Lycées publics : un quart du bâti en mauvais état, 11 à 13 milliards d'euros de travaux à programmer, selon une étude

Selon une étude d'Oxand publiée en octobre 2026, 26% des éléments de bâtiment des lycées publics inspectés sont en mauvais ou très mauvais état, pour moitié à cause des toitures, des fenêtres et des façades. Le besoin de travaux est estimé de 11 à 13 milliards d'euros à l'échelle nationale, soit 4 à 5 années du budget que les régions consacrent aux lycées. Ces données - qui ne nomment aucune collectivité - arrivent alors que le gouvernement tente d'apaiser la controverse sur sa liste des 200 lycées à rénover en priorité.

Alors que la liste des 200 lycées à rénover "en priorité" est contestée par les régions, une étude apporte un autre éclairage chiffré sur "l'état réel" du parc. Publiée en octobre 2026 par Oxand, société spécialisée dans la planification des investissements patrimoniaux, elle conclut que le besoin est "circonscrit" : un parc majoritairement en bon état, mais dont la remise à niveau représente 11 à 13 milliards d'euros de travaux. 

580 lycées publics ont été audités, soit 24% des 2.408 établissements du pays, sachant que l'échantillon correspond à sept régions clientes d'Oxand. 

5.700 bâtiments inspectés dans 7 régions

Cette précision étant faite, l'étude d'Oxand tente de répondre à une question d'actualité brûlante : dans quel état se trouvent les bâtiments des lycées publics ? Les inspecteurs ont examiné près de 90.000 éléments (toitures, fenêtres, chaudières, tableaux électriques…), notés de 1 (très bon état) à 4 (très mauvais état). Chaque élément est pondéré par son coût de remplacement : une toiture pèse davantage qu'une porte. Les pourcentages de l'étude portent donc sur des parts d'éléments, jamais sur des nombres de lycées. Dire que 26% des éléments sont en mauvais état ne signifie pas que 26% des lycées le sont.

Toitures, fenêtres et façades les plus dégradées

Sur cette base, 73,8% des éléments sont en bon ou très bon état et 26,2% en mauvais ou très mauvais état, respectivement 16,5% et 9,7%. Ainsi, les toitures (33,1% en mauvais état) et les fenêtres et portes extérieures (30,3%) sont les plus touchées. À l'inverse, l'électricité et la sécurité (80,6% en bon ou très bon état) et le chauffage-ventilation (79,5%) sont les moins dégradés.

Toitures, fenêtres et façades, que les professionnels regroupent sous le terme "d'enveloppe", représentent 50% du coût de remplacement des éléments en mauvais état. Une fois les travaux hiérarchisés selon l'état de l'élément et les conséquences de sa défaillance, cette part monte à environ 65%. 

Les sols, murs et plafonds - les parties les plus visibles des élèves et des enseignants - pèsent 26% du coût du mauvais état mais seulement environ 12% des travaux priorisés. Selon Oxand, cela peut expliquer qu'un parc majoritairement en bon état donne l'impression inverse.

L'énergie fait l'objet d'une mesure distincte : 56% des équipements qui y sont liés sont jugés peu ou pas performants. Il s'agit d'une note attribuée aux éléments, non d'une consommation. A noter au passage qu'un bon état ne dit rien de la sobriété.

De 4,4 à 5,3 ans de budget travaux

Et le verdict tombe : remettre en état tous les éléments à priorité élevée coûterait de 11 à 13 milliards d'euros, taxes et frais compris, pour l'ensemble des lycées publics de France. Environ 2,3 milliards d'euros sont mesurés directement dans les lycées inspectés ; le reste est extrapolé, à partir d'un coût d'environ 240 euros/m² appliqué aux 45 millions de m² de lycées publics estimés par Régions de France. Cela représentte entre 4,4 et 5,3 années du budget annuel que les régions consacrent aux lycées (environ 2,5 milliards d'euros en 2025), soit 4,5 à 5,5 millions d'euros par lycée en moyenne.

Oxand en tire un plan pluriannuel plutôt qu'un plan d'urgence : "ce volume ne se rattrape pas en un exercice", estime la société. L'étude précise bien que "ce n'est ni un budget annuel ni un calendrier", et que ce budget des régions finance aussi d'autres travaux...

La liste gouvernementale sur la sellette

Vendredi 6 novembre, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, s'est rendu au lycée Jules-Ferry de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), avec la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, pour défendre la méthode qui a présidé à l'établissement d'une liste controversée de 200 lycées prioritaires à rénover. Il a jugé important de "lever toute forme d'incompréhension".

Le ministre a reconnu que les 200 établissements retenus "ne sont pas forcément les lycées les plus vétustes" : ce sont ceux qui ont suscité le plus de contributions lors de la consultation lycéenne d'octobre. Il a admis que ces retours pouvaient être "très subjectifs" et les élèves parfois insuffisamment informés de ce que font les régions. 

Il a annoncé travailler à permettre aux régions de communiquer directement avec les familles sur les calendriers des travaux, un "changement majeur" que Valérie Pécresse a dit appeler de ses vœux. Le lycée visité fait lui-même l'objet d'un plan d'embellissement de 2,5 millions d'euros.

La veille, plusieurs responsables régionaux avaient contesté la méthode, certains évoquant des chiffres "faux", d'autres l'absence de concertation avec les collectivités gestionnaires. Ulcérée, Régions de France a adressé un courrier au ministre pour contester cette liste et la "méthode inacceptable" du gouvernement (voir notre article du 5 novembre).

 

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