Limoges : "l'État sera là" pour rebâtir la mairie, promet Sébastien Lecornu
Lors d'un bref déplacement à Limoges le 23 octobre au soir, le Premier ministre a exprimé la "solidarité nationale" à l'égard de la ville. L'embrasement de l'hôtel de ville du chef-lieu de la Haute-Vienne avait été l'image marquante des violences ayant accompagné les manifestations du 17 octobre. Sébastien Lecornu a garanti une reconstruction "à l'identique" de l'édifice, grâce à l'aide financière de l'État (80% du coût total) et une procédure accélérée.
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Arrivé à Limoges par avion ce 23 octobre peu après 19 heures, le chef du gouvernement s'est porté au chevet d'une ville, de sa population et de ses élus, meurtris après les violences du 17 octobre, au cours desquelles l'hôtel de ville – monument emblématique et "maison commune", comme le rappelle son maire – a été ravagé par les flammes d'un incendie criminel.
Très critique envers l'État au lendemain du drame, Guillaume Guérin (LR) avait réclamé un "plan Marshall" et une "pluie de millions" pour sa ville. Et l'Association des maires et des élus de Haute-Vienne avait appelé à mettre les drapeaux des communes du département en berne. "Nos mairies (...) ne peuvent être laissées seules face aux difficultés qu'elles rencontrent", avait-elle alerté.
Accompagné de la ministre de la Culture Catherine Pégard, de la ministre de l'Aménagement du territoire, Françoise Gatel, et du ministre des PME et du Commerce, Serge Papin, le Premier ministre a appelé les Limougeauds à "ne pas se laisser abattre" et à faire preuve de "résilience", à l'image de la façade encore debout du bâtiment dévasté.
"C'est plus qu'impressionnant"
Casque de chantier sur la tête, Sébastien Lecornu a longuement inspecté les dégâts du bâtiment, inauguré en 1883. Une visite à laquelle seulement quelques journalistes ont pu participer. "C'est plus qu'impressionnant", déclare l'hôte de Matignon dans la vidéo que l'un d'eux, le reporter indépendant Paul Larrouturou, a publiée sur le réseau social X. Derrière lui, Françoise Gatel se désole : "C'est fracassé, c'est horrible". Du fait de l'incendie, la toiture s'est effondrée et le beffroi est tombé. "C'est d'une tristesse sans nom", s'afflige Guillaume Guérin, très ému et en colère. A la première visite, "j'ai pleuré", confie-t-il.
Sébastien Lecornu est aussi venu remercier les pompiers et les forces de l'ordre, alors qu'au lendemain de l'incendie, celles-ci avaient été critiquées par Guillaume Guérin pour n'avoir pas pu endiguer les violences du 17 octobre. Le Premier ministre a aussi témoigné sa reconnaissance à l'égard de la police municipale. "Toujours premier adjoint de ma commune [Vernon, dans l'Eure], je ne méconnais pas l'utilité majeure" de la troisième force de sécurité intérieure, a-t-il affirmé.
Pas de raison que le mandat municipal soit "planté"
Un hommage rendu également par Guillaume Guérin : "Les municipaux se sont retrouvés tout seuls pour protéger cet hôtel de ville face à une armée de fous furieux". Une "vingtaine" d'agents municipaux – non seulement des policiers, mais aussi notamment des "cadres d'astreinte" – étaient présents à l'intérieur lorsque des individus ont attaqué la mairie, brisant des vitres et enfonçant la porte pour pénétrer à l'intérieur et mettre le feu. "Ils sont rentrés en disant : 'on va vous tuer, on va vous cramer'. Le mec de la loge, il a eu la peur de sa vie", a raconté le maire.
Mettre le feu à la mairie, "c'est un message politique de radicalité qui cherche à nous faire mal. Donc la meilleure des réponses que l'on puisse apporter, c'est une forme de résilience : relever la tête, ne pas se laisser abattre, ne pas se diviser", a lancé calmement, mais fermement, le Premier ministre.
Dès le lendemain du drame, Sébastien Lecornu avait écrit à Guillaume Guérin, s'engageant à ce que la mairie soit reconstruite avec l'aide de l'État. Une promesse renouvelée en présence de l'édile limougeaud. En ce "début de mandat municipal (…) on ne peut pas dire au maire qu’il va renoncer à des engagements de campagne électorale pour lesquels il a été élu parce que des gens ont mis le feu à sa mairie", a entre autres justifié le Premier ministre.
"Procédure Notre-Dame"
Il propose de reconstruire "à l'identique" en "procédure Notre-Dame" de Paris, à l'image de la cathédrale rebâtie en cinq ans après l'incendie de 2019. Un article spécialement consacré à la mairie de Limoges sera ajouté au projet de loi Logement en cours d'examen au Parlement. La maîtrise d'ouvrage sera confiée à l'Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic).
Selon Guillaume Guérin, l’État prendra "intégralement" en charge "les travaux d’urgence nécessaires à la sécurisation de l’hôtel de ville et à sa protection contre de nouvelles dégradations", qui débuteront dans la semaine du 26 octobre. C'est encore l'État qui financera "les études et diagnostics". Et qui, d'après Sébastien Lecornu, octroiera à la ville de Limoges une dotation exceptionnelle pour les dépenses qu'elle engagera afin d'assurer la continuité de ses services.
Le coût de la reconstruction sera précisé "d’ici à la fin du premier trimestre 2027", selon le maire. Mais d'ores et déjà, il sait pouvoir compter sur une prise en charge par l'État de 80% du montant. La mairie sera entièrement classée aux monuments historiques, notamment à cette fin. "On a une partie assurantielle – dont on a une petite idée de combien elle va être plafonnée, parce que nous avons des franchises – qui sera de l'ordre de 2 à 3 millions d'euros", a aussi précisé le premier magistrat.
Cagnotte
Le reste proviendra du mécénat, public et privé. Une cagnotte ouverte par la Fondation du patrimoine affichait le 25 octobre plus de 540.000 euros de dons. Ceux-ci doivent être défiscalisés à 75% via une mesure du projet de loi de finances pour 2027. La responsabilité civile "de celles et ceux qui ont brûlé" sera également mise à contribution, a ajouté le Premier ministre. En promettant qu'au total, "le contribuable local, communal, ne mettra pas un euro dans la reconstruction".
Avant l'arrivée de Sébastien Lecornu, le parquet de Limoges avait annoncé que deux suspects, arrêtés durant la semaine, étaient déférés devant les juges chargés de l'enquête sur l'incendie de l'hôtel de ville. Il a requis leur placement en détention provisoire. "Les faits sont particulièrement graves", a souligné Sébastien Lecornu. "Par le degré de planification, par la volonté de passage à l'acte, et par les différents chefs de poursuites que la justice a retenus", dont la tentative de meurtre sur des policiers qui se trouvaient dans la mairie lors de l'incendie, a-t-il conclu.