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Fibre optique : après l’accélération, le risque de surchauffe ?

Si la crise n’a pas affecté le rythme des déploiements FTTH, les regards se portent désormais sur la qualité des raccordements. Conséquence directe de la crise sanitaire, les Français se sont en effet rués sur la fibre. Avec parfois des déceptions sur la qualité de service promise. La sous-traitance est particulièrement dans le viseur de collectivités qui souhaitent que la "qualité des réseaux" soit auditée et inscrite dans le dur des textes.

Selon les dernières estimations de la filière, le seuil des 5 millions de logements raccordés devrait être atteint fin 2020, une véritable performance en cette année de pandémie. "Nous sommes le pays où la fibre se déploie le plus rapidement", s’est félicité le secrétaire d’Etat désormais en charge des communications électroniques Cédric O à l’occasion de l'université du THD qui s’est tenue les 20 et 21 octobre 2020 aux Sables d’Olonne. L’effondrement craint un temps par la filière n’aura donc pas eu lieu même si des retards sont à craindre dans certains endroits. "Trois à six mois", telle est la latence que prévoient les opérateurs toutes zones confondues (Amii, RIP, Amel).  Un "retard structurel" (comprendre incompressible) selon Cyril Luneau d’Orange car "si on a repris le rythme de déploiement que l’on atteignait en 2019, on n’était déjà proche du maximum de nos capacités de production". 

Les conditions du 100% fibre

Ce rattrapage, qui devrait s’échelonner sur 2021 et 2022, ne devrait donc pas impacter significativement le calendrier gouvernemental du plan THD. L’objectif est désormais de préparer l’échéance de 2025 du "100% fibre" sur l’ensemble du territoire. Si l’obstacle financier semble désormais levé avec la rallonge de 240 millions d’euros affectée au FANT (notre article), il reste à le mettre en musique. "D’ici la fin de l’année les 21 départements n’ayant pas encore programmé une couverture à 100% en FTTH vont être invités à nous transmettre leur projet", a précisé Cédric O. Mais le 100% fibre passe aussi par la levée d’un certain nombre d’obstacles. Le premier concerne la Base adresse nationale (BAN) – l’adresse étant une donnée indispensable à toute demande de raccordement – sujet sur lequel planche désormais une "startup d’Etat". "Ce dossier prendra plusieurs mois à être réglé mais va profiter à de nombreux secteurs d’activité bien au-delà des télécoms", a souligné Cédric O. Le second porte sur l’usage des poteaux aériens d’Enedis. Des points d’appui indispensables pour "au moins 20% des raccordements en zone rurale" selon le président d’Altitude infrastructure David El Fassy. "Jusqu’à preuve du contraire, aucun support n’est tombé pour cause de surcharge liée à une fibre ou à un fil de cuivre. Le blocage est politique", a fustigé Patrick Chaize, sénateur de l’Ain et président de l’Avicca. Comme Infranum, l’association estime qu’il faut imposer à Enedis la suppression des études pour l’usage de poteaux destinés aux raccordements finaux (hors collecte). "Il y a des risques et je ne pense pas que l’on puisse se passer totalement d’étude", a avancé le secrétaire d’Etat tout en renvoyant le dossier au groupe de travail associant représentant des élus, opérateurs et Enedis. Le 100% fibre passe enfin par la définition d’un nouveau cadre juridique pour en faire un service public universel à part entière. C’est l’objet de la loi adaptant diverses dispositions européennes, dite DDADUE, actuellement dans la navette parlementaire (voir encadré).

La durabilité des réseaux en question

Cette loi va notamment inscrire dans le dur des obligations de qualité des réseaux de communication électronique, pour les rendre aussi fiables que les réseaux d’eau ou d’électricité. Ce sujet "qualité" est d’autant plus sensible que les problèmes se multiplient avec la croissance des abonnés à la fibre. Il faut dire que la crise sanitaire a considérablement aidé à vendre la fibre à des personnes qui ne cernaient pas toujours l’intérêt du FTTH avant le confinement. Chez TDF, par exemple "le taux de pénétration atteint 34 à 40% en à peine trois mois dans les RIP que nous pilotons" a fait état Cyril Gasc, bien au-delà des prévisions de commercialisation que l’opérateur pouvait faire l’an dernier. Cet afflux d’abonnements a pour conséquence de créer des tensions dans la partie raccordement des clients. Celle-ci incombe pour l‘essentiel à des sous-traitants selon le mode STOC, acronyme de sous-traitance opérateurs commerciaux. Un mode STOC auquel l’Avicca attribue "une pandémie de malfaçons" (lire son communiqué du 21/10 ) : armoires remplies de "paquets de nouilles", fixation hasardeuse des boitiers clients et multiplication des échecs de raccordement ou des connexions intempestives…  Des désordres que les opérateurs ont commencé à prendre en main. Fabien Gevaert, représentant d’Axione a ainsi fait état "d’expérimentations en cours" et "d’un nouveau contrat type" avec les sous-traitants pour clarifier les responsabilités et répartir la charge financière de la résolution des désordres. L’Avicca attend pour sa part beaucoup de "la mission de contrôle des déploiements FttH" que vient de lancer l’Etat. Celle-ci examinera les déploiements tant dans les zones privées que publiques et s’intéressera aux méthodologies comme à la qualité des équipements installés. Une mission "sanitaire"  dont elle espère qu’elle permettra de garantir la durabilité des réseaux.   

L’internet haut débit dans le service universel

La loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière économique et financière (DDADUE ) comporte un chapitre consacré aux communications électroniques. Ce texte vise notamment à renforcer la fiabilité des réseaux télécom dont la pandémie a montré l’importance vitale. Les opérateurs seront ainsi soumis à des obligations précises en matière de nombre d’incidents, de personnes touchées, de durée de rétablissement du service… Les alertes d’urgence devront également pouvoir utiliser internet en plus des réseaux mobiles. L’article 27 élargit surtout le champ du service universel des télécoms. Celui-ci intègre désormais explicitement l’obligation de fournir à l’ensemble des citoyens un accès internet "haut débit" à un tarif "abordable". Celui-ci est défini par l’accès à un certain nombre de services (messagerie électronique, moteurs de recherche, banque en ligne, appels vocaux et vidéo…). Le service universel intégrera également une obligation de répondre à toutes les demandes de raccordement. Adopté par les deux chambres, le texte doit passer sous peu en commission mixte paritaire.
 

 

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