Violences des 17 et 18 octobre : France urbaine met la pression sur le Premier ministre

Participation à la définition des parcours des manifestations et de la doctrine de maintien de l'ordre et de gestion des violences urbaines, demande d'un examen rapide de la loi Polices municipales… Dans une lettre ouverte au Premier ministre, le président de France urbaine est bien décidé à prendre une part active au continuum de sécurité. Le maire de Toulouse ne manque par ailleurs pas de mettre la pression sur d'autres volets : indemnisation, prévention, social… et responsabilités des "faillites" des 17 et 18 octobre derniers.

"Alors que d'autres mouvements sont d'ores et déjà prévus [ce 24 octobre, même si les interdictions se multiplient], nous attendons, de votre part […] l'association étroite des élus locaux aux décisions. Nous demandons ainsi que les maires soient désormais systématiquement parties prenantes des décisions prises par les préfectures dans la définition et le suivi des parcours des manifestations déclarées dans leur ville." Telle est l'une des requêtes concrètes formulées par le président de France Urbaine, Jean-Luc Moudenc, dans une lettre ouverte adressée, le 23 octobre, au Premier ministre suite aux "scènes d'une exceptionnelle gravité qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre dernier et jusqu'à tard le lendemain". 

Continuum de sécurité

"Il s'agit pour nous de prévenir la réitération des dégradations dans les centres urbains et de limiter toute forme d'escalade", justifie le maire de Toulouse, après avoir relevé que "ce sont les grands centres urbains qui ont été touchés" par "cet épisode sombre et dramatique pour notre démocratie". La demande n'est pas sans traduire une certaine défiance dans les capacités de l'État à assurer l'ordre. Il est vrai que, comme l'a révélé France info ce 22 octobre, le préfet de police de Paris a lui-même invité "les acteurs économiques" situés sur le parcours des manifestations du 24 octobre à recourir à "des agents de sécurité privée", en indiquant que le dispositif de maintien de l'ordre qui sera déployé "ne peut […] garantir à lui seul la protection de chaque établissement". Une forme de relance du continuum de sécurité diversement appréciée.

En la matière, Jean-Luc Moudenc "insiste particulièrement" sur le projet de loi Polices municipales, "demandant expressément" à ce qu'il soit remis à l'ordre du jour de l'Assemblée "pour permettre de dégager du temps disponible au profit des forces de sécurité publique et de police judiciaire, qui doivent prioritairement s'investir dans leurs missions régaliennes". "Une erreur considérable" de ne pas l'avoir encore fait, déclarait hier Édouard Philippe lors d'un déplacement à Charleville-Mézières (Ardennes), alors que le projet reste dans les limbes.

"Nous ne pourrons faire l'économie d'un réel débat sur la doctrine de maintien de l'ordre et de gestion des violences urbaines", ajoute encore Jean-Luc Moudenc, en relevant là aussi qu'elle a été "jusqu'ici construite sans association des élus locaux". Une demande de révision que viennent également de formuler l'AMF et le Sénat.

Indemnisation

L'élu toulousain met également la pression sur Matignon au sujet de la réparation des dégâts. "Dès à présent, nous vous demandons d'accélérer la mise en œuvre du fonds de mutualisation des risques résultant d'émeutes adopté par la loi de finances pour 2026 et qui ne trouve encore aucune application concrète, fragilisant dès lors l'assurabilité des biens dégradés". Jean-Luc Moudenc demande en outre que "des éléments clairs sur les montants et les modalités de mise en œuvre" des fonds annoncés – le fonds de soutien aux commerçants et le fonds exceptionnel pour la reconstruction des équipements publics – soient apportés, ainsi que "la facilitation de la mise en œuvre des mesures de soutien décidées localement".  

Prévention et médiation

Soulignant la nécessité par ailleurs de "retrouver les voies du dialogue avec la jeunesse et les acteurs sociaux du pays", Jean-Luc Moudenc invite Sébastien Lecornu "à la cohérence" en matière de médiation et de prévention. "L'arrêt, sans évaluation exhaustive, du soutien de l'État apporté aux dispositifs créés après les émeutes de 2023 (bataillons de la prévention, forces d'action républicaine) a constitué une erreur", estime-t-il. Il déplore de même "la stagnation du fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, pourtant nécessaire au renforcement de nos outils préventifs et au renforcement des obligations républicaines".

Conditions de vie, système éducatif, politique de la ville…

Matignon est également convié à prendre en compte les sujets qui ont été "au cœur des revendications des manifestants". Les conditions de vie, alors que "les demandes d'aide d'urgence ou de soutien au secteur de l'aide alimentaire s'accroissent" et que "les tensions extrêmes que nos métropoles connaissent en matière de logement […] alimentent pour une grande partie de la population un sentiment de déclassement et d'insécurité sociale". Le système éducatif, dont "la fragilité touche toute la population", même si "les quartiers prioritaires sont frappés par des inégalités persistantes", notamment face à l'emploi. 

Relevant d'ailleurs que la France fait partie des "plus mauvais élèves en matière d'emploi des jeunes", France urbaine invite le Premier ministre à ne pas réduire les moyens des missions locales et les crédits de la politique de la ville, "à la mise en place d'un observatoire des moyens de droit commun mobilisés" dans les quartiers prioritaires de cette dernière. "L'adoption par le Parlement d'un véhicule législatif permettant d'engager la prochaine phase d'intervention de l'Anru nous paraît indispensable", ajoute-t-il.

Responsabilités et cassette

Par ailleurs, il souligne que l'heure est aussi "à la responsabilité", en visant notamment "le défaut d'anticipation des services de renseignement et le sous-dimensionnement manifeste du dispositif de maintien de l'ordre". "Nous souhaitons être pleinement associés au diagnostic en cours", prévient-il, évoquant la commission d'enquête annoncée par la présidente de l'Assemblée et la mission d'information sénatoriale, "auxquelles nous prendrons part". 

Last, but not least, les "innombrables pillages et actes de vandalisme commis par des groupes extrémistes, de casseurs et de délinquants" sont aussi l'occasion pour le président de France urbaine de revenir sur l'aspect financier. Il alerte ainsi "solennellement" le Premier ministre "sur la réduction des capacités d'action des collectivités, intercommunalités urbaines au premier chef, en raison des mesures de prélèvement opérées en application de la loi de finances pour 2026", et plus encore "si les mesures prévues dans le projet de loi de finances pour 2027 [devaient] s'applique[r] intégralement".

 

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