Les régions réclament un fonds d'adaptation à la canicule, toute la compétence orientation et moins de coupes budgétaires

Réunies ce 7 octobre à l'initiative du Premier ministre, Sébastien Lecornu, à propos de la mobilisation lycéenne et des conséquences sur le bâti scolaire, les régions ont porté un message plus large : non-remplacement des enseignants, emplois du temps surchargés, Parcoursup et orientation… mais aussi baisse des dotations. Selon Régions de France, les réponses attendues nécessitent un engagement financier accru de l'État plutôt qu'un nouveau tour de vis budgétaire.

"Si les générations précédentes vivaient l'avenir comme une promesse, cette génération vit l'avenir comme une angoisse, parce que le dérèglement climatique, parce que la guerre, parce que la transformation des emplois par l'intelligence artificielle... Le chemin est tout sauf clair", a résumé François Bonneau, vice-président de Régions de France, lors de la conférence de presse qui s'est tenue dans la foulée de la réunion des représentants de l'association avec le Premier ministre mercredi 7 octobre 2026.

"Nous ne sommes malheureusement pas très étonnés de l'inquiétude quant à l'avenir de nos lycéens", a reconnu Carole Delga, évoquant une année scolaire 2025-2026 marquée par de nombreuses remontées de parents et d'élèves : absences prolongées d'enseignants non remplacées, notamment en classes de première et terminale, effectifs jugés trop importants, difficultés liées aux emplois du temps et sentiment d'opacité entourant Parcoursup.

Ce qui n'a pas empêché Carole Delga et François Bonneau de condamner unanimement les violences commises dans certains établissements. Ils demandent que les auteurs des dégradations soient identifiés et sanctionnés, tout en soulignant que les casseurs seraient, dans de nombreux cas, extérieurs aux lycées concernés.

Parcoursup "contribue à renforcer les inégalités sociales face à l'orientation"

Qualifiant Parcoursup de "boîte obscure", le président de la région Centre-Val de Loire a estimé que les lycéens ne comprennent "ni les critères de sélection ni les mécanismes conduisant à leur affectation dans l'enseignement supérieur". Il estime que la plateforme entretient un "sentiment d'arbitraire" et "contribue à renforcer les inégalités sociales face à l'orientation". 

"Nous demandons maintenant, depuis plus de cinq ans, (...) le transfert complet de l'orientation scolaire", a rappelé François Bonneau, soulignant que cette proposition figurait déjà dans le livre blanc des régions pour l'élection présidentielle de 2022. Régions de France juge en effet inefficace le partage actuel des responsabilités entre les régions et l'Éducation nationale.  Les régions estiment être les mieux placées pour accompagner les jeunes dans la construction de leur projet d'études et d'insertion professionnelle, en raison de leur connaissance des territoires, des filières de formation et des besoins des entreprises. Une gouvernance unique permettrait de simplifier les parcours, de renforcer l'égalité des chances et de mieux articuler orientation, formations disponibles et débouchés professionnels.

Les régions dénoncent également les effets territoriaux de certaines affectations. Carole Delga a notamment cité le cas des formations paramédicales, pour lesquelles des étudiants sont parfois envoyés à plusieurs centaines de kilomètres de leur domicile alors même que des places existent dans leur bassin de vie. Une situation qui, selon elle, peut décourager certaines vocations dans des métiers pourtant en tension.

Deux tiers des lycées ont bénéficié de travaux lourds de rénovation ces deux dernières années

Si les manifestations ont remis la question des lycées au premier plan, les régions estiment avoir déjà fortement augmenté leurs investissements depuis une décennie. Rappelons que les régions possèdent la compétence exclusive de la construction, la rénovation, l’entretien et l’équipement des lycées depuis 1983.

Selon les chiffres avancés par Régions de France, les dépenses consacrées à l'éducation ont augmenté d'environ 20% en 10 ans tandis que les crédits dédiés à la rénovation énergétique auraient progressé de plus de 50%. Rappelant que les lycées représentent 45 millions de mètres carrés, Régions de France souligne que les deux tiers des lycées ont bénéficié de "travaux lourds de rénovation" ces deux dernières années.

Pour autant, les exécutifs régionaux alertent sur l'impact des contraintes budgétaires. Carole Delga a dénoncé un "matraquage budgétaire" résultant d'une baisse de 1,7 milliard d'euros de dotations sur deux ans à laquelle pourrait s'ajouter un milliard supplémentaire dans le projet de loi de finances pour 2027. 
Les régions demandent ainsi que l'effort qui leur est demandé soit ramené à 500 millions d'euros maximum. Elles estiment supporter une part "disproportionnée" des économies exigées des collectivités alors qu'elles ne représentent qu'une fraction limitée de la dépense publique locale.

Canicule : les régions réclament un grand plan d'adaptation

La multiplication des épisodes caniculaires "précoces" apparaît aussi désormais comme une préoccupation majeure des régions. Régions de France plaide pour la création d'un fonds vert national dédié au rafraîchissement - non pas seulement des lycées - mais de tout bâtiment accueillant du public : établissements scolaires, hôpitaux, Ehpad ou encore structures médicosociales.

Les régions estiment qu'un effort supplémentaire de 500 millions d'euros permettrait d'accélérer rapidement les diagnostics thermiques, l'installation de protections solaires, de systèmes de rafraîchissement passifs et la rénovation énergétique du patrimoine scolaire.

Carole Delga et François Bonneau demandent également un allègement des procédures administratives. Ils expliquent qu'entre autorisations d'urbanisme, contraintes patrimoniales liées aux bâtiments historiques et marchés publics, il faut aujourd'hui compter au moins un an avant le début de travaux importants et jusqu'à cinq ans pour construire un nouveau lycée.

Un gouvernement à l'écoute mais sans réponse...

Face aux élus régionaux, Sébastien Lecornu n'a pris aucun engagement financier précis. Les participants rapportent toutefois qu'il a reconnu l'impact "très important" des efforts budgétaires demandés aux régions ces dernières années et souligné que les arbitrages du projet de loi de finances n'étaient pas définitivement arrêtés.

Dans un communiqué publié le 7 octobre au soir, le gouvernement a répondu aux présidents de régions "pour faire le point sur les manifestations lycéennes et ses conséquences pour le bâti scolaire, son amélioration", estimant que celle-ci est "l'une des revendications les plus importantes portées par les lycéens". Concrètement, il a souligné que l'État mobilise plus de 700 millions d'euros par an en faveur des investissements régionaux dans les lycées et entend renforcer l'adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs via le fonds vert.

Le gouvernement a également affirmé sa solidarité avec les régions confrontées aux conséquences des violences récentes, 24 lycées ayant subi des dommages importants. Il promet un accompagnement des services de l'État afin d'accélérer les travaux de réparation et de sécurisation ainsi qu'un soutien dans les relations avec les assureurs et les procédures judiciaires visant les auteurs des dégradations.

... avant la fin du mois d'octobre 

Quelques heures après cette rencontre, Sébastien Lecornu est revenu sur la crise lycéenne lors de son intervention télévisée du 7 octobre. Sans annoncer de mesure nouvelle, le Premier ministre a renvoyé aux cinq chantiers ouverts dans sa lettre adressée aux lycéens le 4 octobre (lire notre article du 5 octobre) et indiqué que les premières décisions gouvernementales seraient présentées à la fin du mois.

Il a également souligné que l'examen du budget de l'Éducation nationale à l'Assemblée nationale, prévu le 12 novembre, laisserait selon lui le temps d'intégrer certaines propositions issues du mouvement lycéen dans le débat parlementaire. Il a salué l'ouverture d'une plateforme permettant aux jeunes d’exprimer leurs doléances, assurant que "tout sera publié en transparence". 

Et finalement, c'est le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, qui devrait annoncer de "premières mesures concrètes" pour les lycéens ce jeudi 8 octobre au journal de 20 heures de TF1, a indiqué Matignon. Ceci alors que les manifestations lycéennes ont continué jeudi partout en France et que l'intersyndicale étudiante et professionnelle a appelé à une nouvelle journée de mobilisation mardi 13 octobre.

 

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