Le gouvernement présente un plan de résilience "terres rares et aimants permanents"
Le gouvernement a lancé, mardi 5 mai, un "plan national de résilience 'terres rares et aimants permanents'". L'enjeu : réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine qui domine tant la production que le traitement de ces métaux rares indispensables à la transition énergétique. Parmi les mesures annoncées : la prolongation du crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte, le soutien de dix projets supplémentaires dans le cadre de France 2030 et des exigences de diversification de l'approvisionnement pour les entreprises du secteur automobile.
Réduire la dépendance de la France en matière de terres rares. Pour remplir cet objectif, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, et le ministre délégué chargé de l'industrie, Sébastien Martin, en déplacement le 5 mai 2026 à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), ont annoncé un "plan national de résilience 'terres rares et aimants permanents'". Ces éléments sont présents dans nombre d'objets de notre quotidien, comme les smartphones. Ils sont aussi indispensables à la fabrication d'aimants très puissants, utilisés pour les éoliennes, les véhicules électriques ou encore les technologies militaires. Mais à l'heure actuelle, c'est la Chine qui domine la production et le traitement de ces "terres rares". Elle a la mainmise sur une large majorité de l'extraction mondiale mais aussi du raffinage et du traitement, l'étape la plus critique. La France à l'inverse n'extrait plus de terres rares sur son sol, alors qu'elle a été championne pendant des décennies, avec des fleurons comme Rhône-Poulenc. Or les ambitions du gouvernement quant à une nouvelle phase d'électrification du pays, prévue dans le cadre de la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) publiée le 13 février 2026 (voir notre article du 13 février 2026), pourrait accentuer la dépendance vis-à-vis non plus du pétrole mais de ces éléments précieux.
"Bâtir une filière industrielle"
"Nous devons accompagner cette électrification et maîtriser la chaîne de A à Z", a déclaré Roland Lescure lors de la présentation du plan, mardi, espérant revenir d'ici quelques mois pour l'inauguration de l'usine franco-japonaise de raffinage de terres rares et de recyclage d'aimants dits permanents, Caremag. Cette usine est en construction depuis un an. L'État y a investi 106 millions d'euros.
Pour Sébastien Martin, il s'agit de "bâtir une filière industrielle". Et le gouvernement s'est lancé sur le sujet dès 2021 avec une stratégie de réduction de nos dépendances en métaux critiques et terres rares. Considérée par les ministres comme "précurseur" en Europe, la France pourrait être capable à terme de satisfaire 10% de la demande mondiale en terres rares lourdes en 2030, soit 100% des besoins européens et 25% des besoins européens en terres rares légères, et de produire des alliages de terres rares pour répondre à environ 10% des besoins de l'industrie européenne, et des aimants NdFeB* 100% recyclés notamment pour l'éolien en mer. Au cœur de ces productions : les usines de Caremag à Lacq et Solvay à La Rochelle, soutenues par l'État (capacité de production de 3.800 tonnes d'oxydes de terres rares légères et 800 tonnes de terres rares lourdes en 2030), en complément de la future usine de Neo en Estonie (3.000 tonnes par an de terres rares légères). Pour les aimants, c'est la ligne pilote du projet de MagREEsource, inaugurée en juin 2024 à Grenoble, qui est en jeu.
Des accords bilatéraux (plus de 20) sur les minerais ont aussi été signés avec des pays tiers producteurs pour permettre d'appuyer les projets industriels français à l'international.
Le C3IV prolongé et simplifié
Le plan annoncé le 5 mai vient renforcer ces mesures, côté offre et côté demande. Il propose ainsi un soutien à l'offre avec un assouplissement de la garantie des projets stratégiques (GPS) opérée pour le compte de l'État par Bpifrance Assurance export pour les projets d'extraction de terres rares. Cet outil permet de garantir une partie du financement bancaire orienté vers les dépenses d'investissement de projets stratégiques, en France ou à l'étranger. Une évolution qui "rendra les acheteurs français plus attractifs auprès des projets miniers en terres rares, dans un contexte de compétitivité accrue pour accéder à ces ressources", précise le dossier de présentation du plan.
Autre mesure : la prolongation jusque fin 2028 du crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte (C3IV), et sa simplification pour les projets de terres rares. Réservé pour le moment aux usines de production de terres rares et d'aimants permanents réalisant majoritairement du chiffre d'affaires dans le secteur éolien, le dispositif pourra désormais bénéficier à tous les projets de raffinage de terres rares sans condition de secteur, par exemple pour des aimants destinés aux moteurs de véhicules électriques. Par ailleurs, France 2030, qui a déjà permis de soutenir une quarantaine de projets pour environ 330 millions d'euros de soutien public et 2,7 milliards d'euros d'investissements industriels dans le raffinage de métaux critiques et la réduction des dépendances amont, va encore soutenir une dizaine de projets supplémentaires jusqu'à 2027, à travers la prolongation de l'appel à projets de soutien aux projets de métaux critiques dont les terres rares.
Inciter à la diversification de l'approvisionnement en aimants permanents
Les ministres ont aussi indiqué que le fonds d'investissements dédié aux métaux critiques, lancé en 2023, géré par la société InfraVia Capital Partners et abondé par l'État à hauteur de 500 millions d'euros, a réalisé deux premiers investissements, dans Core Lithium en Australie et Carester à Lacq.
Concernant la demande, l'État veut inciter à la diversification de l'approvisionnement en aimants permanents du secteur de l'éolien offshore. Dans le cadre du prochain appel d'offres pour l'éolien offshore (AO10**), il demande que moins de 50% des aimants proviennent du pays dominant à l'échelle mondiale. Et les développeurs sont encouragés à proposer des offres avec au minimum 25% d'aimants permanents européens. La France demandera également la prise en compte de l'origine géographique des aimants permanents dans les composants à valoriser pour justifier qu'un moteur électrique est "made in Europe", dans l'esprit de l'Industrial Accelerator Act et de REsourceEU (le plan de la Commission d'approvisionnement en terres rares). Enfin, dernière mesure : l'exigence pour les grandes entreprises de la filière automobile candidates aux aides France 2030 d'un plan de diversification de leurs approvisionnements. Objectif : les inciter "à faire l'examen de leurs vulnérabilités, identifier les sources alternatives, développer les partenariats stratégiques et investir dans des solutions de substitution ou de recyclage", signale Bercy.
* Les aimants au néodyme (NdFeB) sont des aimants permanents composés d'un alliage de néodyme, de fer et de bore de structure tétragonale.
** L’AO 10 pour l’éolien offshore prévoit le déploiement d’environ 10 GW d’éoliennes en mer avant 2040, ce qui représente près de 8.000 tonnes d’aimants permanents nécessaires au fonctionnement des génératrices d’électricité, représentant environ 1,5% du coût de développement des projets.