Loi d'urgence agricole : un texte "dangereux" pour la société, dénonce un collectif
Eau, pesticides, élevage intensif : le collectif Nourrir, qui regroupe une cinquantaine d'organisations paysannes et citoyennes, a de nouveau dénoncé ce 15 juillet le projet de loi d'urgence agricole, un texte jugé "dangereux" et inadapté aux enjeux agricoles et sociétaux. "Non seulement (le texte) ne répond pas aux crises actuelles mais, en plus, il prépare les prochaines", a déclaré à la presse Mathieu Courgeau, éleveur et coprésident du collectif Nourrir, qui compte notamment dans ses rangs la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, ainsi que les associations Greenpeace, Welfarm, Terre de Liens ou Générations Futures.
Profondément remanié par le Sénat, le projet de loi d'urgence agricole, qui doit être examiné ce 16 juillet en commission mixte paritaire (CMP) au Parlement, prévoit notamment de modifier la tutelle des agences de l'eau, de doubler d'ici à 2035 la capacité de stockage destinée à l'agriculture et de nombreux assouplissements aux contraintes environnementales. "Nous demandons qu'il n'y ait pas d'accord en CMP sur ce projet de loi et que le gouvernement utilise l'article 84 (du règlement de l'Assemblée nationale) pour retirer son texte", a ajouté Mathieu Courgeau.
Particulièrement critique du volet "eau", le collectif s'est joint aux voix d'élus locaux et de cinq anciens ministres de l'Agriculture inquiets de voir débuter une "nouvelle guerre de l'eau" ou de renoncer à jeter les bases d'une nécessaire transition agroécologique.
Ce projet de loi prévoit "d'affaiblir la démocratie de l'eau pour (qu'elle) aille en priorité à quelques irrigants, c'est extrêmement dangereux", alerte Mathieu Courgeau, tout en précisant ne pas avoir "d'opposition de principe sur l'irrigation", qui concerne 7% des terres cultivées en France. La gestion de l'eau "doit être guidée par sa disponibilité réelle et par l'intérêt général", a plaidé Greenpeace.
Le collectif est aussi fermement opposé à la réautorisation de pesticides interdits, que le Sénat tente de réintroduire dans la loi après l'échec d'une première tentative l'an dernier. Un "mépris" et un "déni" des attentes sociétales, selon Greenpeace, qui a rappelé que la réautorisation du pesticide acétamipride avait été censurée par le Conseil constitutionnel et avait réuni contre elle plus de 2 millions de pétitionnaires.
L'association Welfarm a aussi dénoncé "une carte blanche au gouvernement" pour intensifier et déréguler l'élevage, alors que la canicule a vu périr des milliers de volailles dans les élevages bretons.
Une mobilisation est prévue à Paris lundi 20 juillet devant l'Assemblée nationale.