Pour le Sénat, la maîtrise de l'empreinte environnementale de l'IA passe par l'accueil de datacenters

Dans un rapport adopté à l'unanimité le 16 septembre 2026, la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat constate que les centres de données font déraper l'empreinte environnementale du numérique. Guillaume Chevrollier (LR), Damien Michallet (LR) et Simon Uzenat (PS) soutiennent néanmoins la politique d'accueil de datacenters initiée par la France, à condition d'en améliorer l'acceptabilité environnementale. Bruxelles a de son côté sorti une étiquette environnementale des centres de données.

Avec l'IA, le centre de gravité de l'empreinte environnementale du numérique s'est déplacé. En 2020, les terminaux concentraient 81% des émissions nationales du numérique. Ce sont désormais les centres de données, indissociables de l'IA, qui prennent le dessus. Une tendance que les sénateurs - qui ont adopté à l'unanimité un rapport le 16 septembre 2026 - n'avaient pas anticipée lors des débats autour de la loi sur la réduction de l'empreinte environnementale du numérique (Reen), votée en 2021, avant l'arrivée de l'IA générative.

L'IA fait déraper l'empreinte carbone du numérique

Les datacenters qui font tourner l'IA atteignent désormais des puissances unitaires de 100 MW, voire 1 GW, contre environ 10 MW pour un centre de données classique. À l'échelle mondiale, la consommation électrique des datacenters atteignait 600 TWh en 2024. Et selon le Shift Project, elle pourrait monter de 1.250 à 1 500 TWh en 2030, dont environ 500 TWh rien que pour l'IA. En France, RTE estime que la consommation des centres, de l'ordre de 4 TWh aujourd'hui, pourrait atteindre 19 à 28 TWh en 2035.

Au-delà de ces éléments globaux, la commission déplore un manque de données, par acteur ou par usage, notamment en matière d'IA. Seuls Mistral AI et Google ont publié une analyse de l'impact de leurs modèles et d'une requête utilisateur. Leurs méthodes et périmètres diffèrent cependant tellement que les résultats sont impossibles à comparer. "On ne peut pas construire une politique publique sur des chiffres que chaque acteur produit selon ses propres méthodes", a pointé la fédération InfraNum interrogée par les sénateurs.

Le rapport propose de confier à l'Arcep le soin de définir les données que les fournisseurs devraient rendre publiques, de créer un standard européen d'évaluation et d'instaurer un "écoscore" des principaux modèles de langage, qui pourrait s'inspirer de celui que vient de dévoiler la Commission européenne sur les datacenters (lire ci-dessous).

Relocaliser plutôt que freiner

Les sénateurs encouragent donc l'implantation de centres de données en France, rejetant toute idée de "moratoire"."À condition que ceux-ci soient exemplaires", défend Damien Michallet. La consommation électrique arrivant en tête des griefs contre les centres de données, la France a un argument de poids à faire valoir : un mix électrique décarboné à 95%. Et avec des centres de données implantés en France, il sera possible de rapatrier les usages veulent croire les sénateurs, 70% des données des Français étant aujourd'hui hébergées aux États-Unis.

Les sénateurs réclament même un "choc d'accélération" des raccordements, en priorité pour les datacenters IA. Les acteurs de la filière se heurtent à des files d'attente "jusqu'à 5 à 7 ans", selon l'exploitant Data4. Le rapport demande aussi que RTE passe d'une logique "premier arrivé, premier servi" à "premier prêt, premier servi". La question de la préemption des sites par des acteurs extraeuropéens, évoquée par la mission Chatelain-Latombe (notre article du 16 juillet 2026), ne fait en revanche l'objet d'aucune recommandation.

Imposer des critères environnementaux

Pour rendre ces équipements acceptables, notamment par les territoires, les rapporteurs demandent d'abord au gouvernement de publier "au plus vite" le décret prévu par l'article 28 de la loi Reen de 2021. Ce texte conditionne le tarif réduit de taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité à des critères d'efficacité énergétique, de consommation d'eau et de valorisation de la chaleur fatale. 

Les élus font de la récupération de la chaleur un argument de poids tout en reconnaissant qu'elle n'est pas la panacée. Les installations doivent être proches des logements et la chaleur sortant des centres de données est à une température inférieure à celle utilisée par les réseaux de chaleur urbain actuels. En outre, si le datacenter ferme, la collectivité s'expose à une rupture de service, ce qui conduit le Sénat à préconiser la création d'un fonds de garantie chaleur fatale.

Enfin, pour consolider le leadership de la France sur l'IA frugale, ils veulent imposer aux acheteurs publics un critère environnemental lors de l'acquisition de services d'IA. Ils suggèrent aussi de les inciter à privilégier des "petits" modèles d'IA spécialisés. Et au-delà de cette exemplarité publique, ils incitent à développer la sensibilisation aux usages vertueux, l'empreinte environnementale de l'IA variant sensiblement d'un modèle d'IA à l'autre.

La concertation à la trappe

Côté foncier, les rapporteurs misent sur les friches industrielles, les bâtiments mixtes et appuient toutes les formes de mutualisation. Les rapporteurs saluent aussi la possibilité, ouverte par la loi de simplification de 2026, de qualifier un centre de données de "projet d'intérêt national majeur" pour accélérer les procédures d'urbanisme, tout en demandant un audit pour identifier d'autres freins administratifs  potentiels. 

Quant à la concertation avec les habitants, à l'heure où la contestation prend de l'essor (notre article du 14 septembre 2026), le rapport reste muet. Interrogé en conférence de presse, Damien Michallet estime que les industriels "font le job de la concertation et vont même au-delà de ce que la loi leur impose".
 

Bruxelles propose un étiquetage environnemental des centres de données

L'impossibilité de comparer l'impact environnemental des datacenters – souvent évoquée par les collectivités qui doivent arbitrer entre différents projets - n'a pas échappé à Bruxelles. Pour améliorer la transparence, la Commission européenne a présenté le 21 septembre 2026 un système de notation harmonisé. Il s'appuie sur deux indicateurs utilisés par la filière, affichés sur une étiquette de A à G inspirée de l'électroménager : 
- le PUE (Power Usage Effectiveness), qui mesure l'efficacité énergétique,
- le WUE (Water Usage Effectiveness), qui mesure celle de l'eau. Il s'appliquera à tous les sites de plus de 500 KW, toutes les installations pouvant y recourir. Au-delà de l'eau et de l'énergie, l'étiquette doit aussi rendre compte de la chaleur résiduelle valorisée et de la flexibilité qu'un centre offre au réseau électrique. 

L’étiquette, accessible via un QR code, inclura aussi la localisation, l’exploitant, la taille, les sources d’énergie et la réutilisation de la chaleur fatale. Au titre des bémols, on soulignera que l'étiquette sera calculée à partir des données déclarées par les exploitants, sans intervention d'une structure indépendante. Et les exploitants pourront utiliser une clause de confidentialité sur des données jugées concurrentielles. Enfin, les exploitants transmettent déjà des données à Bruxelles mais selon les derniers chiffres, un peu plus d'un tiers transmettaient leurs données en 2024.

Le règlement délégué instaurant le système de notation est soumis au Parlement et au Conseil européen, qui peuvent s'y opposer mais pas le modifier. Les premiers labels sont attendus en 2027. Une consultation sur de futures normes minimales, contraignantes pour leur part, est parallèlement ouverte jusqu'au 14 décembre 2026. 

 

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