La France dans une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", alerte Monique Barbut
Cultures en souffrance, rivières à sec, restrictions d'usages de l'eau : après plusieurs épisodes de fortes chaleurs et un déficit de pluies depuis avril, la France connaît une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", qui pourrait encore s'aggraver, prévient la ministre de la Transition écologique.
© Vichy Communauté
"Nous vivons une situation de sécheresse (...) exceptionnelle par sa précocité", avec "près d'un mois d'avance", tout "comme par son intensité", a déclaré ce 15 juillet la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. Actuellement, 99 départements connaissent pour tout ou partie des restrictions d'eau, "soit la totalité du territoire métropolitain", dont 43 sont au niveau de crise. Avec 206 arrêtés préfectoraux en vigueur concernant l'eau, "il s'agit du niveau le plus élevé jamais observé depuis au moins 2013", a indiqué la ministre lors d'une réunion d'une cellule de crise au ministère, à la veille de l'examen en commission mixte paritaire (CMP) du projet de loi d'urgence agricole, où la question de l'eau anime tous les débats (lire nos articles des 3, 7 et 8 juillet). "Ce qui rend la situation très préoccupante, c'est qu'elle survient alors que les précipitations du printemps étaient globalement dans les normales", a souligné Monique Barbut. "Les sols sont les premiers touchés. (...), avec des niveaux d'humidité particulièrement bas" et "proches des records", a-t-elle expliqué.
Vigilance sur les cours d'eau
La ministre a souligné que "les cours d'eau constituent aujourd'hui le point de vigilance principal" : depuis début juin, les débits "diminuent rapidement sur l'ensemble du territoire". "Près d'un tiers des points de mesure se situent à des niveaux inférieurs aux minimas observés ces 20 dernières années" alors qu'"un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec". "C'est une situation inédite depuis la mise en place du suivi national en 2012", a insisté Monique Barbut.
Dans le Doubs, la rivière du même nom a disparu par endroits, ne laissant la place qu'à un amas de roches et de cailloux sur plusieurs kilomètres. "Avant ça pouvait arriver en août", mais "là c'est plus tôt, plus long, et plus fort", a expliqué à l'AFP Fabien Henriet, le maire d'Arçon, petit village situé à 800 mètres d'altitude où le lit de la rivière a laissé la place à un paysage désertique.
Cette situation "inédite" a également des conséquences sur l'industrie - trois réacteurs étaient toujours à l'arrêt ce mardi - et l'agriculture. La situation est particulièrement dramatique pour le maïs. La chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine redoute "jusqu'à 100% de pertes" pour les champs non irrigués dans la région.
Les nappes phréatiques sont aujourd'hui dans une situation "plus favorable" en raison d'une recharge hivernale abondante "mais cette réserve diminue rapidement", indique Monique Barbut (lire notre encadré ci-dessous). "Notre première priorité est de garantir l'accès à l'eau potable", a dit la ministre. Aujourd'hui environ 100.000 habitants sont concernés par des ravitaillements en eau, mais "tout indique que cette situation continuera de se dégrader en l'absence de précipitations significatives dans les prochaines semaines", a-t-elle averti, en appelant à la "vigilance", à la "sobriété" et à la "responsabilité".
Après la canicule de juin, plus de la moitié des nappes phréatiques en souffrance, selon le BRGMEncore dans un état "satisfaisant" début juin, avec 58% des points d'observation au-dessus ou autour des normales, les nappes phréatiques métropolitaines ont vu leur état se "dégrader" en raison du manque de pluies persistant et de la canicule de juin, a annoncé le 7 juillet le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Au 1er juillet, 54% des nappes présentent ainsi des niveaux sous les normales et la quasi-totalité des réserves d'eau souterraines (93%) sont en baisse, contre 77% un mois plus tôt, selon son bulletin de situation mensuelle. La vidange des nappes, phénomène classique pendant l'été, est cette année particulièrement "intense" et "sévère", a souligné David Ratheau, hydrogéologue au BRGM lors d'un point presse. Cette "baisse généralisée" s'explique par "un déficit de pluies efficaces depuis le mois de mai sur tout le territoire avec notamment une sécheresse plus marquée et des températures élevées au mois de juin", indique le BRGM. Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France et la canicule d'une intensité exceptionnelle subie par le pays sur la deuxième quinzaine a accru la sécheresse des sols et favorisé l'évaporation de l'eau présente dans les sols, les lacs et les rivières, ainsi que l'évapotranspiration des plantes, rendant l'eau d'autant moins disponible pour s'infiltrer en profondeur dans les nappes souterraines. Par ailleurs "quand les températures augmentent, la demande en eau de tous les usagers augmente, ce qui engendre des prélèvements qui augmentent (...) que ce soit pour l'irrigation, l'alimentation en eau potable ou autre", indique David Ratheau. Résultat, la "situation globale se dégrade" malgré une recharge hivernale excédentaire qui jusqu'ici avait permis l'état des nappes à un niveau "globalement satisfaisant", explique l'hydrogéologue. Actuellement, la situation des nappes apparaît "contrastée", selon l'organisme public. Certaines nappes, comme celles des calcaires de Beauce et d'Armagnac, affichent des niveaux modérément hauts. Mais beaucoup sont modérément basses - bassin parisien, craies de l'Artois, des calcaires karstifiés du Jura, du socle du Cotentin, de l'ouest breton, du Morvan et de l'est du Massif central, des calcaires des Charentes, dans la plaine nord de l'Alsace, de la Garonne aval ou de Corse - voire déjà basses comme dans le socle limousin et une partie des nappes du Grand Est. Pour le reste de l'été, les prévisions "demeurent incertaines", indique le BRGM. Pour certaines nappes, le niveau sera "nécessairement inférieur à ceux observés en 2025". D'autres ayant des niveaux encore hauts présentent des perspectives favorables, mais pour la majorité, la tendance baissière devrait se poursuivre ou bien l'évolution dépendra des éventuelles précipitations estivales. "Si jamais il pleut de façon satisfaisante, ça ne va pas recharger les nappes", a cependant souligné David Ratheau, "mais par contre ça va satisfaire les besoins de la végétation (...) et réduire les prélèvements dans les nappes pour satisfaire les demandes des usagers". En revanche, si la sécheresse persiste, la situation de certaines nappes comme celle du socle limousin "serait préoccupante", indique le BRGM. Actuellement, 93% des points d'observation dans cette région présentent déjà des niveaux sous les normales, particulièrement dans la Creuse, la Haute-Vienne et la Corrèze, indique le BRGM. |