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Risques naturels - Inondations : la vulnérabilité de l'Ile-de-France mise à nu

Au vu des inondations dans le Var et le Sud-Ouest, la question résonne d'une actualité brûlante : l'Ile-de-France serait-elle pour sa part prête à affronter une crue ? Trois ans après avoir sondé ce risque sur la Loire, la Seine vient de faire l'objet d'une étude complète de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Ses conclusions sont alarmistes.

Présentée le 24 janvier, l'étude de l'OCDE réalisée à la demande de l'établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs - qui regroupe Paris, les départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et a la charge du maintien des débits de la Seine, de ses affluents et de la lutte contre le risque lié aux inondations – sonde l'impact économique et social qu'aurait une inondation dans la métropole francilienne. L'exercice n'est pas nouveau. Des organismes alertent régulièrement sur le sujet. Par exemple en décembre dernier, l'Institut d'urbanisme et d'aménagement de la région Ile-de-France (Iaurif) a estimé à 8% (435.000 logements) la part du parc francilien de logements vulnérables en cas de montée des eaux (lire ci-contre notre article du 3 décembre 2013). Mais pour l'OCDE, du fait notamment des effets sur les réseaux critiques (énergie, eau, assainissement, déchets, télécoms), c'est jusqu'à 5 millions de Franciliens qui seraient touchés par les impacts d'une crue majeure de la Seine. Côté transports publics, si la crue durait une semaine, la ligne RER C serait le plus directement touchée. Côté entreprises, 4.000 PME sont en zone d'aléa très fort. Des sites industriels classés Seveso – il y en a près d'une centaine en Ile-de-France – sont particulièrement exposés. Les impacts sur le patrimoine culturel (collections des musées) et sur le tourisme sont aussi mis en avant. Les chiffres ont de quoi faire pâlir. En 2013, les inondations à Prague ont interrompu six mois le métro et coûté 3 milliards d'euros. En 2011, celles de Bangkok en ont fait perdre autant rien qu'au secteur touristique. Et à New-York, l'ouragan Sandy a conduit à la faillite 70.000 entreprises du fait des interruptions électriques…

Une région plus vulnérable qu'elle ne croit

L'étude livre trois scénarios de crues d'ampleur différente, en prenant comme référence la crue majeure de 1910. Il en ressort que les investissements de protection sont "inégaux", restent modestes ces dernières décennies et guère au niveau des standards d'autres pays de l'OCDE. Et ce alors même que le niveau d'exposition n'a cessé de s'accroître du fait de l'urbanisation croissante et d'une interdépendance accrue de ces grands réseaux dits "critiques". La vulnérabilité régionale s'accentue donc, mais pas les moyens dévolus à la prévention, un volet sur lequel la priorité semble avoir été donnée à d'autres fleuves (plan Rhône, plan Loire). Il faut dire, car cela joue au fond beaucoup, que la Seine n'a pas débordé depuis plus d'un demi-siècle. Mais "au regard des enjeux économiques majeurs (en Ile-de-France, ndlr) et du retard de financement (pris, ndlr)", une stratégie complète s'impose, martèlent les experts. La multiplicité des acteurs, des institutions en jeu et la fragmentation des responsabilités propres au territoire francilien font de la reprise en main de la gouvernance un challenge inédit. Au "déficit de gouvernance" actuel et à "l'absence de vision stratégique globale" pointés par l'OCDE, le services de l'Etat répondent que la reprise en main est en cours. Selon la préfecture de région, une stratégie locale partagée de gestion des risques verra le jour en 2015. Le préfet Jean Daubigny confesse ainsi que la culture du risque devrait progresser et que cette stratégie en cours inclurait une "réduction de la vulnérabilité des entreprises" et "une meilleure prise en compte du risque dans les projets d'aménagement, en profitant des opérations de renouvellement urbain en cours".

Anciens outils, nouvelles réponses

Par ailleurs, conformément à la directive européenne Inondation, un plan de gestion des risques d'inondation (PGRI) à l'échelle du bassin est en cours. Il est prévu que sa préparation par un comité stratégique mobilise aussi des élus, notamment les maires. Autre instrument, les plans "Grand Fleuve". La Seine a eu le sien jusqu'en 2013 et un nouveau plan Seine est en cours, sauf qu'"il n'a pas été porté politiquement ni fait l'objet d'une communication permettant son appropriation par les acteurs du bassin". D'autres outils existent, insuffisamment investis : les plans communaux de sauvegarde par exemple (PCS), que moins de 40% des communes franciliennes concernées ont réalisés. Pour les établissements publics ou privés exposés, il existe également des plans de continuité d'activité qui, selon l'EPTB Seine Grands Lacs, constituent d'"excellents outils" mais sont une denrée rare. Quant au dispositif des programmes d'action de prévention des inondations (Papi), il s'étoffe avec celui de la Seine et de la Marne franciliennes, porté par l'EPTB et développé avec ses quatre départements membres sur 2014-2019. Face à ces multiples initiatives, à des échelles spatiales et visions parfois "concurrentes", l'OCDE insiste sur la nécessité d'une coordination et d'objectifs communs. Sans quoi pointe un risque "d'inefficacité et de saupoudrage des ressources". Enfin, la future loi Mapam (loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles), qui confie une nouvelle compétence de gestion des milieux aquatiques et du risque d'inondations aux communes et EPCI, devrait aussi apporter une nouvelle réponse à la question de la gouvernance.

 

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