La Cour des comptes appelle à fusionner les brigades de gendarmerie

Les considérant encore "majoritairement sous-dimensionnées", la Cour des comptes plaide pour un vaste mouvement de fusion des brigades de gendarmerie. Elle recommande en conséquence la suspension du plan de créations de brigades lancé en 2023 "à rebours des enjeux de meilleure répartition des ressources".

Prenant l'exact contre-pied du plan de création de 239 nouvelles brigades de gendarmerie lancé fin 2023 (lire notre article) – dont elle appelle à suspendre la mise en œuvre –, la Cour des comptes recommande, dans un rapport publié ce 4 février consacré au "modèle territorial de la gendarmerie nationale", à un vaste mouvement de fusion des brigades de gendarmerie.

Dans le détail, elle préconise de suspendre la création des brigades fixes, en fléchant les éventuelles créations de postes dans les unités existantes les plus en tension, comme des brigades mobiles, à l'exception des projets s'intégrant dans des unités existantes. Plus encore, elle prône la suppression, d'ici à 2030, des brigades territoriales autonomes (BTA) et des communautés de brigade (COB) de moins de 11 gendarmes ainsi que celle des brigades de proximité de moins de 5 gendarmes ne présentant pas d'activité atypique. Elle suggère encore de fixer à 15 gendarmes l'effectif minimal des BTA/COB implantées en zone périurbaine.

10% des brigades en sous-effectif

La Cour argue en effet que 10% des brigades ne disposent pas aujourd'hui "d'un effectif suffisant pour fonctionner". Un phénomène qui affecte particulièrement les plus petites d'entre elles, celles distantes des bassins urbains ou situées dans des zones périrubaines paupérisées qui, peinant à attirer, présentent un volume "significatif "de postes vacants. Une "crise de la brigade" qui n'épargne toutefois pas les autres unités, lesquelles souffrent elles-aussi d'un manque d'attractivité face la concurrence tant interne (les pelotons de surveillance et d'intervention, les unités de recherche) qu'externe (comme les polices municipales), notamment alimenté par un état du bâti "particulièrement préoccupant dans l'ensemble des départements".

Une présence corrélée ni avec la population, ni avec l'activité 

La Cour juge en outre que le plan de 2023, "opération coûteuse", n'apparait pas de nature à corriger l'insuffisante corrélation entre la répartition des effectifs et la population et/ou les besoins. Elle en veut pour preuve que les 72 premières brigades créées en métropole en 2024 sont majoritairement implantées dans des territoires présentant des ratios de gendarmes par habitants élevés ou dans des territoires où les brigades en place connaissent d'importantes vacances d'emploi. Plus largement, la Cour déplore la trop faible prise en compte, ces dernières années, de la "très forte croissance démographique en zone gendarmerie et de la montée en charge des aires périurbaines".

Des augmentations d'effectifs en centrale plutôt que sur le terrain

Autre évolution contestée, la croissance soutenue des effectifs rattachés à l'administration centrale du ministère de l'Intérieur (+150% depuis 2010) face à un réseau territorial "en perte de vitesse" (+1% sur la même période pour les effectifs en brigades). Et ce, alors que "l'activité des groupements apparaît particulièrement dynamique, avec une hausse de 45% de faits constatés depuis 2010". Une évolution qui "interroge", note la Cour, "dans un contexte de promotion forte de la notion de proximité et de rénovation de la stratégie de contact". 

Accélérer la transformation des modes de contact

Une dernière direction – qui se traduit par le développement des outils numériques, le renforcement de la logique "d'aller-vers"… – cette fois saluée par la Cour. Laquelle plaide toutefois pour la conduire avec "davantage de volonté". Il en va ainsi du contact "hors-les-murs", qui a fait l'objet d'expérimentations locales "intéressantes" et "généralement saluées", mais "trop rares". La Cour recommande en conséquence de fixer des objectifs quantitatifs en la matière à chaque compagnie. Elle préconise également de rendre plus visible la "brigade numérique" mise en place en 201[8] (lire notre article) et de progresser sur la dématérialisation complète de la plainte. Elle appelle encore à une accélération du déploiement de la visio-plainte, "dispositif expérimenté mais qui, faute de textes réglementaires finalisés, en reste aujourd'hui à ce stade" (mais semble néanmoins à l'approche – lire notre article du 5 janvier 2026).

Où va le plan 239 brigades de gendarmerie ?

Sur les 239 brigades de gendarmerie promises par l’exécutif en 2023, "quatre-vingts ont vu leurs travaux financés et lancés en 2024", a indiqué le Premier ministre, Sébastien Lecornu, mardi 3 février. "Un ralentissement est intervenu en 2025, pour les raisons que l’on connaît, avec un chiffre de dix brigades" et "en 2026, quarante-huit nouvelles brigades seront financées", a-t-il développé, en réponse à une question du député des Vosges Christophe Naegelen (Liot). "Il faudra pourvoir aux crédits de paiement pour 2027 pour que toutes les brigades annoncées soient bel et bien créées", a-t-il ajouté.

400 équivalents temps plein (ETP) ont été programmés dans le budget 2026 pour permettre le fonctionnement de nouvelles brigades. 1.145 ETP seraient encore nécessaires pour aller au bout du programme.

M.T.

 

 

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