Santé : "Investir dans la prévention primordiale autant que dans le soin", prône le député Cyrille Isaac-Sibille
L'enjeu est d'éviter que la santé des Français et les comptes sociaux ne continuent à se détériorer, selon le député Modem qui vient de rendre public son rapport récemment remis au gouvernement. Une véritable politique de prévention santé passe selon lui par un pilotage national clair, des moyens et un déploiement coordonné au niveau territorial autour d'un contrat local de santé renforcé et généralisé. Le député appelle en outre à créer un "service public de santé enfance et jeunesse" pour bâtir une politique efficace auprès des 0-25 ans, qui auraient été jusque-là les oubliés de la prévention.
© @Stéphanie RIST/ Cyrille Isaac-Sibille et Stéphanie Rist le 9 septembre 2026
"Même si les soins s'améliorent, la santé de la population se dégrade." Pour le député Modem Cyrille Isaac-Sibille, une "prise de conscience", similaire à celle qui a permis d'améliorer la sécurité routière et de réduire ainsi fortement le nombre de morts sur la route, est nécessaire en matière de santé.
Intitulé "Construire un système de santé primordiale", son rapport de plus de 300 pages a été remis le 13 juillet dernier au Premier ministre puis le 9 septembre à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Ce 16 septembre 2026, à l'approche du démarrage des débats autour du prochain budget de la sécurité sociale, le député du Rhône a présenté son état des lieux et ses propositions à la presse.
Acteurs de la prévention : une "armée" qui n'a actuellement ni chef, ni directive
Rappelant que 80% de notre santé "dépendent de nos comportements et de nos environnements" et les 20% restants du système de soins, il appelle à "investir dans la prévention primordiale autant que dans le soin". Il insiste : "l'inaction est une politique par défaut" qui aura un coût, celui de la dégradation de la santé de la population et des comptes sociaux.
S'il reconnaît que nous avons "marqué des points" depuis dix ans, par exemple sur la vaccination ou le tabac, Cyrille Isaac-Sibille estime qu'il manque actuellement "une politique industrielle" de la prévention, "le côté systémique". Les initiatives sont légion, mais elles sont peu pilotées, évaluées et coordonnées entre elles. Quant aux acteurs, "il y a une armée qui est prête à se lever mais le problème c'est que cette armée n'a pas de chef ni de directive", illustre le député.
Un contrat local de santé "aussi important que le plan local d'urbanisme"
La mission parlementaire préconise donc d'établir un pilotage national clair et suggère d'inscrire "six priorités" dans la stratégie nationale de santé : la littératie en santé (le fait de comprendre et d'utiliser l'information sur la santé, voir notre article sur la notion de "littératie physique"), la santé mentale, la vaccination, le bien-vieillir, la santé environnementale et "l'action pour de bons comportements de santé". Elle demande en outre de la visibilité sur les crédits dédiés à la prévention dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).
La politique de prévention primordiale doit être "déployée au niveau des territoires où l'on a toutes les ressources", selon le député. La proposition est de réellement renforcer le contrat local de santé (CLS) pour que ce dernier devienne un document de planification "opposable", "généralisé à l'ensemble des territoires", connu des Français et "aussi important qu'un plan local d'urbanisme". Ces CLS seraient financés par le fonds d'intervention régionale (FIR) ; les appels à projets, qui seraient à la main des CLS, seraient "réservés à l’innovation, à l’amorçage et à l’expérimentation, et ne constitueraient plus le modèle ordinaire de financement de la prévention primaire", peut-on lire dans le rapport.
Les collectivités seraient chargées d'agir sur les déterminants de santé dans leurs champs de compétences respectifs mais également dans ce "cadre commun" du CLS, un cadre qui permettrait de définir des objectifs partagés et de "coordonner l'action des différents acteurs".
Construire un "service public de santé enfance et jeunesse
"On a oublié les jeunes au niveau de la santé et on voit que c'est chez les jeunes que les choses se dégradent", affirme par ailleurs Cyrille Isaac-Sibille, évoquant notamment la santé mentale, l'alimentation et les addictions. Il faut selon lui investir de façon importante en faveur de la protection maternelle et infantile (PMI), de la médecine scolaire et de la médecine étudiante.
La proposition est de construire un "service public de santé enfance et jeunesse", qui serait chargé de mettre en œuvre "une véritable chaîne publique de prévention" de 0 à 25 ans et s'appuierait pour cela sur "la mise en réseau des acteurs existants" ("PMI, médecine scolaire, services de santé étudiante, professionnels de santé de ville, collectivités, établissements scolaires et universitaires, associations et acteurs de proximité").
Cet avènement de la prévention primordiale doit enfin être "accompagné par la science", soutiennent le député et son équipe, qui préconisent d'organiser en la matière "une chaîne publique de la preuve" et de "conditionner le passage à l’échelle et son financement à une décision explicite fondée sur la preuve, l’équité, la transférabilité et la soutenabilité". Actuellement, pour le professeur Franck Chauvin qui a animé le comité d'experts de la mission, "les idées fusent mais très peu de ces bonnes idées ont une chance de produire quelque effet que ce soit".