Paul Christophe, nouveau président de la CNSA, veut "poursuivre le dialogue avec les départements" pour davantage d'équité entre les territoires
Alors que le Conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) s'apprête à démarrer ses travaux en vue de la signature de la prochaine convention d'objectifs et de gestion (COG) avec l'État, son nouveau président Paul Christophe a insisté, ce 15 avril 2026 devant la presse, sur l'impératif d'équité territoriale, de transparence et de bonne utilisation des deniers publics en matière de soutien à l'autonomie. Une manière d'annoncer un dialogue exigeant avec les départements, mais aussi avec l'État puisque Paul Christophe estime que des moyens supplémentaires vont devoir être dégagés pour répondre pleinement aux besoins induits par le vieillissement de la population et éviter, grâce à la prévention et à des prises en charge adaptées, des dépenses de santé bien supérieures.
© Capture vidéo CNSA/ Paul Christophe
Succédant à Jean-René Lecerf, Paul Christophe a été élu le 8 avril 2026 à la présidence du Conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). L'ancien député, ministre des Solidarités à l'automne 2024 au sein de l'éphémère gouvernement Barnier (voir notre article), aura à ses côtés trois vice-présidents : Bruno Lachesnaie pour les associations du grand âge, Roselyne Touroude pour les associations du handicap et Philippe Pichery pour les départements.
"Peser dans le débat public" à l'occasion de l'élection présidentielle
Lors d'une conférence de presse ce 15 avril 2026, Paul Christophe a rappelé qu'il avait été le rapporteur du projet de loi relatif à la dette sociale et à l'autonomie, dont l'adoption par le Parlement en 2020 avait permis la création de la cinquième branche de la sécurité sociale. En 2020, le besoin d'"une trajectoire plutôt autour de 10 milliards d'euros" était déjà documenté ; six ans après, "on n'est pas tout à fait au milieu du gué parce que la branche a grossi jusqu'à peser plus de 42 milliards", concède celui qui a également été élu en mars 2026 maire du village de Zuydcoote dans le Nord. Mais selon lui, "nous n'avons pas encore abouti pleinement et entièrement sur les réponses à apporter au vieillissement de la population qui va s'accélérer dans les mois et les années à venir".
Le mandat de Paul Christophe est donc clair : négocier dès à présent avec l'État une convention d'objectifs et de gestion (COG) 2027-2031 qui soit à la hauteur de ces besoins. Le Conseil de la CNSA s'y penchera dès le mois de mai 2026, espérant une signature avec l'État en janvier 2027. En l'absence de visibilité sur une éventuelle loi Grand âge, "plus que jamais nous allons devoir peser dans le débat public", affirme le président de la CNSA. Ce dernier veut croire que l'élection présidentielle constituera une "caisse de résonnance" pour ces enjeux de vieillissement et de perte d'autonomie, à l'heure où de plus en plus de Français sont concernés directement ou en tant qu'aidants familiaux.
La "fragilisation des finances des départements" ne doit pas être "au détriment des plans d'aide"
L'enjeu de "garantir l'équité sur le territoire" sera au cœur de cette négociation avec l'État et de la feuille de route de la CNSA pour les années à venir, assure Paul Christophe. "Force est de constater que [cette équité] n'est pas au rendez-vous", souligne-t-il, pointant des disparités fortes tant sur les restes à charge des usagers (concernant l'aide à domicile notamment) que sur les niveaux des plans d'aide (voir notre article). Il cite notamment le rapport récemment rendu public de la Chambre régionale des comptes Hauts-de-France sur l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) dans le Pas-de-Calais concluant que ce "département ne tient pas suffisamment son rôle de régulateur et de pilote de l’APA à domicile" et que la politique d'accompagnement des personnes âgées dépendantes ne répond que "faiblement" aux besoins des usagers.
"Malheureusement c'est un révélateur", pour Paul Christophe qui juge nécessaire pour la CNSA de "poursuivre le dialogue avec les départements" en s'appuyant sur une "vision plus exhaustive de l'effectivité des dépenses" et en "[réaffirmant] nos attentes". Avec un "message" du nouveau président : "la fragilisation des finances des départements, qui est inéluctable aujourd'hui, ne doit pas générer des arbitrages au détriment des plans d'aide".
Si cette "diversité de pratiques" est bien constatée, "les outils de régulation de la CNSA ne nous permettent pas aujourd'hui de rentrer dans le déploiement et l'évaluation des plans d'aide APA", indique Maëlig Le Bayon, directeur général de la CNSA – une telle démarche étant plus avancée, selon ce dernier, côté handicap et maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Une "meilleure transparence" sur les pratiques, notamment des équipes d'évaluation, est attendue dans le cadre du déploiement du système d'informations (SI) national APA, avec une couverture qui serait "intégrale" au plus tard en 2030 (après un déploiement dans quelques départements en 2027), soit "un peu tardivement", signale-t-il encore. L'accélération possible de cette démarche sera l'un des sujets discutés dans le cadre de la future COG.
Une clarification des financements, plus qu'une nouvelle étape de décentralisation ?
Autre sujet de négociation : celui de moyens supplémentaires qui permettraient à la CNSA de disposer – à l'instar des autres caisses de sécurité sociale – de "relais territoriaux de la branche". Interrogé sur un éventuel renforcement des compétences des départements dans le cadre du projet de loi décentralisation, Paul Christophe ne semble pas anticiper de grand chamboulement : "les départements sont dans leur rôle quand ils essayent de pousser les curseurs pour avoir un peu plus d'autonomie mais cela ne peut pas remettre en question l'existence de la branche, donc leur exercice trouvera ses limites".
Le président de la CNSA appelle toutefois bien de ses vœux à une "clarification" et une "simplification" du modèle de financement de l'aide à domicile, en se référant à l'expérimentation de la fusion des sections soins et dépendance des Ehpad. Cette expérimentation, qui s'achèvera fin 2026 et dont il faudra tirer les conclusions, s'avère selon lui "très profitable" pour toutes les parties prenantes.
Une échéance en 2026 : la Conférence nationale du handicap
Parmi les autres sujets qualifiés de prioritaires pour la mandature 2026-2030 du Conseil de la CNSA, Paul Christophe a cité la prévention en santé, la construction d'une offre d'habitats intermédiaires et l'accompagnement précoce des familles ayant un enfant touché par le handicap.
Sur cet enjeu, Paul Christophe a évoqué la nécessité de soutenir davantage les parents concernés pour éviter un éventuel placement à l'aide sociale à l'enfance (ASE), de mobiliser si besoin des tiers dignes de confiance et de continuer à faire émerger de nouvelles modalités d'accueil adaptées – dans le cadre du plan "50.000 nouvelles solutions" – pour les situations où le placement n'est pas évitable. Temps fort de cette année 2026, la Conférence nationale du handicap (CNH) permettra de mesurer les avancées en la matière, puisque ce sujet était déjà à l'ordre du jour de la CNH 2023.
Le Conseil de la CNSA a adopté un budget rectificatif pour décliner la LFSSLe 8 avril 2026, jour de l'élection de Paul Christophe à sa présidence, le Conseil de la CNSA a également adopté un budget rectificatif "qui présente les éléments de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026 habituellement intégrés au budget initial", selon le communiqué de la CNSA (voir notre article de décembre 2025 sur le budget initial de la CNSA et notre article de janvier 2026 sur la LFSS). Le budget dans son ensemble acte ainsi :
Ce budget comprend notamment des moyens dédiés au financement de l'expérimentation "fusion des sections soins et dépendance" des Ehpad dans 23 départements, des crédits dédiés au renforcement des effectifs dans les Ehpad et 250 millions d'euros pour la poursuite du plan "50.000 solutions", une enveloppe de 5,5 millions d'euros pour le déploiement du service public départemental de l'autonomie (SPDA), le fonds mobilité des professionnels de l'aide à domicile de 75 millions d'euros, "516 millions d'euros de dotation complémentaire pour les services d'aide à domicile" ou encore une hausse des dotations aux MDPH "pour leur permettre de recevoir les personnes en situation de handicap qui effectuent leur première demande". |