Réouverture des piscines : un bain à remous pour les collectivités

La réouverture des piscines publiques doit obéir à des règles sanitaires fixées dans un cadre national. Dans les territoires, leur application est loin d'être uniforme. Et plusieurs obstacles contraignent certaines collectivités à garder leurs équipements fermés.

Depuis le 9 juin, les piscines publiques peuvent de nouveau accueillir l'ensemble des usagers. Pour cela, il leur faut respecter un protocole sanitaire : désinfection des mains, port du maque jusqu'à la douche, douche obligatoire, etc. Il est également "préconisé" d'abaisser de 20% la fréquentation maximum instantanée (FMI), soit le nombre de baigneurs admis simultanément dans la piscine.
Dès le printemps 2020, Stéphane Chatenet, directeur de la piscine de La Conterie à Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) et président de l'Andiiss Bretagne (Association nationale des directeurs et intervenants d'installations et des services des sports), a été l'une des chevilles ouvrières de la rédaction du protocole sanitaire applicable aux piscines. "Avec l'Andes et d'autres associations représentatives du secteur, on a fait en sorte que les gestionnaires soient assez libres, tout en sécurisant personnels et publics", explique-t-il.
De la liberté, les gestionnaires de piscines en ont bénéficié. À commencer par celle d'ouvrir ou non leur établissement. Car des contraintes de trois ordres pouvaient les mener à garder leurs bassins fermés. La plus évidente est d'ordre sanitaire. "On est très contraint par les structures, chaque piscine est un cas particulier", reconnaît Stéphane Chatenet, qui évoque par exemple "une piscine qui a des douches dans un couloir d'accès au bassin pas assez large pour permettre deux sens de circulation". 

Fermer ou ne pas fermer

La contrainte économique a également pesé lourd dans le choix des élus. Structurellement déficitaire, avec une subvention qui couvre en moyenne la moitié des dépenses, une piscine doit arbitrer entre la réalisation de recettes et l'économie possible grâce à la fermeture. Car l'ouverture coûte énormément en fonctionnement. Paradoxalement, le fait de fermer, et donc de se priver de recettes, permet de limiter les dégâts économiques. Certes, le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2021 devrait aboutir à une aide de 200 millions d'euros pour compenser les pertes des régies locales, mais pour Stéphane Chatenet, dont l'établissement a perdu 750.000 euros de recettes du fait des confinements, "cela aidera un peu mais ne résoudra pas la crise".
La dernière contrainte forte est celle du personnel. "Des collègues, éducateurs sportifs ou administratifs, ont été redéployés dans des centres de vaccination, pointe Stéphane Chatenet. Et quand il manque du personnel, on ne rouvre pas, car actuellement, la priorité c'est la vaccination."

À chaque ville son protocole

Pour les piscines qui ont pu surmonter ces obstacles, il y a donc eu réouverture. Et là, les conditions diffèrent largement d'une ville à l'autre. Commençons par le commencement : faut-il ou non réserver sa séance ? À Bordeaux, ce n'est pas utile. À Lille, c'est obligatoire jusqu'au 29 juin. À Rennes, la réservation a été obligatoire mais ne l'est plus. 
Une fois à la piscine, il arrive de tomber sur des bassins fermés, souvent ceux situés à l'intérieur. Comme à Chambéry. Une fermeture qui empêche parfois les plus jeunes d'évoluer dans le seul bassin qui leur soit adapté. Autre restriction : la fermeture des casiers individuels à Bordeaux, où il est demandé aux usagers de prendre leurs effets personnels avec eux sur le bord des bassins. 
Les problèmes de configuration des lieux ou de manque de personnel expliquent parfois ces choix. Mais il arrive que ceux-ci soient guidés par une certaine lassitude ou un manque d'information : quelques collectivités continuent en effet d'appliquer un protocole datant de plusieurs mois alors que l'on en est actuellement… à la neuvième version ! "Au départ, on a fait compliqué car on avait tous peur. Et puis il a fallu s'adapter à chaque nouvelle décision d'instances comme la Haute Autorité de santé ou le Conseil de défense sanitaire, décrypte Stéphane Chatenet. Je peux comprendre que certains collègues n'aient pas voulu changer leur système de fonctionnement au fur et à mesure, les protocoles actuels sont durs à interpréter. Souvent les collectivités sont restées au premier protocole, un protocole très serré avec une douche sur deux ouverte seulement, une ligne d'eau à l'aller et une autre au retour. Il y a eu des choses très cocasses ou très sécuritaires au départ. Petit à petit on a relâché, mais certains n'ont pas suivi cette tendance pour protéger leur personnel."

Faculté d'adaptation

Ces différences d'une collectivité à l'autre ne sont pas à négliger. Après de longs mois sans piscine pour certains publics, l'enjeu est de permettre leur retour dans l'eau et trop de divergences d'une piscine à l'autre peuvent surprendre certaines personnes et les bloquer. Par ailleurs, l'arrivée d'un public nouveau, venu d'une commune où les piscines sont encore fermées, peut également poser problème faute de repères sur les pratiques propres à chaque établissement. À Chartres-de-Bretagne, on a ainsi vu débarquer des usagers venus de Rennes ces dernières semaines. Une situation qui a mené les membres de l'Andiiss en Bretagne à échanger "pour garder une certaine cohérence", glisse Stéphane Chatenet.
De cette crise et des difficultés rencontrées, le technicien breton retire toutefois une certaine satisfaction : "Nous avons mené depuis plus d'un an un travail très collectif. De cet épisode sanitaire va ressortir des relations privilégiées avec tous nos partenaires et une meilleure visibilité de l'ensemble des fonctions des personnels des piscines qui ont fait montre d'une belle faculté d'adaptation. Ce fut une fantastique aventure humaine et les élus nous ont fait confiance."
 

 

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