La PPE 3 publiée, place au plan d'électrification des usages
La programmation pluriannuelle de l'énergie publiée au Journal officiel ce 13 février, le gouvernement s'attelle désormais à l'élaboration du plan d'électrification des usages souhaité par le Premier ministre et attendu pour mai. Quatre chantiers prioritaires seront ouverts ces tout prochains jours : l'industrie, le numérique, le bâtiment et les transports.
© @Roland Lescure et capture @gouvernementFR/ Roland Lescure le 13 février et Monique Barbut le 12 février
"La seule vraie question, c'est comment on est capable d'électrifier plus vite", pointait ce 12 janvier, Sébastien Lecornu, en dévoilant les grandes lignes de la nouvelle programmation pluriannuelle de l'énergie (lire notre article), désormais officiellement adoptée par décret, publié ce 13 février au Journal officiel (lequel dispose notamment que le gouvernement publiera d'ici la fin de l'année "un rapport sur l'évolution de la consommation d’électricité, du développement des moyens de production d’électricité décarbonée et du développement des flexibilités décarbonées"). Le Premier ministre évoquait ici l'électrification de la production, en s'inscrivant dans les pas du "grand plan d'électrification" conduit par son lointain prédécesseur, Pierre Messmer, en 1974, à la sortie du premier choc pétrolier.
Retour vers le futur ?
Un plan dont l'actuel locataire de Matignon s'est plu à souligner qu'il avait à l'époque essuyé les mêmes critiques que celles qui lui sont aujourd'hui adressées.
D'abord, un plan adopté de manière "autoritaire", "sans débat au Parlement", le gouvernement d'alors mettant en avant "l'urgence à réagir". Comme aujourd'hui : "Comme tout le monde sait ce qu'il faut faire, ce n'est peut-être pas la peine d'en parler pendant des heures", estime Sébastien Lecornu, ignorant les pourtant vives controverses en la matière – et alors que la menace d'un recours devant le Conseil d'État contre le décret est agitée.
Ensuite, "trop d'électricité produite". "Qui va consommer toute cette électricité ?", s'interrogeait-on alors. Une question qui résonne elle aussi de nouveau, alors que contrairement aux prévisions, la consommation d'électricité stagne. "Nous sommes aujourd’hui en dessous de la consommation d’électricité que nous avions anticipée", convient, ce 13 février, le ministre en charge de l'énergie, Roland Lescure. "Comme à la fin des années 1980 et au début des années 1990. La production, ça allait bien. La consommation, elle, ne suivait pas", rappelait la veille Thomas Veyrenc, directeur général de RTE. Lequel positivait, en soulignant qu'on "avait alors trouvé des façons de traiter ces excédents d'électricité".
"Fausses nouvelles"
La nouvelle PPE souffre toutefois de bien d'autres critiques. Des "fausses nouvelles", juge Roland Lescure, qu'il a balayées d'un revers de la main, ce 13 février, devant la presse. Parmi elles, celle portant sur les coûts. "La PPE coûterait des centaines de milliards d'euros ? […]. Il ne faut pas mélanger des choux et des carottes […]. La moitié des investissements annoncés par RTE et Enedis – 200 milliards d'euros dans les dix ans qui viennent – est liée à l'entretien et au renouvellement de nos réseaux. Notre réseau de distribution date de l'après-guerre", défend-il, en alertant sur les conséquences qu'entraînerait un sous-investissement chronique, en prenant l'exemple du ferroviaire : "Demandez à la SNCF !". Et s'il concède qu'"aujourd'hui, on est entre 6 et 8 milliards d'euros de soutien aux énergies renouvelables", il souligne que ces coûts "sont liés à des guichets ouverts à la fin des années 2000, notamment dans le solaire, qui nous coûtent aujourd'hui très cher. L'objectif est de réduire très significativement la contribution des finances publiques au financement des nouveaux appels d'offres. On sera, pour les nouveaux projets lancés à partir de cette année, autour d'1 milliard d'euros par an".
Bémols
À l'inverse, certains contempteurs du texte ont mis un sérieux bémol à leurs critiques. Ainsi d'Amorce, qui après avoir vertement dénoncé, au sein de l'Alliance pour l'énergie locale, le "non-sens total" de cette PPE, a, dans un second communiqué, invité à "dépasser les polémiques", en considérant en outre que le texte constituait "un signal fort en faveur de la souveraineté énergétique et de la décarbonation de notre économie", bien qu'elle "marque une inflexion des objectifs en matière de productions photovoltaïque et éolienne".
Une inflexion qui constitue finalement bien davantage une décélération par rapport aux précédentes versions de la PPE qu'un réel coup de frein aux EnR terrestres, puisque la nouvelle programmation prévoit tout de même une multiplication par deux de l'éolien terrestre entre 2023 et 2035, et par quatre du photovoltaïque. "Je remercie le Premier ministre pour la lucidité dont il a fait preuve en publiant la PPE 3 […]. Cette publication permettra de poursuivre le développement des énergies renouvelables qui reste absolument nécessaire. C’est une bonne nouvelle pour notre souveraineté énergétique et économique, et c’est une bonne nouvelle pour le climat", déclare ainsi Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, qui voit dans cette PPE "une avancée majeure".
Électrification des usages
Reste donc aussi à électrifier au plus vite les usages. "Certains diraient qu'il faut attendre que la demande soit là pour augmenter la production. D'autres diraient qu'il faut attendre que la production soit là pour augmenter la demande. Évidemment, il faut faire les deux", explique Roland Lescure.
C'est tout l'enjeu du plan voulu par Sébastien Lecornu, dont les contours commencent à prendre forme. Ce plan va s'articuler "autour de quatre chantiers", précise Monique Barbut, ministre de la transition écologique. Deux, qu'elle qualifie de "chantiers de souveraineté - l'industrie et le numérique" -, et deux qui "concernent le pouvoir d'achat des Français : le bâtiment et les transports". Des groupes de travail réunissant organisations professionnelles et élus seront prochainement mis en place sur ces thèmes. Ils plancheront jusqu'en avril, pour une clôture des travaux et la présentation du plan en mai.
• "Il faut que l'industrie soit demain électrique", explique la ministre, en mettant en avant l'investissement de 1,3 milliard d'euros annoncé cette semaine par ArcelorMittal pour la construction d'un four électrique à Dunkerque. "Un four qui consommera l'équivalent de 22 éoliennes offshore", indique Roland Lescure, en précisant que si l'entreprise "passe tous ses fours à l'électrique, c'est une demi-tranche nucléaire ou l'équivalent de centaines d'éoliennes en mer dont nous aurons besoin". Et le ministre de rappeler avoir "annoncé cette semaine 1,6 milliard d'euros supplémentaires pour électrifier 7 sites industriels" figurant parmi les 50 les plus émetteurs de carbone de France. "À eux seuls, ils représentent l'équivalent de la rénovation thermique de 1,5 million d'habitations", note Monique Barbut.
• Côté numérique, la ministre met en avant les "35 sites capables en France d'accueillir de nouveaux data centers", en soulignant que la France a déjà été "le plus attractif" pour ces derniers en 2025. En novembre dernier, la direction générale des entreprises évoquait, elle, l'identification de 63 sites favorables à l'implantation de ces centres de données, dans un guide visant à accompagner les acteurs, dont les collectivités, dans cette démarche (lire notre article). Lequel vantait les "retombées positives pour les collectivités", tout en rappelant leurs "externalités négatives" ou encore le fait qu'ils sont "soumis à la loi ZAN (sic)". Dans ses vœux à la presse le 29 janvier, Roland Lescure avait indiqué travailler avec sa collègue de la transition écologique "à améliorer la qualité environnementale des datacenters".
• Côté bâtiments, la ministre entend singulièrement "aller plus loin avec les pompes à chaleur" – elle indique viser 300.000 PAC en 2026. Elle annonce qu'un nouveau modèle de financement sera présenté en la matière en avril. En septembre prochain, entreront en outre en vigueur des "critères de résilience permettant d'orienter les soutiens vers les PAC assemblées en Europe" (lire notre article). La PPE indique en outre qu'un plan spécifique sera mis en place pour développer les pompes à chaleur en habitat collectif, qui comprendra notamment une simplification législative permettant la dérogation aux plans locaux d’urbanisme.
• Enfin, les transports. "Nous voulons qu'en 2026 une voiture achetée sur trois soit une voiture électrique", indique Monique Barbut. "En 2035, il y aura 7 millions de voitures électriques [en France]", nécessitant "14 barrages pour les alimenter", ajoute Roland Lescure. Lequel précise qu'il réunira ces prochains jours, avec Monique Barbut, les différents acteurs concernés pour savoir "comment avancer rapidement" vers cette électrification du parc. De son côté, Monique Barbut annonce qu'un premier groupe de travail sur l'électrification de la logistique se réunira le 20 février prochain, à l'hôtel de Roquelaure, avec son collègue des Transports cette fois, Philippe Tabarot.
Un État "facilitateur" aux côtés des collectivitésLa PPE consacre un chapitre à "l'accompagnement et aux moyens de financement" que l'État entend apporter aux collectivités "pour accompagner la transition écologique" (sic). La plupart des dispositifs évoqués sont connus : fonds vert, COP régionales, CRTE, fonds chaleur, CEE, programme Actee+, programme Advenir et Avélo2… Restera à connaître leur dotation sur la durée. "La prochaine étape déterminante sera la traduction budgétaire de la PPE, notamment à travers le projet de loi de finances pour 2027. Celui-ci devra garantir la mobilisation de moyens financiers renforcés et stables en faveur de la transition énergétique, notamment pour les collectivités territoriales, acteurs stratégiques de la mise en œuvre de cette transition", avertit ainsi Amorce. On relèvera également la concrétisation annoncée de la plate-forme Mon Espace Collectivité, service actuellement "en phase d'exploration" et jugé "particulièrement intéressant" par le nouveau directeur de l'ANCT (lire notre article). Ou le fait que les collectivités disposeront désormais, via le référent préfectoral, d'un interlocuteur spécifique pour l'instruction des projets d'énergies renouvelables et des projets industriels nécessaires à la transition énergétique. Afin d'accélérer et de planifier le développement des EnR, la PPE prévoit de poursuivre l'accompagnement des comités régionaux de l'énergie pour définir une méthode harmonisée de régionalisation des objectifs nationaux de développement des EnR" et de faire évoluer "en tableau de bord territorial des sujets énergétiques" le portail cartographique mis à disposition pour définir les zones d'accélération EnR. Elle entend également inciter les communes et intercommunalités non équipées de réseaux de chaleur et possédant un potentiel de déploiement à la réalisation d'études de faisabilité, développer des outils numériques permettant d'identifier ces zones de déploiement potentiel, soutenir la structuration de réseaux d'animateurs chaleur renouvelable ou encore inciter les collectivités à utiliser des garanties d'origine émises par les installations de biométhane pour attester de l'origine locale et renouvelable du gaz consommé. Dans le cadre d'une réflexion sur l'évolution des réseaux de gaz naturel, la PPE prévoit également la possibilité de solliciter des collectivités volontaires afin de tester les pistes d'optimisation préalablement identifiées. Autre mesure prévue, le renforcement de l'accompagnement "dans la transposition et la déclinaison opérationnelle de la directive relative à l'efficacité énergétique" (dite RED III). |