Les communes politique de la ville dépensent davantage en fonctionnement mais investissent moins
Selon le premier baromètre financier des communes ayant au moins un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), présenté le 29 septembre par l'Agence France locale (AFL) et l'association Ville & Banlieue, les communes dans lesquelles sont implantées les quelque 1.600 QPV présentent une santé financière correcte, bien que moins bonne en moyenne que celle des autres communes. Assumant des charges plus lourdes, notamment de personnel, elles sont plus contraintes dans leur capacité d'autofinancement et dépensent donc moins pour les équipements de leur territoire. Selon Ville & Banlieue, des mécanismes de fléchage des fonds et dotations d'investissement permettraient d'assurer à ces communes un niveau d'investissement au moins équivalent à celui des autres communes.
© Association des Maires Ville & Banlieue de France et Adobe stock
À la veille de la présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, l'Agence France locale (AFL, la banque des collectivités locales) et l'association Ville & Banlieue ont dévoilé le 29 septembre 2026, lors d'une conférence de presse, le premier baromètre financier des communes ayant au moins un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV).
Une moins bonne note mais des équilibres budgétaires "globalement maîtrisés"
Pour Camille Vielhescaze, adjoint au maire de Cachan et vice-président de Ville & Banlieue, l'enjeu est d'"objectiver le débat" et ainsi "tordre le cou à deux poncifs tenaces de la politique de la ville qui seraient que ces villes seraient mal gérées et que des milliards y seraient déversés".
L'ALF s'est intéressée aux 799 communes avec QPV de plus de 3.500 habitants (hors Paris), qui sont donc une majorité des 859 communes françaises concernées par la politique de la ville. La santé financière des communes est caractérisée par une "note ALF" allant de 1 (meilleure note) à 7 (note la plus dégradée) et calculée à partir de trois indicateurs que sont la solvabilité, les marges de manœuvre budgétaire et le poids de l'endettement. L'ALF disposant de l'ensemble des comptes de gestion des collectivités françaises, les données sont exhaustives. À noter que des analyses ont été réalisées en fonction de la taille de ces communes avec QPV : les 178 communes de 3.500-10.000 habitants (soit 8% de l'ensemble des communes de cette strate), les 239 communes de 10.000-20.000 habitants (soit 43% de l'ensemble) et les 382 communes de plus de 20.000 habitants (soit 77% de l'ensemble).
En 2025, la note moyenne des communes avec QPV s'est élevée à 3,61, contre 3 pour les communes de plus de 3.500 habitants hors QPV. La note des communes avec QPV est donc moins favorable mais, sur la période 2019-2025, les communes avec et sans QPV suivent une trajectoire similaire. "Les équilibres budgétaires sont globalement maîtrisés", selon Henri Daudignon, analyste crédit et chargé d’études à l’AFL.
Des charges de fonctionnement plus élevées
L'écart provient d'un taux d'endettement plus élevé pour les communes avec QPV (70,3% en 2025, contre 58,4% pour les communes sans QPV) et d'un taux d'épargne brute plus faible (12,7% contre 15,7%).
Côté fonctionnement, les communes avec QPV ont des dépenses et recettes plus importantes que les autres communes de plus de 3.500 habitants : 1.477 euros de dépenses réelles de fonctionnement (DRF) par habitant en moyenne en 2025, contre 1.312 euros. Les communes avec QPV disposent ainsi de dotations et subventions plus importantes (381 euros par habitant en 2025, contre 258 euros par habitant dans les autres communes de plus de 3.500 habitants). Mais ces financements "ne compensent pas des recettes fiscales moindres à strate de population équivalente", ni "des charges de fonctionnement plus élevées", selon l'AFL.
Au sein des dépenses, la masse salariale et les subventions pèsent en effet plus lourd dans les communes avec QPV (respectivement 59,5% des DRF contre 56,8% dans les autres communes et 9,5% contre 6,6%). "Nous avons des populations plus jeunes et plus d'enfants par famille et donc la masse salariale, c'est aussi l'accompagnement du scolaire, du périscolaire, etc.", explique Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes et vice-présidente de Ville & Banlieue.
Une dette qui pèse plus lourd pour un volume d'investissement moins important
Pour investir, les communes avec QPV sont donc contraintes de recourir davantage à l'emprunt (33,4% des dépenses réelles d'investissement en 2025, contre 21% pour les communes sans QPV), puisque leur capacité d'autofinancement est plus limitée (21,9% d'épargne nette en 2025, contre 27,8% pour les autres communes).
Les communes avec QPV investissent donc moins : 396 euros par habitant de dépenses d'équipement en 2025, contre 464 euros pour les autres. "Le niveau de dépenses d’équipement des communes avec QPV suit la même trajectoire que les autres communes, mais reste inférieur sur l’ensemble de la période étudiée" (2019-2025), commente l'AFL.
L'étude met également en évidence le fait que les communes avec QPV disposent d'un montant inférieur de subventions d'investissement par habitant : 88 euros par habitant en 2025, contre 99 euros pour les autres communes. Une donnée qui "interpelle" Camille Vielhescaze, pour qui se pose la question d'un "fléchage" spécifique de certaines aides – dont la dotation de soutien à l'investissement local (DSIL) et le fonds vert – vers les communes avec QPV pour garantir à ces dernières "a minima" un même niveau d'investissement que les autres.
Dilico : une "clause de sauvegarde" pour les communes les plus fragiles ?
Dans le cadre du PLF pour 2027, Ville & Banlieue demande par ailleurs la mise en œuvre d'une "clause de sauvegarde" pour préserver les "communes les plus fragiles financièrement et socialement" des mesures d'économies de type Dilico (mise en réserve obligatoire de recettes dues aux collectivités)... ou de ce qui va plus ou moins le remplacer dans ce PLF, à savoir la "contribution progressive à l’effort budgétaire" (CPEB – voir notre article de ce jour sur les dispositions finances locales du PLF telles que présentées ce 30 septembre au Comité des finances locales).
Enfin, le prochain budget doit intégrer "les premiers engagements financiers de l'Anru 3", souligne l'élu de Cachan, insistant sur la nécessité pour les collectivités d'"engager dès à présent des études" et d'"éviter le stop and go" en matière de rénovation urbaine.