé à la reconfiguration des anciens bâtiments a ouvert ce nouveau lieu de vie sur la ville.
© Ville de Montbrison
Il n’est pas si fréquent que le recyclage d’une friche de plus de 40 ans donne lieu à la visite du Président de la République et soit cité en exemple par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) ! C’est pourtant le cas, pour la réhabilitation de la friche Gégé, du nom de l’entreprise qui y exerça son activité durant une cinquantaine d’années. Un nom inspiré des initiales de son fondateur, Germain Giroud. Gégé se hissa au premier rang dans le secteur du jouet en France dès la fin des années 1950, avec des best-sellers comme la poupée Caroline, vendue à près de trois millions d’exemplaires. Ce fleuron de l’industrie française employa jusqu’à 1 000 salariés. Mais sous la pression de la concurrence internationale, il ferme ses portes en 1979. La ville rachètera en 1991 ce site emblématique de l’histoire locale.
Un nouveau quartier interconnecté à la ville
Pour revivre et s’ouvrir sur la ville, il était nécessaire que le quartier reçoive des espaces et des publics. Aujourd’hui, après réhabilitation, il accueille une crèche de 31 places, un restaurant scolaire qui peut servir jusqu’à 160 repas par jour, une halle ouverte abritant le marché de Moingt, des espaces verts, une salle intergénérationnelle, un pôle médical avec deux généralistes et un dentiste. Enfin, des voies de circulation ont été réaménagées ainsi et environ 150 places de parking ont été créées. Ce nouveau quartier compte également 30 logements locatifs sociaux (PLAI et PLUS), 15 en accession sociale, 12 en accession libre et 10 maisons individuelles. Près de la moitié de ces logements est consacrée aux personnes âgées. Seul bémol : deux locaux commerciaux n’avaient pas encore trouvé preneur à l’automne 2025.
L’ensemble du site a été réhabilité avec l’ambition de conserver l’univers de ce que fut l’entreprise Gégé. Il est placé sous le régime de l’aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP), ancien outil de servitude d'utilité publique, et sa réhabilitation est effectuée sous le contrôle des Architectes de bâtiments de France (ABF). La contrainte de conservation de l’aspect industriel a représenté un défi technique majeur. Il a notamment fallu préserver de nombreuses fenêtres, quitte à ce que, après accord de l’ABF, une partie d’entre elles ne soient pas ouvrantes. L’Architecte des bâtiments de France a, par ailleurs, accepté l’ouverture d’une façade et la création d’une place publique donnant sur la rue principale au cœur de bourg de Moingt. Ces nouveaux aménagements facilitent les allées et venues des habitants.
Un préalable : l’acquisition d’un terrain mitoyen
Avant de lancer la réhabilitation de la friche Gégé, la commune a dû procéder à l’acquisition d’un terrain mitoyen de 6 000 mètres carrés pour constituer un ensemble de 1,5 hectare et lever l’hypothèque du droit de vue sur ce terrain où s’érigeait une maison. Un droit qui pouvait empêcher la création de logements sur la friche Gégé. Des négociations sont ainsi engagées entre la propriétaire du terrain et l’Établissement public foncier de l’ouest Rhône-Alpes (Epora), responsable du rachat, de la déconstruction et de la dépollution du site. Pendant plus d’un an, la situation n’évolue pas. Jusqu’au jour où la propriétaire du terrain emmène son chien chez le vétérinaire, qui n’est autre que le maire de Montbrison, Christophe Bazile. Cette rencontre débloque la situation et la vente est conclue quelques semaines plus tard pour la somme de 400 000 euros. La commune peut alors préparer l’appel à projets en bénéficiant de l’apport en ingénierie juridique et technique des programmes Action cœur de ville (ACV) et Réinventons nos cœurs de ville.
L’intervention publique indispensable à la mobilisation du privé
L’appel à projets permet de réunir des partenaires publics et privés. Un groupement d’investisseurs porté par l’OPH Loire Habitat se constitue. Outre des opérateurs privés, il regroupe notamment la société mixte Novim, opérateur de l’aménagement et de la construction qui porte les investissements ; l’agence d’urbanisme Epures ; la SCET sur les aspects juridiques ; Action Logement pour les logements destinés aux salariés ; et la communauté d’agglomération (voir encadré). La diversité de ces intervenants est certes un atout, mais elle représente également une contrainte forte quand il s’agit de coordonner les différents chantiers. Un travail dont se charge Novim et les équipes municipales.
« La collectivité doit nécessairement intervenir dans ce type d’opération, pour en assurer l’équilibre financier », constate le maire. La ville a acheté en l’état de futur achèvement (VEFA) des locaux pour installer la crèche et le restaurant scolaire. Les voies de circulation ont été réaménagées, notamment par la communauté Loire Forez. « Ces cautions fournies aux investisseurs privés permettent de commencer les travaux. »
Une fierté retrouvée
Ce nouveau quartier intergénérationnel et multifonctionnel a été inauguré en juin 2025, en présence d’un millier de personnes. Parmi elles, les premiers habitants des nouveaux logements et des professionnels qui travaillent déjà sur le site. L’engouement s’est confirmé en septembre lorsque la population a été invitée à découvrir un jeu de l’oie géant, qui mettait en scène les jouets fabriqués par Gégé. La renaissance de ce lieu qui fut le cœur battant de l’ancienne commune de Moingt pendant des décennies a suscité un regain de fierté des habitants. Une fierté qui trouvera encore à s’épanouir à l’occasion d’un spectacle théâtral bâti à partir des témoignages des anciens salariés de Gégé et de leurs enfants. Il sera joué par une troupe d’acteurs mêlant des professionnels, des amateurs et des élèves du lycée Beauregard de Montbrison.
Les coûts du recyclage
Coût total du recyclage de la friche Gégé : 20 millions d'euros HT
- la ville apporte 4,7 millions d'euros, l'Epora 2,3 millions d'euros et le groupement Loire Habitat 13 millions d'euros
- À cela, il faut ajouter 800 000 euros HT de Loire Forez Agglomération pour la rénovation de l'avenue Thermale, qui dessert le site.
La Banque des Territoires a financé plusieurs études, pour un montant de 30 000 euros et cofinancé d’autres études dans le cadre d’ACV pour un montant total de 150 000 euros. Elle a également augmenté le capital de la SEM Novim, qui a participé au projet à hauteur de 135 000 euros.
Le déficit global est ainsi réparti :
- ville : 2,7 millions d'euros
- EPORA : 2,1 millions d'euros
- Loire Habitat : 1,3 million d'euros
Commune de Montbrison
Nombre d'habitants :
Voir aussi
Pour aller plus loin
Découvrez nos newsletters
-
Localtis :
Propose un décryptage des actualités des collectivités territoriales selon deux formules : édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. -
Territoires Conseils :
Recevez tous les quinze jours la liste de nos dernières publications et l'agenda de nos prochains rendez-vous.