Fin de Parcoursup, classes réduites, postes supplémentaires : le gouvernement tente d'apaiser la colère lycéenne

Après plus d'un mois de blocage lycéen et étudiant, le gouvernement a annoncé un train de mesures qu'il estime en phase avec les revendications. Plusieurs d'entre elles, notamment la fin de Parcoursup et le recrutement d'enseignants, devront faire l'objet d'une adoption au Parlement, et ce dès le vote du projet de loi de finances.

"On couvre tout le champ des revendications des lycéens", a assuré Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, lors d'une conférence de presse tenue le 26 octobre aux côtés de Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, au cours de laquelle ils ont présenté les mesures gouvernementales en réponse au mouvement de blocage lycéen et étudiant déclenché il y a plusieurs semaines. Pour couvrir "tout le champ des revendications", les ministres se sont appuyés sur une consultation en ligne qui a donné lieu à plus de 100.000 contributions issues de près de 3.000 lycées. 

Bâti scolaire : 4 milliards de prêts bonifiés aux collectivités

Premier problème mis en avant par cette consultation : la "pression scolaire" exprimée dans 71% des contributions. Pour y faire face, le gouvernement annonce la réduction à 28 du nombre d'élèves en classe de seconde dans les lycées publics, d'abord dans les 50% d'établissements "les moins favorisés" dès la rentrée de 2027, puis dans les autres à la rentrée 2028. D'autre part, le nombre d'élèves sera limité en classes de première et de terminale dans les groupes de spécialités les plus nombreux. Pour encadrer ces classes réduites, les 836 suppressions de postes prévues par le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 dans le second degré public seront annulées par un dépôt d'amendement du gouvernement et 500 postes supplémentaires seront créés dans les lycées.

Deuxième préoccupation des lycéens, le bâti scolaire va faire l'objet de prêts à taux bonifiés à hauteur de 4 milliards d'euros supplémentaires en faveur des régions et départements de manière à ce qu'ils puissent "très rapidement trouver des sources de financement pour poursuivre, amplifier et mener à bien les travaux de rénovation des bâtiments", a précisé Édouard Geffray. Les travaux devront porter sur "la rénovation thermique, le confort mais aussi, parfois, des conditions de travail qui ne sont pas dignes". Le dossier de présentation des mesures évoque plus précisément "d’ici 2030, jusqu’à 4 milliards d’euros, soit 1 milliard d’euros par an, de prêts à long terme et à taux préférentiels du programme ÉduRénov", programme de la Banque des Territoires qui mobilise les ressources du fonds d'épargne. Une réunion aura lieu dès le 29 octobre avec les régions et les élus lycéens pour travailler "point par point" sur les différents leviers disponibles et sur la programmation de ces crédits qui s'ajouteraient au 1,5 milliard d'euros déjà engagé au titre de la rénovation des lycées.

500 recrutements pour traiter la santé mentale des élèves

Autre engagement fort pour le lycée : la santé mentale, qui figure en troisième place des préoccupations (malheureusement confondue avec les difficultés touchant au climat scolaire dans la synthèse des revendications). Ici, l'objectif est de "permettre une prise en charge très rapide en cas de difficulté." En conséquence, les 300 créations de postes d'infirmiers scolaires, de psychologues et d'assistantes sociales supplémentaires prévus dans le PLF pour 2027 seront portées à 500.

Toujours à propos des doléances exprimées lors de cette consultation – qui montre en outre que le fonctionnement des cantines est à améliorer pour 13% des contributeurs et celui du transport scolaire pour 7% d'entre eux –, le ministre a indiqué que chaque président de région recevrait la synthèse concernant son territoire, de même que les établissements, quand ils ont pu être identifiés, "pour donner des suites concrètes" aux revendications des élèves. 

Fin de Parcoursup en 2028

Restait à traiter le problème épineux de Parcoursup qui a cristallisé les critiques des jeunes ces dernières semaines. Ici, Philippe Baptiste n'a pas tergiversé : l'actuelle plateforme d'orientation vers l'enseignement supérieur sera supprimée en 2028. Pourquoi cette échéance ? Parce que Parcoursup est adossé à la loi Orientation et réussite des étudiants de 2018 et certains éléments du dispositif ne peuvent être changés que par la loi. Un travail législatif sera donc lancé, avec un premier débat (sans vote) à l'Assemblée nationale dès ce mercredi 28 octobre.

En attendant 2028, Parcoursup va être rendu plus lisible et plus facile d'accès. Parmi les mesures à venir rapidement, on note un renforcement de l'accompagnement à l'orientation dès la seconde, une présentation des formations en vidéo, la suppression de la lettre de motivation (sauf là où elle peut être utile), la possibilité de demander une explication en cas de refus d'admission, la transparence sur les "algorithmes" utilisés dans la sélection par les établissements, et, en 2028, la suppression de la mention du lycée d'origine.

15.000 nouvelles places dans l'enseignement supérieur

En aval de Parcoursup, le gouvernement a encore annoncé 15.000 nouvelles places dans l'enseignement supérieur pour les rentrées de 2027 et 2028, "en premier lieu en Île-de-France, car c'est là que la situation est la plus tendue, et essentiellement destinées aux bacheliers technologiques et professionnels", a précisé Philippe Baptiste. Ce qui reviendra à créer 10.000 places en BTS, 4.000 places en IUT et 1.000 places universitaires.

Enfin, la lutte contre la précarité étudiante se concrétisera par l'indexation des bourses sur l'inflation, le recrutement de 800 personnes autour du dispositif du repas étudiant à un euro, et un milliard d'euros supplémentaires d'ici à 2029, dont 200 millions d'euros dès 2027, pour la rénovation de campus universitaires. Autant de mesures qui s'ajoutent à la construction de 45.000 logements étudiants lancée l'an dernier, dont 26.000 chantiers sont déjà en cours de réalisation, avec l'accompagnement de la Banque des Territoires qui a engagé 5 milliards d'euros sur ces opérations.

Pas de "promesse en l'air"

Durant une heure, Édouard Geffray a, à plusieurs reprises, insisté sur la solidité des engagements du gouvernement : "Aucune des décisions que nous prenons n'est une promesse en l'air. Tout ce que nous disons sera fait et sera respecté dans des délais précis et de manière chiffrée." Reste toutefois à convaincre le Parlement de voter des mesures qui doivent en passer par l'adoption du budget pour 2027 et qui nécessiteront "des efforts sur d'autres périmètres ministériels", comme l'a fait remarquer Philippe Baptiste.

Les réactions à ces mesures ne se sont pas fait attendre. Dès le 25 octobre, France universités, qui regroupe 117 présidents d'université, avait anticipé l'annonce de la suppression de Parcoursup en estimant que ce n'était pas "la solution magique", que la plateforme n'était responsable "ni de l'insuffisance des capacités d'accueil dans certaines filières universitaires très demandées, [...] ni du manque de places [...] propres à donner de vraies chances de réussite aux titulaires de baccalauréats techniques ou professionnels".

"Les régions attendent autre chose que des facilités d'endettement"

De leur côté, Carole Delga, présidente de Régions de France, et François Bonneau, président de sa commission éducation-orientation, ont déclaré dans un communiqué du 26 octobre que "les régions attendent autre chose que des facilités d'endettement. Elles attendent que l'État cesse de réduire leurs moyens (2,7 milliards en trois ans) et qu'il préserve leur capacité à agir de manière structurelle". Et à propos d'une liste de cinq cents lycées à rénover en priorité établie par les recteurs, les régions rappellent "qu'elles n'ont pas attendu l'État pour agir. Elles connaissent finement l'état de leur patrimoine immobilier et disposent toutes de plans pluriannuels d'investissement. Elles invitent l'État à respecter leur compétence, à simplifier les procédures et à se concentrer sur les nombreux sujets dont il a la charge".

Enfin, principale intéressée par les annonces du gouvernement, l'Intersyndicale jeunesse, qui rassemble des organisations étudiantes (l'Union étudiante, la Fage et l'Unef) et l'Union syndicale lycéenne (USL), a appelé à poursuivre la mobilisation. Car si les mesures couvrent "tout le champ des revendications", elles ne le font pas dans les proportions souhaitées par les lycéens et étudiants, qui réclament par exemple 250.000 nouvelles places dans l'enseignement supérieur, loin des 15.000 proposées.

 

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