Les technologies mobiles à la croisée des chemins

Entre la fin des réseaux 2G/3G et l'arrivée à échéance des licences des opérateurs mobiles, sans compter le potentiel passage à trois opérateurs, la téléphonie mobile remonte sur le haut de la pile des dossiers numériques. Obligations de couverture, New Deal mobile, innovation… Le Trip de l'Avicca des 12 et 13 mai 2026 a proposé un tour d'horizon des principaux sujets intéressant les territoires.

Avec La Réunion en 2025 et l'agglomération de Bayonne fin mars, l'extinction de la 2G est entrée en phase opérationnelle. La 2G devrait être totalement éteinte d'ici la fin de l'année, celle de la 3G démarrant en 2028. Lors du Trip de l'Avicca des 12 et 13 mai 2026 (sur cet événement, lire aussi notre article du 13, consacré à la fibre), la ministre Anne Le Hénanff a insisté sur le fait de ne pas avoir eu de "remontées négatives" à l'issue de ces premières extinctions face à des élus qui avaient sonné l'alarme en 2025.

Vigilance sur les objets connectés en 2G

La vigilance s'impose cependant, notamment sur les équipements M2M dédiés à l'internet des objets. Pour preuve, le paiement dans les bus sur l'agglomération Bayonne a connu des problèmes, comme l'a remonté Orange. Les chiffres de l'observatoire de l'Arcep quantifient ce sujet : 4% des cartes SIM utilisées pour des services machine-to-machine (M2M) en 2G sont dans des terminaux uniquement compatibles 2G et devront être remplacées avant la fin de l'année. L'autorité estime que le rythme de migration est encore trop lent. Par ailleurs, les cartes SIM de capteurs et mobiles appartenant à des opérateurs étrangers ne sont pas comptabilisées dans ce suivi.

Les territoires ont exprimé le souhait que la refonte des cartes de couverture, objet d'une consultation en cours, soit l'occasion d'aider au pilotage de ce dossier. L'Avicca a suggéré de remplacer les cartes de couverture 2G/3G, centrées sur les communications/SMS, par des cartes indiquant la concentration de cartes SIM non compatibles.

Consultations sur le renouvellement des licences

L'Arcep a aussi annoncé une vague de consultations sur le renouvellement des licences qui va intervenir entre 2030 et 2035. "C'est un chantier très structurant pour l'avenir des réseaux mobiles, qui donnera lieu à plusieurs consultations publiques successives", a expliqué Franck Tarrier, en charge du mobile à l'Arcep. L'enjeu pour les territoires est bien de veiller à la bonne prise en compte des enjeux de couverture à l'heure où les opérateurs mobiles, concurrencés par le satellite en orbite basse, pourraient être tentés de revoir leurs obligations à la baisse.

Le régulateur a rappelé qu'en attendant, les obligations du New Deal mobile — couverture ciblée, routes, voies ferrées régionales — et liées aux licences 5G courent jusqu'à 2030. Ces obligations ne règlent cependant pas tout, des départements se plaignant toujours de zones blanches persistantes.

Autre élément d'incertitude pour l'aménagement numérique, le probable passage à trois opérateurs avec le démantèlement de SFR. Le président de l'Avicca Patrick Chaize a estimé que ce changement aurait un impact sur la couverture, sans être en mesure de trancher sur le fait qu'il serait "à la hausse ou à la baisse".

Pas de preuve de lien entre ondes et cancer

L'allocation de nouvelles fréquences se cumulera sans doute avec l'arrivée de la 6G. Or, lors du précédent bond technologique, la 5G avait suscité de fortes inquiétudes chez les élus locaux. Ces craintes ont conduit l'Anses à diligenter une nouvelle étude à l'intitulé explicite : Radiofréquences et cancer. Olivier Merckel, chef de l'Unité d'évaluation des risques liés aux agents physiques, est venu donner le verdict "définitif" du groupe d'experts mobilisé. Après l'analyse de plus de 1.000 études publiées sur la thématique - parmi 46.000 études sur onde et santé échelonnées sur 30 ans - il a déclaré que le groupe d'experts avait estimé que "les données disponibles ne permettent pas de conclure à l'existence ou à l'absence d'effets cancérogènes des radiofréquences". Face à un public qui aurait préféré un verdict plus tranché, l'expert a précisé qu'il faut y voir "le fait qu'il n'y a pas de lien de causalité entre l'exposition aux ondes et l'apparition de cancers". Il a aussi insisté sur la nécessité de "continuer la recherche" du fait de l'exposition de plus en plus importante des populations aux ondes des mobiles, et ce dès le plus jeune âge.

Chartres Métropole teste la 5G privée

Côté 5G, si la 5G grand public se révèle à peine mieux que la 4G, la 5G "professionnelle" reste surtout au stade des tests. Chartres Métropole a obtenu des fréquences de l'Arcep pour déployer un réseau 5G privé sur 7 communes et 60 km², avec 35 à 40 points hauts. Financé par le programme européen CEF Digital, le test porte moins sur la couverture que sur les usages : communications critiques, vidéosurveillance, sécurisation des données et des accès Internet. Le projet court jusqu'à fin 2027.

Pour convaincre ses futurs utilisateurs, la métropole a déployé une "bulle" 5G privée lors d'un meeting aérien rassemblant 30.000 personnes. Résultat probant : quand les réseaux publics se sont effondrés sous la charge, le réseau privé a tenu, permettant vidéoprotection, contrôle d'accès, communications sécurisées et retransmission live. Jérôme Leblanc, directeur des infrastructures passives, a cependant relaté quelques sueurs froides : trois jours avant l'événement, un conflit de fréquences avec un opérateur voisin paralysait le réseau, nécessitant l'intervention de l'ANFR. 

L'expérience est jugée suffisamment probante pour envisager un déploiement définitif.

 

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