La Banque des Territoires en "très forte accélération"

Le bilan d'activité 2025 de la Banque des Territoires présenté ce 8 avril par son directeur, Antoine Saintoyant, fait notamment apparaître une mobilisation financière en hausse de 36% par rapport à 2024. La dynamique concerne les prêts, que ce soit pour le logement social ou les collectivités, confirmant le fait que la Banque des Territoires est dorénavant "le premier financeur des collectivités". Côté investissement, les projets n'ont pas manqué. Et plusieurs nouveaux programmes ont été lancés.

Antoine Saintoyant et son équipe avaient choisi de se délocaliser pour présenter le bilan d'activité 2025 de la Banque des Territoires. C'est ainsi dans les Hauts-de-France, et plus précisément à Douai, dans les locaux de la mairie, que le directeur de la Banque des Territoires s'est adressé à la presse ce 8 avril, considérant que cette ville dont Frédéric Chéreau vient d'être réélu maire illustre bien la façon dont la Caisse des Dépôts peut accompagner une ville en matière notamment de redynamisation commerciale, de développement industriel ou, bien évidemment de logement. En toile de fond, ici comme ailleurs, les "trois axes stratégiques" de la Banque des Territoires : transformation écologique, cohésion sociale et territoriale, souveraineté. 

Une formule pour résumer ce bilan 2025 : "une année de très forte accélération", avec "un niveau de mobilisation financière de 49 milliards d'euros", soit 36% de plus qu’en 2024. En sachant, a souligné Antoine Saintoyant, que 2024 "était déjà une année exceptionnelle". Et une dynamique qui s'accompagne d'une "extension de la couverture territoriale". La Banque des Territoires a ainsi accompagné 4.350 communes pour 11.700 projets, couvrant 100% des villes moyennes et des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ainsi que 82% des 1.600 petites villes concernées par le programme Petites Villes de demain.

Prêter "là où on a une valeur ajoutée"

Cette dynamique, on la retrouve notamment sur l'activité de prêts sur fonds d'épargne : 41,7 milliards de prêts en 2025, contre 28,5 milliards un an plus tôt. Sur ces 41,7 milliards, 23 milliards sont allés au logement. Ce qui "a permis de financer la construction de 122.000 logements en 2025, soit quasiment un logement sur deux construit en France en 2025", a souligné le directeur, mentionnant, au-delà du logement social, le logement intermédiaire. Et, au-delà de la production, le financement de quelque 43.000 rénovations thermiques.

Les prêts en 2025, cela a aussi été près de 10 milliards aux collectivités locales, faisant de la Banque des Territoires "le premier financeur des collectivités", comme l'a tout récemment montré l'Observatoire de la dette du secteur public local de Finance active (voir notre article du 20 mars). Banque des Territoires et Banque postale représenteraient ainsi 40% du volume des prêts au secteur public local. "Nous n'avons pas vocation à être hégémoniques", a toutefois précisé le directeur, mettant en avant deux spécificités : "on prête sur des projets, on ne fait pas de financement budgétaire", et "on finance à long terme", ce qui "permet de rendre possibles des projets qui sans ces financements ne le seraient pas". Autrement dit, on "se positionne là où on a une valeur ajoutée claire par rapport au marché".

Parmi les domaines en tête, les mobilités avec le matériel ferroviaire notamment, mais aussi les bus propres, les pistes cyclables… Deuxième grand champ de "mobilisation" : l'environnement, dont l'eau (réseaux, assainissement, prévention des inondations…), pour 2,4 milliards, dont 2,1 dans le cadre du programme Aquagir. Il y a aussi le développement économique (1,1 milliard), l'énergie (1 milliard), ou encore le bâti scolaire avec le programme EduRénov', qui a permis d'accompagner la rénovation de 6.500 établissements.

Infrastructures et immobilier

Deux illustrations ont été évoquées : un prêt de 11,4 millions pour la construction d’une résidence universitaire à Cuffies (Aisne), en soutien à l'attractivité de Soissons, ville du programme Action coeur de ville ; le prêt de 14 millions accordé à la commune de Lacanau (Gironde) pour la rénovation du front de mer.

Antoine Saintoyant, interrogé sur le sujet, est aussi revenu sur les prêts devant être engagés dans le domaine de l'énergie nucléaire, en lien avec EDF et l'Etat, et donc sur les projets de six nouveaux EPR, dont ceux de Gravelines dans le Nord. Pour une mobilisation de 4 milliards d'euros par an "sur une douzaine d'années".

Deuxième "métier" de la Banque des Territoires : l'investissement en fonds propres. Pour 1,6 milliard et 259 projets l'an dernier, "essentiellement dans les infrastructures et l'immobilier". Côté infrastructures, il est là aussi beaucoup question d'énergie : énergies renouvelables, bornes de recharge de voitures électriques… Côté immobilier, Antoine Saintoyant a notamment mis l'accent sur l'habitat pour seniors.

Parallèlement à cela, il y a l'activité de conseil et d'ingénierie, en hausse de 16%, que le directeur a jugée "vraiment déterminante pour pouvoir préparer les décisions d’investissement, les projets, les faire émerger…" Ceci, notamment, dans les QPV et dans le cadre des programmes Action cœur de ville (ACV) et Petites Villes de demain (PVD).

Pour être complets, on mentionnera enfin l'activité de collecte bancaire (où l'on constate "une légère augmentation des dépôts des notaires") et celle des consignations.

Demandez le programme !

Proposant un focus sur les "programmes" lancés ou poursuivis en 2025, Antoine Saintoyant a opéré une distinction entre les programmes territoriaux déployés en lien avec l'Etat (ACV et PVD donc, mais aussi France services, Territoires d'industrie, Quartiers 2030, Territoires de montagne…) et les programmes thématiques initiés par la Banque des Territoires, avec Aquagir et EduRénov'… et plusieurs nouveautés. Il y a en effet désormais le programme Agile en faveur du logement étudiant (26.000 logements lancés), le programme Santé Grand Age (25 milliards d’euros mobilisés au niveau du groupe Caisse des Dépôts – hôpitaux, maisons de santé pluridisciplinaires, habitat intermédiaire…), l'Enfance protégée (550 millions mobilisés, notamment sur les lieux d'accueil, mais aussi la formation et les outils numériques) et, enfin, Territoires d'histoires(s), consacré à la valorisation du patrimoine comme vecteur d'attractivité touristique (une quarantaine de projets sont "en train d'être travaillés").

Au total, a conclu Antoine Saintoyant, la Banque des Territoires a "affiché en 2025 un résultat de 922 millions d’euros" soit 3,7 fois plus qu'en 2024 (245 millions), "notamment parce qu'on a beaucoup prêté", "même si les marges sont globalement basses". Interrogé sur les possibles conséquences de la "décollecte" touchant le livret A, le directeur a assuré avoir "encore beaucoup de marges pour pouvoir prêter davantage". Et a en outre estimé que la courbe de l'inflation devrait se traduire par une remontée du taux du livret A et donc une "remontée" de la collecte.

› Dans les Hauts-de-France, cap sur la souveraineté numérique

"2026 sera l’année du numérique", a déclaré Olivier Camau, directeur régional Hauts-de-France de la Banque des Territoires, intervenant ce 8 avril dans la foulée de la présentation d'Antoine Saintoyant. La Banque des Territoires ambitionne d’investir dans des projets de centres de données dits "fast track", qui vont bénéficier d’une procédure de raccordement électrique accéléré (3 à 4 ans contre 5 à 7 ans actuellement). Il y a aujourd’hui "une sorte de course un peu effrénée", "les projets qui sortiront les premiers seront les moins risqués", a justifié le directeur régional. Trois des cinq projets "fast track" retenus par l’Etat à ce jour se trouvent dans les Hauts-de-France : à Escaudain, au Bosquel et au Grand Port Maritime de Dunkerque. 

"Notre ambition c’est d’accompagner des acteurs souverains, d’aider à la structuration d’une filière souveraine", "pas d’accompagner les grands acteurs internationaux qui prennent position aux Soufflantes à Escaudain ou demain peut-être au Bosquel", a précisé Olivier Camau, au côté du directeur de la Banque des Territoires, Antoine Saintoyant, qui présentait le bilan d’activité 2025 de la Banque des Territoires, en direct de la mairie de Douai. Les data centers sont "peu créateurs d’emplois et très consommateurs de foncier" mais "pour les territoires, ils sont générateurs d’une fiscalité très attractive", a-t-il insisté.

"C’est dans les Hauts-de-France qu’émergeront les plus gros supercalculateurs à l’échelle européenne d’ici trois/quatre ans", a affirmé Olivier Camau.

     Michel Tendil

 

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