Le Passe culture se projette vers 2030
La présentation du projet stratégique 2030 du Passe culture n'a donné lieu à aucune annonce spectaculaire. Si l'ambition reste intacte – mieux accompagner les jeunes dans la découverte de la culture – les moyens sont revus à la baisse pour 2027.
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Le Passe culture continue d'évoluer. Après que, depuis le début de l'année 2026, sa plateforme s'est ouverte à tous, son offre a été remaniée et la structure gestionnaire est devenue un opérateur de l'État dont la gouvernance inclut désormais des représentants des collectivités, Catherine Pégard, ministre de la Culture, a présenté le 16 octobre une stratégie à l'horizon 2030, sans annonce spectaculaire et avec des moyens budgétaires en baisse.
Le premier des cinq axes du "projet stratégique 2030" du Passe culture (qui s'écrit désormais avec un "e" à la suite d'un recours pour non-respect de la loi Toubon) vise à "contribuer à la construction de parcours diversifiés de participation à la vie culturelle de tous les jeunes, notamment des plus éloignés, dans le cadre scolaire et hors temps scolaire". Il ne fait donc que reprendre l'ambition du passe à sa création en 2019. Parmi les actions mises en avant, la question de la mobilité des jeunes ruraux déjà évoquée il y a près de deux ans (lire notre article du 31 janvier 2025) est reprise.
Un observatoire pour développer l'application
Le second axe, plus original, vise à "agir au service du renforcement des pratiques culturelles des jeunes par leur engagement citoyen dans la vie culturelle". Parmi les propositions, on note une initiation des bénéficiaires du passe à la délibération et à la prise de décision dans le cadre du Conseil des jeunes et de ses laboratoires territoriaux, la promotion du bénévolat culturel sur l'application ou la valorisation des métiers de l'art et de la culture pour faciliter l'orientation des jeunes vers ces filières.
Le troisième axe entend "développer une plateforme souveraine et éthique d'observation et d'innovation numérique". Cela passera par la création d'"un répertoire de référence riche, unique et fiable, permettant de croiser les pratiques pour créer de nouveaux parcours de découverte", mais aussi, dès l'automne 2026, par la mise en place de l'Observatoire du Passe culture, lequel aura vocation à mener "des études utiles pour le développement et l'évaluation de l'application" et à "fonctionner en réseau avec d'autres acteurs et à ouvrir ses données, notamment aux chercheurs, aux collectivités publiques [...]".
Articuler le passe avec les dispositifs des collectivités
Le quatrième axe vise justement à "créer un cadre pérenne de coopération nationale et territoriale partenariale" qui mènera à articuler le passe avec les dispositifs des collectivités territoriales. Ici, il est proposé aux collectivités de bénéficier d'une "marque blanche" leur permettant de mettre la technologie de l'application au service de leur territoire... le tout moyennant paiement de manière à diversifier les ressources propres et consolider la pérennité financière du Passe culture. Mais les collectivités peuvent être rassurées : le partage des données issues de l'application pour éclairer leurs politiques culturelles se fera bien librement.
Enfin, le cinquième axe doit contribuer à faire de la structure porteuse du Passe culture "un opérateur de l'État exemplaire". À ce titre, elle "garantit un usage transparent, sobre et économe des fonds publics" et cherche à développer des ressources propres. Parmi les pistes : ouvrir la possibilité pour les bénéficiaires, leurs familles ou des tiers de recharger leur compte sur le modèle de la "carte cadeau".
Budget en baisse de 12%
En ces temps de discussion budgétaire, la ministre a précisé que le barème du Passe culture ne changerait pas en 2027 (50 euros à 17 ans et 150 euros à 18 ans, avec 50 euros supplémentaires pour les jeunes aux revenus modestes ou en situation de handicap), même si elle a évoqué "la rigueur que nous devons observer". Car rigueur il y aura. Le projet de loi de finances pour 2027 attribue en effet au Passe culture une enveloppe de 192,7 millions d'euros (dont 137,5 sur le budget de la Culture et 55,2 millions sur celui de l'Éducation nationale), contre 219,3 millions en 2026, soit une baisse de 12%. Sur ce total, 26 millions relèvent d'une subvention pour charges de service public et couvriront les coûts de structure, tandis que les crédits d'intervention se montent à 166,4 millions d'euros. Si cette baisse des moyens ne devrait pas affecter le montant des aides, c'est parce que le taux de recours n'atteint pas 100% du public cible et que celui-ci diminue en raison de la chute démographique que connaît la France.
Généralisé en 2021, le Passe culture permet le financement d'actions d'éducation artistique et culturelle sur le temps scolaire et de pratiques culturelles autonomes. Selon une récente étude du département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) du ministère de la Culture, la part collective a permis à 4,2 millions d'élèves de participer à une sortie ou à un projet culturel dans le cadre scolaire en 2024-2025, et 8 jeunes sur 10 ont eu recours à la part individuelle entre mai 2021 et février 2025. Depuis le début de l'année 2026, l'offre du passe, qui s'appuie sur un réseau de 27.000 partenaires (libraires, cinémas, salles de spectacle, musées, festivals, etc.) est ouverte à tous au-delà du public scolaire, sans subvention associée.