Jérôme Baloge : "Les friches affichent un réel potentiel pour contrecarrer l'étalement urbain"

Pour Jérôme Baloge, maire de Niort (Deux-Sèvres), la reconversion de friches permet de limiter les effets néfastes de l'étalement urbain et la première grande opération menée sous sa première mandature  a été l'occasion de gagner des espaces publics et d'améliorer l'attractivité du centre-ville, en l'étendant. Mais lorsqu'il s'agit de porter des logements, le coût du recyclage foncier peut être un frein, selon lui. 

Localtis : Le recours au fonds friches du plan de relance soulagera-t-il les collectivités pour faire face au coût du recyclage foncier ?

Jérôme Baloge : Ce fonds du plan de relance doté de 300 millions d'euros et les appels à projets qui suivent représentent assurément une bonne nouvelle. Surtout pour les collectivités qui ont un projet de résorption de friche présentant un fort déficit foncier. Construire "la ville sur la ville" exige une ingénierie complexe et sollicite des études préalables. Ce fonds devrait contribuer à les financer. Mais une fois passée cette phase amont, le risque n’est-il pas de voir se prolonger l'incertitude ? L’Ademe appuie des projets de travaux grâce à une dotation France Relance sur deux ans (les premières candidatures sont à transmettre avant le 25 février 2021, ndlr). Mais qu’en sera-t-il après sachant que ces opérations de recyclage de friches entraînent des délais très longs ?

Le coût du recyclage foncier reste donc un sujet…

Effectivement, porter des opérations déficitaires n’est jamais évident. A fortiori quand il s’agit d'aménager des logements dans nos villes moyennes, où le marché est souvent détendu. Ce problème d’écart de coût entre la construction d’un logement neuf et celui d’une rénovation sur de l’ancien n’est pas solutionné.

Avez-vous rencontré cette difficulté dans le projet phare de votre première mandature, la reconversion de Port Boinot ?

Moins car il s’agit de réhabiliter une friche industrielle non pour gagner des logements mais des espaces publics. Avec cette reconversion des anciennes usines de chamoiserie et de ganterie Boinot, ce sont 25.000 m2 d’espace paysager qui s’offrent aux habitants en plein hypercentre. Lancée en 2015, l’opération est presque achevée, les espaces extérieurs et les hangars accueillant des loisirs sportifs, du tourisme et de la culture viennent d’être inaugurés. Coûteux mais vital pour le centre-ville, ce projet étend celui-ci et accroît sa désirabilité. Pour avancer par séquences et dépolluer les sols, nous avons bénéficié d’aides de l’Union européenne et de l’Etat. Peu d'obstacles nous ont en fait empêché de travailler. L’essentiel fut de trouver la bonne équipe pour orchestrer cette métamorphose d’un espace à la fois très industriel et à forte valeur environnementale. Le binôme formé par le paysagiste Loïc Mareschal et l’architecte Franklin Azzi a su trouver une coordination imparable.

En quoi cette réhabilitation est-elle liée à la démarche de labellisation "Pays d'art et d'histoire" à laquelle Niort concourt ?

Port Boinot accueillera dans l’ancien séchoir des usines une antenne de l’office de tourisme et un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (Ciap). Quand du bâti est restitué, l’enjeu est de trouver des occupants. Les appels à manifestation d'intérêt (AMI) sont là pour cela. Port Boinot est un site charnière. Il fait le lien entre la Sèvre et le centre-ville, et entre d’un côté la Sèvre sauvage et de l’autre la Sèvre canalisée. De cette confluence naît un paysage unique. Port Boinot était la pièce manquante d’un parc naturel urbain, à partir duquel s’étend le territoire du Marais poitevin. Il constitue le point de départ d’itinéraires pédestres, cyclistes ou en canoë pour découvrir ce patrimoine.

Avez-vous d’autres projets de reconversion de friches ?

Sur le site de l’ancien incinérateur de Souché, que nous avons démantelé, nous allons implanter une déchetterie flambant neuve et plus grande. Ailleurs, des pavillons sociaux laissés vacants depuis dix ans ont été démolis pour intégrer l’ensemble dans un nouvel écoquartier. En règle générale, de ces friches urbaines ou industrielles, on retient l’idée qu’on les voit sans trop les voir dans la ville. Or elles affichent un réel potentiel pour contrecarrer l'étalement urbain et ses effets néfastes. Et pour éviter d’artificialiser du foncier là où on n’en pas besoin.

Les villes moyennes face à la crise : l'atout Action coeur de ville

En prévision, notamment, des "Rencontres coeur de ville" organisées en visioconférence ce 15 décembre par la Banque des Territoires, Localtis a interrogé plusieurs maires concernés par le programme Action coeur de ville et membres de Villes de France. Dont Caroline Cayeux, présidente de l'association. Ainsi que le directeur du département "Opinion" de l'Ifop, pour revenir sur le baromètre 2020 de Villes de France. Une façon de décliner les divers enjeux de ce programme, en fonction des spécificités et priorités propres à chaque ville. Et de donner à voir la façon dont la crise a frappé les villes moyennes... mais a aussi mis en lumière leurs atouts, à l'heure où il se dit beaucoup que nombre d'habitants des plus grandes métropoles aspirent aujourd'hui à un autre lieu de vie.

 

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