Mouvement lycéen : Sébastien Lecornu lance cinq chantiers pour "répondre aux difficultés"

Le Premier ministre Sébastien Lecornu entend répondre aux actuels blocages de lycées en proposant cinq chantiers, dont celui de la rénovation des lycées en lien avec les conseils régionaux. Les premières décisions et les premiers chiffrages des réformes à venir sont attendus d'ici la fin octobre 2026. 

Une feuille de route et des premières décisions attendues fin octobre, c'est ce que propose Sébastien Lecornu pour répondre à la crise ouverte dans les lycées français (lire notre article du 1er octobre). Dans une lettre adressée au ministre de l'Éducation nationale et à l'ensemble des ministres, reproduite le 4 octobre sur son compte X, le Premier ministre annonce "un pas supplémentaire pour répondre aux difficultés des lycéens et des personnels éducatifs".

Sébastien Lecornu annonce "cinq chantiers" qui sont autant de "sujets remontés des conseils académiques de la vie lycéenne, réunis ces derniers jours dans toutes les académies". Le premier d'entre eux : assurer les cours. "Dès cette semaine, demande le Premier ministre au ministre de l'Éducation nationale, vous lancerez dans chaque académie un traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus [...]." Il souhaite également que les délais d'affectation des remplaçants soient réduits, que l'amélioration des remplacements courts soit poursuivie et qu'un rattrapage des cours manqués soit mis en place, notamment dans le cadre de "stages de réussite" sur les petites vacances.

L'État aux côtés des régions

Deuxième chantier : garantir "des conditions d'enseignement dignes et préparer les lycées aux fortes chaleurs". Après avoir rappelé la "compétence exclusive" des conseils régionaux sur les bâtiments et les équipements des lycées publics, le Premier ministre indique que l'État "pourra accompagner les régions qui en expriment le besoin". "Ni l'État ni les régions ne doivent se renvoyer la responsabilité des difficultés", lance le Premier ministre, qui pointe des priorités : salles de classe équipées, sanitaires propres et équipés, chauffage, matériel indispensable, restauration et internats. 

En outre, le ministre de l'Éducation nationale et les ministres chargées de la Transition écologique et des Collectivités territoriales proposeront aux régions, avant fin octobre, "les priorités d'adaptation aux fortes chaleurs, en mobilisant les diagnostics et les financements existants, dans le respect de la libre administration des collectivités territoriales". Le Premier ministre évoque notamment la protection solaire, l'isolation, la ventilation, la végétalisation, mais aussi "lorsque cela est nécessaire", la climatisation. "L'objectif est d'engager les interventions réalisables avant l'été 2027 et de donner un calendrier aux travaux plus lourds", pointe-t-il.

Les régions n'ont reçu aucune invitation

Pour avancer sur ce chantier, Sébastien Lecornu précise que plusieurs ministres s'entretiendront avec les présidents des conseils régionaux le 6 octobre en visioconférence pour fixer "une méthode commune", "identifier les urgences" et "établir un calendrier". Seulement voilà, la "méthode commune" pourrait s'avérer difficile à trouver. En effet, les principaux intéressés expriment leur surprise dans un message posté sur le compte X de Régions de France : "Les présidentes et présidents de région découvrent sur les réseaux sociaux l'annonce d'une visioconférence par Matignon. Alors qu'ils demandent à être reçus par le Premier ministre depuis des mois, ils n'ont reçu, à cette heure, ni invitation, ni ordre du jour [...]." Régions de France rappelle également que "le gouvernement prévoit de couper un milliard d'euros dans les budgets des régions en 2027 [...]. C'est irresponsable alors même qu'elles comptent investir dans l'adaptation au changement climatique, notamment dans les lycées". Et l'association d'élus de conclure : "Le gouvernement doit revoir sa copie en urgence."

Depuis le début, le mouvement a fait "autour de 20 millions d'euros de dégâts", selon une première estimation donnée lundi par Régions de France à l'AFP. L'association assure que les "régions ont beaucoup investi" dans ces établissements ces dernières années. "On ne peut pas laisser dire que l'état des lycées en général serait mauvais en France", estime-t-elle, même s'il y a des "efforts spécifiques" à faire, notamment pour la période des examens en juin.

Revoir les emplois du temps avec les autorités responsables des transports

Le troisième chantier mis en avant par Sébastien Lecornu vise à "organiser des journées qui permettent de travailler et de vivre au lycée". Il demande au ministre de l'Éducation nationale d'examiner "les améliorations possibles des emplois du temps" en associant les autorités locales responsables des transports. Il souhaite en outre que soit facilité l'accès au sport, à la culture et aux espaces de vie collective "avec les collectivités et les associations", et encore que des réponses de proximité soient organisées "là où l'accès à une infirmière, à un psychologue ou à un accompagnement social est le plus difficile". Le quatrième chantier touche l'orientation, pour laquelle des "améliorations réelles" à Parcoursup devront être proposées avant fin octobre. Toujours à propos d'orientation, le Premier ministre  souhaite que l'accompagnement commence "suffisamment tôt au lycée, avec un interlocuteur identifié, notamment pour les familles peu au fait de l'enseignement supérieur".

Pour des engagements financiers "tenables"

Quant au dernier chantier, "sans doute le plus important", selon Sébastien Lecornu, il consistera à réunir les conseils de la vie lycéenne (SVL) afin de "donner des suites visibles à la parole des lycéens". Chacune de leurs propositions, ajoute-t-il "recevra une réponse motivée, avec une échéance lorsqu'elle sera retenue". Par ailleurs, "une part de choix laissée aux élèves sur des projets de vie lycéenne, dans un cadre financier défini", sera étudiée par l'Éducation nationale avec les conseils régionaux et les établissements volontaires. "Cette méthode s'appliquera au téléphone portable", dit encore le Premier ministre, alors que l'usage des téléphones par les élèves est interdit dans les lycées depuis la rentrée scolaire (lire notre article du 1er septembre). 

Dans sa lettre, le Premier ministre indique que les premières décisions, leur coût, leur financement et leur calendrier devront être présentés fin octobre, non sans souligner que "les contraintes de nos finances publiques nous obligent à des engagements tenables". Il rappelle enfin que le gouvernement ne cédera "rien à la violence" et pose qu'à partir de ce lundi 5 octobre, "le principe est que les cours devront reprendre partout où la sécurité et l'état des locaux le permettent, en tenant compte au cas par cas de la situation locale". Dans les faits, 413 lycées sur 3.700 étaient encore perturbés ce lundi, contre 564 le vendredi précédent, alors qu'une journée nationale de mobilisation est prévue le 6 octobre. Les représentants des lycéens réclament plus de moyens et dénoncent notamment l'insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et des absences d'enseignants non remplacées.

 

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