Impôts locaux : un début de mandat sous le signe d'une grande modération
En dépit de contraintes financières parfois soutenues, les villes de plus de 40.000 habitants et leurs intercommunalités ont été très peu nombreuses à relever au début de l'année leurs taux de fiscalité locale - notamment de taxes foncières -, selon une étude du cabinet FSL. Mais celles qui ont activé le levier fiscal l'ont fait dans des proportions parfois significatives.
© Cabinet FSL et Adobe stock
Les communes avaient eu relativement peu recours au levier fiscal lors de la première année des deux précédents mandats (2014 et 2020). En cette année marquée par le début d'un nouveau mandat municipal, le scénario se reproduit. C'est le cas particulièrement dans les villes de plus de 100.000 habitants, dont aucune n'a augmenté les taux de fiscalité (taxe d'habitation sur les résidences secondaires et taxes foncières), comme le révèle une étude du cabinet Finances et Stratégies locales (FSL), spécialisé dans l'information financière du secteur public local.
A Nice, les taux d'imposition locale enregistrent toutefois une forte variation, mais à la baisse (-13,3%), conformément à une promesse faite par le nouveau maire, Éric Ciotti.
Les groupements auxquels ces grandes villes appartiennent ont également fait le choix de la stabilité des taux. A l'exception notable de la métropole de Montpellier, dont les élus ont validé, fin avril, le passage du taux intercommunal de la taxe foncière de 0,16% à 5,8%, ce qui équivaut à une majoration de 3.373%. La communauté urbaine de Besançon et la métropole de Clermont-Ferrand ont de leur côté relevé le taux de la cotisation foncière des entreprises (CFE), mais dans des proportions qui, en comparaison, sont infinitésimales (respectivement +0,1% et +0,04%).
Hausses à deux chiffres en Ile-de-France et dans le Sud
L'an dernier déjà, aucune des grandes villes n'avait relevé les taux des taxes sur les ménages, selon la précédente enquête de FSL (voir notre article). Une attitude que les communes avaient adoptée, évidemment, dans la perspective des élections municipales de 2026, une hausse de la fiscalité n'étant pas populaire.
Les villes dont la population est comprise entre 40.000 et 100.000 habitants ont également été très sages en matière fiscale, en 2026. Mais onze d'entre elles ont augmenté un ou plusieurs taux de fiscalité locale.
Avec une croissance de 95,5% de la taxe sur le foncier bâti, Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte, bat des records. En sachant, toutefois, que son taux de 17,93 points demeure le plus faible des communes de la strate. Les augmentations de taux du foncier bâti décidées dans les autres villes sont le plus souvent à deux chiffres. L'étude donne le détail à la fois des communes et des hausses : Aulnay-sous-Bois (+29,9%), Montrouge (+25%), Fréjus (+22,4%), Ajaccio (+19%), Clamart (+16,9%), Drancy (+14,1%), Bastia (+13,7%), Les Abymes (+9,3%) et Courbevoie (+2,5%). A noter que la ville de Puteaux n'a pas touché à son taux de foncier bâti, mais qu'elle a en revanche relevé de 60% la taxe d'habitation sur les résidences secondaires.
Des intercommunalités aussi
Les habitants de deux de ces villes, Ajaccio et Fréjus, voient aussi le taux de taxe foncière sur les propriétés bâties croître sous l'effet d'une décision de l'intercommunalité – en l'occurrence la communauté d'agglomération du Pays d'Ajaccio et Estérel Côte d'Azur agglomération. Les augmentations sont respectivement de +75% et +125,8%.
Deux autres intercommunalités recourent au levier fiscal, à rebours de la ville centre : Alès agglomération (où le taux de foncier bâti est relevé de 4,3%) et la communauté urbaine de Poitiers. Fin avril, les élus membres de l'intercommunalité poitevine ont décidé de faire passer le taux de la taxe foncière intercommunale de 5,17 à 10,99%, ce qui représente une hausse de plus de 112%.
Anthony Brottier, président de Grand Poitiers ,soutenait le principe d'une seule et forte hausse durant le mandat, plutôt que des hausses "moindres" étalées sur "trois années de suite". Ainsi, les élus n'auront pas "à revenir à la fiscalité", expliquait-il à l'issue du vote à France 3 Nouvelle-Aquitaine.
Revalorisation des bases
Même si les communes et leurs groupements ont donc été peu nombreux à relever leurs taux cette année, la taxe sur le foncier bâti générera globalement en 2026 des recettes plus élevées que l'an dernier. Elles avaient alors atteint un montant de 55,1 milliards d'euros, en prenant en compte les taxes annexes et les frais de gestion. En effet, indépendamment du levier fiscal, le produit de la taxe est tiré vers le haut par l'évolution positive des bases (constructions, amélioration du confort des logements…) et la revalorisation des bases fiscales en fonction de l'inflation. Selon une récente étude de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), cette dernière, fixée à +1,7% l'an dernier, a été en 2025 le principal moteur de la croissance des recettes de foncier bâti – et donc aussi de la hausse des cotisations dues par les contribuables. Cette année, la revalorisation automatique des bases s’établit à +0,8% (voir notre article du 28 novembre).
Le montant de la taxe sur le foncier bâti par mètre carré "est particulièrement fort dans les territoires franciliens, alpins, méditerranéens et ultra-marins", indique par ailleurs l'étude de Bercy.