Les objectifs de la Normandie pour gagner en autonomie alimentaire

Représentant 7% de la production nationale agricole, la Normandie est amenée à appuyer sur l'accélérateur dans sept filières prioritaires pour répondre aux enjeux de souveraineté alimentaire. C'est ce que prévoit une feuille de route présentée vendredi 12 juin, en présence de la ministre de l'Agriculture.

"C’est tout à fait emblématique de ce que je veux faire." En déplacement, à Luneray (Seine-Maritime), sur le site de l’entreprise Lunor, spécialisée dans la transformation de légumes cuits sous vide, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a loué le travail réalisé localement pour produire une feuille de route normande sur la souveraineté alimentaire. "Chaque région est appelée à répondre à ces enjeux de souveraineté et à s’atteler à cet exercice de planification", a-t-elle rappelé. Un exercice de concertation lancé en décembre dernier afin que chaque région puisse contribuer à diminuer la dépendance extérieure de la France. Après une phase nationale dont les conclusions ont été présentées fin février au Salon de l’agriculture (lire notre article), ont suivi des "conférences régionales de la souveraineté alimentaire". 

En Normandie, la concertation a été lancée le 26 mars autour de la préfecture, de la région, des chambres d’agriculture, de l’association régionale des entreprises agroalimentaires (Area), de la Coopération agricole et des principales interprofessions ou fédérations professionnelles. Compte tenu des caractéristiques locales, la feuille de route qui en est issue vise à accroître la production dans sept filières (volailles, viande, pêche, lait, porcs, légumes, grandes cultures) d’ici trois à cinq ans. "En Normandie, on a pensé un plan de souveraineté dans les filières déficitaires", a expliqué Annie Genevard à la presse, louant "quelque chose de tout à fait exemplaire" qui "va apporter les solutions concrètes évaluées en pourcentage".

Grande région agricole

La Normandie est déjà une grande région agricole. Elle représente 7% de la production nationale mais se démarque dans plusieurs domaines : deuxième région pour les vaches laitières, troisième région pour les bovins, première pour les poireaux et en surfaces de pommiers à cidre et de lin… C’est aussi la première région pour la place réservée à la surface agricole, même si celle-ci a diminué d’1,3% en seize ans au profit de l’artificialisation. La Normandie n’échappe pas aux grandes tendances à l’œuvre dans le monde agricole : baisse d’un quart du nombre d’exploitations entre 2010 et 2020, vieillissement des agriculteurs (53 ans en moyenne), effets du changement climatique, pression sur la ressource en eau…

Dans le cadre de cette feuille de route, les partenaires se sont engagés à faire en sorte que la Normandie assure une part importante de l’augmentation de production attendue au niveau national, qu'il s'agisse de la production de jeunes bovins (75% des objectifs nationaux), celle du lait, de la mytiliculture, de la pisciculture (50%) ou celle des oeufs (24%)... Il s’agit "d’objectifs réalistes qui pourraient être dépassés dans plusieurs filières si d’autres projets émergent et si les freins identifiés sont levés", précise le document.

La contribution régionale de volailles est ainsi amenée à passer de 5 à 9% de la production du pays d’ici cinq ans, grâce à la création de 19 nouveaux "poulaillers du quotidien" et de 16 poulaillers "label rouge" chaque année. La production d’œufs est appelée à franchir un saut plus important encore, passant de 4 à 24% de la production nationale. Pour ce faire, 13 nouveaux poulaillers pour poules pondeuses devront ouvrir chaque année. La région prévoit encore la création de 6.100 places de bovins par an ou de mener des études pour identifier les zones propices au développement de nouvelles structures piscicoles sur le territoire normand...

Financements

Le document identifie aussi des freins au développement de ces filières (complexité, durée des procédure, acceptabilité sociale des projets, difficultés de financement des projets…). "Nous ne pouvons plus nous satisfaire de cette situation", a déclaré la ministre, lors de son intervention, renvoyant aux simplifications contenues dans le projet de la d’urgence agricole en cours d’examen, notamment pour les bâtiments d'élevage (lire notre article).

La feuille de route a vocation à s’appuyer sur les "projets d’avenir agricole" du projet de loi. Une fois labellisés, ces projets pourront plus facilement obtenir des financements de l’État et des collectivités. La région a déjà décidé d’augmenter de 30 à 40% son taux d’intervention du Feader pour les jeunes agriculteurs et certaines filières. Elle dispose également d’un fonds "Normandie Entreprises" qui accompagne les projets d’investissements agroalimentaires à hauteur de 30%. "Pour défendre la souveraineté alimentaire et maintenir un tissu dense et diversifié d’exploitations agricoles, je maintiens qu’il sera également nécessaire de trouver des outils de financement innovants pour faciliter les transmissions d’exploitation et accompagner le renouvellement des générations", a fait valoir le président de la région, Hervé Morin, cité dans le dossier de presse.

 

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