La culture, victime des arbitrages budgétaires des collectivités
Le dernier baromètre de l'Observatoire des politiques culturelles fait état de la grande fragilité des budgets culturels des collectivités, qui décrochent légèrement par rapport aux budgets globaux. La baisse des moyens des plus grandes collectivités pèse en outre sur les financements croisés.
© Willy Mobilo Istock/ Rennes
En temps de crise, la culture est bien une variable d'ajustement des budgets des grandes collectivités territoriales. C'est ce que l'on déduit de la lecture du baromètre 2026 de l'Observatoire des politiques culturelles (OPC), réalisé sur un échantillon de 213 collectivités (régions, départements, communes de plus de 50.000 habitants et intercommunalités comprenant une ville de plus de 50.000 habitants).
Le premier constat du baromètre est celui d'une relative stabilité des budgets culturels 2026 par rapport à 2025 : 45% des collectivités déclarent avoir stabilisé leur budget culturel d'un exercice à l'autre et 37% indiquent l'avoir baissé cette année, contre 47% l'an passé. Deux chiffres renforcent cependant l'impression de fragilité : seules 18% des collectivités déclarent avoir augmenté leur budget culturel en 2026, contre 22% l'an passé, et 12% des collectivités mentionnent des baisses supérieures à 10%.
Le bloc local tient, les régions et départements lâchent
Le second constat réside dans ce que l'OPC appelle "un rapport a priori plutôt défavorable à la culture dans les arbitrages budgétaires". En comparant l'évolution des budgets attribués à la culture et les budgets primitifs totaux des collectivités, on s'aperçoit que si 45% des collectivités ont stabilisé leur budget primitif total entre 2026 et 2025, 31% l'ont baissé et 23% l'ont augmenté. Autrement dit, les collectivités ont été, d'une part, plus nombreuses à augmenter leur budget global que leur budget culturel et, d'autre part, plus nombreuses à baisser leur budget de la culture que leur budget global.
Cet "ajustement" varie selon le type de collectivités. Quand 3 régions et 27 départements ont augmenté leur budget global en 2026, seuls une région et 11 départements l'ont fait pour leur budget culturel. Et quand 3 régions et 19 départements ont baissé leur budget global, 6 régions et 29 départements ont taillé dans le budget de la culture. Du côté du bloc local, si seulement 8 communes de plus de 50.000 habitants ont augmenté leur budget global, elles ont été 15 à rehausser celui de la culture. Les grandes intercommunalités présentent un bilan plus équilibré : quand 16 ont baissé leur budget culturel, elles ont été 17 à faire de même pour le budget global, et elles sont autant (9) à avoir augmenté leur budget global autant que leur budget de la culture.
Des modèles à refonder pour la Cour des comptes
Cette baisse des budgets culturels dans les grandes collectivités a des répercussions sur des politiques qui relèvent de compétences partagées et s'appuient sur des financements croisés. 54% des communes et intercommunalités ayant répondu sur ce point estiment que les financements croisés en soutien aux équipements et événements culturels ont baissé sur leur territoire en 2025-2026. Quand elles les identifient, les intercommunalités précisent que les baisses de financements croisés proviennent principalement des départements, tandis que les communes de plus de 50.000 habitants concernées citent plus souvent les régions, devant l'État et les départements.
Les données du baromètre de l'OPC font écho à celles de la Cour de comptes qui, dans une analyse de l'évolution du budget du ministère de la Culture depuis 2015 publiée ce 3 novembre, estime que "les collectivités territoriales [...] sont soumises aux mêmes difficultés [que l'État] et peinent à maintenir leurs financements. Certaines les ont même réduits". Après avoir pointé que "l'équilibre entre les financements croisés apportés par l'État et les collectivités territoriales aux structures de création artistique s'avère [...] de plus en plus complexe à trouver", la cour conclut que "si on fait l'hypothèse que la contrainte budgétaire n'est pas en passe de se desserrer dans les années à venir, ni pour l'État, ni pour les collectivités territoriales, certaines mutations vont imposer de refonder les modèles économiques comme les modes opératoires".