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Tourisme - L'Insee jette un froid sur la saison d'hiver

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par
Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis
dans

Tourisme, culture, loisirs

Développement économique

Cohésion des territoires

France

L'Insee publie les résultats des hébergements collectifs touristiques pour la saison d'hiver 2018-2019. Contrairement aux annonces des professionnels, ils marquent un net recul de la fréquentation des stations de ski, mais aussi de Paris et de l'Île-de-France. 

Dans le dernier numéro de sa lettre "Insee Focus", l'institut publie le bilan de la saison d'hiver des hébergements collectifs touristiques en France métropolitaine. La livraison sur la saison 2018-2019 ne manque pas de jeter un certain froid. Alors que les prévisions (voir nos articles ci-dessous) et les premières réalisations semblaient inciter fortement les professionnels à l'optimisme – l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) jugeant ainsi la saison d'hiver "satisfaisante" (voir notre article ci-dessous du 25 avril 2019) –, les chiffres publiés par l'Insee donnent une tout autre vision.

Des nuitées en baisse de 2,1% sur la métropole et de 5,4% dans les stations de ski

Globalement, et sur l'ensemble de la France métropolitaine, la fréquentation des hébergement collectifs touristiques recule de 2,1% par rapport à la saison d'hiver 2017-2018. Cette baisse surprend dans la mesure où elle succède à deux années de hausse (notamment +7,6% sur la saison 2017-2018).

D'autres chiffres n'étonnent pas vraiment. C'est le cas pour le recul de 3,4% des nuitées en Île-de-France (-2,4% pour les résidents et -4,5% pour les non-résidents), conséquence directe des manifestations à répétition des gilets jaunes et des images désastreuses des casseurs.

En revanche, le résultat est beaucoup plus inattendu pour les stations de ski. Les chiffres de l'Insee montrent ainsi un recul des nuitées de 5,4% sur la saison 2018-2019, contre +8,1% durant la saison précédente. Ce résultat en forte baisse se répartit en -5,9% pour les résidents et -4,1% pour les non-résidents. Pour l'Insee, "le déficit de neige du début de saison a sans doute pénalisé les professionnels du tourisme au cours du mois de décembre. Cependant, la fréquentation baisse également en janvier, en février et en mars, en dépit d’un enneigement correct".

Recul dans les Alpes, effondrement dans les Pyrénées

Cette baisse d'ensemble recouvre toutefois des situations contrastées. C'est le cas en termes géographique. Malgré des résultats nettement inférieurs à ceux de l'année précédente, les Vosges (+3,7% contre +10% un an plus tôt) et le Jura (+2,9% contre +9,2%) continuent de tirer leur épingle du jeu. Mais c'est la douche froide pour les Alpes (87% des nuitées dans les massifs montagneux), qui affichent une fréquentation en baisse de 5% contre une hausse de 7,6% pour la saison d'hiver 2017-2019. La situation est pire encore pour le Massif central (-9,8% contre +5,2%) et pour les Pyrénées (-12,1% contre +14,2% durant la saison 2017-2018, qui avait bénéficié d'un enneigement exceptionnel).

En termes de typologie d'hébergements, les hôtels s'en sortent bien (-0,2%) grâce aux touristes non-résidents (+4,5%), alors que les autres hébergements collectifs touristiques (AHCT) reculent fortement, chez les résidents (-6,8%) comme chez les non-résidents (-7,8%).

Les professionnels pas d'accord avec l'Insee

La publication de ces chiffres a fait réagir les professionnels de la montagne qui, pour expliquer l'écart avec leurs données, invoquent des biais méthodologiques de l'Insee, qu'ils n'avaient toutefois pas relevé les années précédentes. Ils pointent ainsi le fait que l'étude ne prendrait en compte que les hébergements collectifs et pas les "lits diffus" (ce qui ne change au demeurant rien sur la comparaison des hébergements collectifs d'une année sur l'autre) et que les données prises en compte par l'Insee s'arrêtent au mois de mars. Or, selon Laurent Reynaud, le directeur de Domaines skiables de France, interrogé par Les Échos, "cela a certainement un gros impact, car mars était anormalement creux, tandis qu'avril a été très bon".

Ce raisonnement pour les stations de ski est toutefois quelque peu affaibli par le fait que la baisse des nuitées constatée par l'Insee est quasi générale. En même temps que les -3,5% de l'Île-de-France, déjà cités, la province dans son ensemble recule en effet de 1,5%. Ce terme de province recouvre les massifs de ski, les "autres espaces" (-1,8%), l'"urbain de province" (-0,2%), mais aussi le littoral, seul territoire à afficher une progression de ses nuitées durant la saison d'hiver 2018-2019 (+2,7%).

En termes de découpage administratif, toutes les régions affichent des nuitées stables ou à la baisse (la palme revenant à Auvergne-Rhône-Alpes avec -3,8% sous l'effet des stations de ski), à la seule exception de la Normandie (+5,4%) et de la Corse (+16%).

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