Mouvement lycéen : évolution de Parcoursup, suspension de l'usage des grenades assourdissantes...l'exécutif cherche à désamorcer le conflit

À la veille d'une nouvelle journée de mobilisation, le gouvernement cherche à désamorcer une contestation lycéenne qui mêle dénonciation des conditions d'études, critiques de Parcoursup et défiance envers les institutions. Alors que le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, exclut toute suppression de la plateforme d'orientation, l'exécutif ouvre des espaces de dialogue. Dans le même temps, les violences liées au mouvement conduisent le ministre de l'Intérieur à suspendre l'usage des grenades assourdissantes.

Le gouvernement joue la carte de l'apaisement face à un mouvement lycéen qui ne faiblit pas. Au lendemain d'une mobilisation réunissant, selon les estimations, entre 266.000 et 450.000 manifestants, les cours ont repris mercredi 7 octobre 2026 dans la majorité des établissements, mais plus de 500 lycées demeuraient totalement ou partiellement perturbés.

Selon le ministère de l'Éducation nationale, 86% des lycées ont rouvert leurs portes mercredi matin. Le recul des blocages ne signifie toutefois pas un essoufflement du mouvement. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent déjà à un nouvel "acte 4" jeudi 8 octobre, tandis que des assemblées générales se tiennent dans les établissements et sur les campus pour décider de la poursuite de la mobilisation.

Les lycéens dénoncent l'insalubrité de certains bâtiments, des classes et des emplois du temps surchargés, le manque de remplaçants, mais aussi les inégalités qu'ils estiment générées par Parcoursup.

Sans Parcoursup "des risques très sérieux d'assignation sociale et territoriale"

C'est sur ce terrain que le gouvernement tente de répondre politiquement. Interrogé mercredi sur BFM-TV, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a rejeté les appels à supprimer la plateforme d'orientation post-bac. Le ministre s'est toutefois dit favorable à des évolutions. "Il faut aussi faire évoluer l'outil", a-t-il reconnu, promettant des discussions avec les organisations représentatives.

À l'Assemblée nationale, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a lui aussi défendu le dispositif. Selon lui, une disparition de Parcoursup sans mécanisme alternatif ferait courir "des risques très sérieux d'assignation sociale et territoriale". Il a notamment souligné que la plateforme avait favorisé l'accès d'élèves de Seine-Saint-Denis aux établissements parisiens. Il a par ailleurs indiqué que Philippe Baptiste présenterait "dans dix jours" des propositions visant à améliorer la transparence du système.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même a reconnu mardi devant les députés que "tout ce qu'on peut corriger" dans Parcoursup serait corrigé.

Les revendications étudiantes demeurent toutefois très éloignées de la ligne gouvernementale. Reçues mercredi par Philippe Baptiste, plusieurs organisations, dont la Fage, l'Union étudiante et l'Unef, ont porté une plateforme commune réclamant notamment la fin de la "sélection via Parcoursup et Mon Master", la création de 250.000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur et une revalorisation des bourses.

Une crise qui gagne l'enseignement supérieur

On le sait, la contestation ne se limite plus aux lycées. Selon le ministère, près de 40% des établissements d'enseignement supérieur ont été perturbés mardi.

Sur de nombreux campus, les étudiants s'organisent pour prolonger la mobilisation. "On ne va rien arrêter", a averti Sabrine Kharbach, porte-parole de l'Union étudiante.

Cette extension du mouvement inquiète l'exécutif, déjà confronté à plusieurs fronts sociaux et budgétaires. Cette extension explique la volonté affichée par Philippe Baptiste d'ouvrir rapidement une phase de concertation avec les organisations étudiantes, tout en excluant toute réponse financière d'ampleur immédiate : "On va regarder, on va discuter. La porte est ouverte", a-t-il indiqué.

Des violences qui durcissent la crise

L'autre sujet de préoccupation concerne les violences qui accompagnent une partie du mouvement. Édouard Geffray a affirmé mercredi que 24 lycées avaient été "incendiés ou saccagés", privant d'enseignement en présentiel quelque 30.000 élèves "pour plusieurs semaines".

Au total, 6.547 interpellations ont été réalisées depuis le début de la contestation, dont 488 pour la seule journée de mardi. Plus de 700 policiers et gendarmes ont également été blessés, selon le ministère de l'Intérieur.

La gestion du maintien de l'ordre fait désormais l'objet d'une attention particulière après plusieurs blessures graves de manifestants. À la suite de l'accident survenu à Lens, où un adolescent de 15 ans a perdu une main, Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes pour les opérations liées au mouvement lycéen. "Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n'a pas été faite sur ce qui s'est passé", a déclaré le ministre de l'Intérieur. Dix-huit enquêtes ont par ailleurs été confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

"Plus de marge de manœuvre [...] aux chefs d'établissement"

Dans une analyse diffusée le 7 octobre, Marie-Caroline Missir, déléguée générale du think tank VersLeHaut, estime que le mouvement révèle "une crise éducative profonde".

Elle y voit d'abord l'expression d'une parole juvénile insuffisamment prise en compte dans les processus de décision. Elle souligne également la difficulté des éducateurs et des familles confrontés à des violences qui brouillent la lecture du mouvement. Enfin, elle considère que cette mobilisation met en lumière "les limites d'un système éducatif très centralisé, laissant peu de marges de manœuvre aux établissements pour répondre concrètement aux attentes des élèves". "Ce mouvement, s'il ne conduit pas à donner plus de marge de manœuvre et de capacité d'action aux chefs d'établissement et à leurs équipes, prend le risque de déboucher sur une impasse", avertit-elle.

Dans ce contexte explosif, Sébastien Lecornu devait s'entretenir mercredi soir avec Régions de France et s'exprimer dans la foulée depuis Matignon. Le Premier ministre est attendu sur sa capacité à proposer une issue politique à une contestation qui s'installe et qui se combine désormais à d'autres préoccupations : tensions sur le pouvoir d'achat, crise agricole liée aux effets des canicules et inquiétudes autour de la trajectoire des finances publiques.

 

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