Santé mentale : le gouvernement veut accélérer la prise en charge des jeunes en souffrance
À mi-parcours de la deuxième année de la grande cause nationale santé mentale, la ministre de la Santé et plusieurs de ses collègues ont dressé ce jour le bilan et les perspectives de la mobilisation. Dans la continuité du plan Neuder présenté il y a un an, l'accent est mis sur l'implication de toute la société pour faciliter le repérage de la souffrance psychique. "Repérer sans soigner, c’est l’échec assuré", ont récemment alerté dans une tribune plusieurs personnalités, dont Michel Barnier et l'ancien délégué ministériel à la santé mentale Frank Bellivier. Pour accélérer la prise en charge des jeunes, le gouvernement mise sur un dispositif "coupe-file", reposant sur l'implication des établissements scolaires et la structuration des filières psychiatriques du service d'accès aux soins.
© AR/ Stéphanie Rist sur France info
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, organisait ce 2 juin 2026 un événement interministériel sur le bilan 2025 et les perspectives 2026 de la grande cause nationale santé mentale. L'occasion pour la ministre d'annoncer, avec son collègue de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, l'approfondissement d'un dispositif d'orientation précoce qui existe déjà : le "coupe-file", destiné à permettre à un jeune dont les symptômes ont été repérés dans le cadre scolaire (par des médecins, infirmiers, psychologues scolaires, assistants de service social, mais aussi par des enseignants) d'obtenir très rapidement un rendez-vous avec un professionnel de santé en ville ("psychologue, psychiatre ou pédopsychiatre", "dans les 24-48 heures", selon la ministre de la Santé interrogée ce jour sur FranceInfo).
Améliorer la prise en charge précoce des jeunes via le service d'accès aux soins
"Il y a de plus en plus de situations dégradées avec des événements graves, mais de moins en moins de médecins scolaires", a réagi auprès de l'AFP Jocelyne Grousset, co-secrétaire du syndicat de médecins scolaires SNMSU-Unsa Éducation, mettant en garde contre le risque "d'engorger" les médecins par un mauvais adressage
Ce "coupe-file" passe par un appel au 15, ce qui suppose une meilleure organisation des professionnels de santé dans tous les territoires. Cela va donc de pair avec une autre mesure en cours de déploiement, la généralisation des filières psychiatriques du service d'accès aux soins (SAS). Selon un bilan diffusé par le ministère de la Santé, 56 filières psychiatriques du SAS couvrent actuellement 58 départements, dont 36 projets installés en 2025, et un appel à projets est en cours pour la mise en place de nouvelles filières en 2026.
Toujours pour les jeunes, le gouvernement veut continuer à s'appuyer sur les 125 Maisons des adolescents, avec "davantage d'antennes de proximité et des horaires élargis", selon le communiqué du ministère.
Sur le repérage précoce, "la France a atteint avec un an d'avance l'objectif de 300.000 citoyens formés aux premiers secours en santé mentale", se félicite le gouvernement, qui entend continuer à développer ces formations. Et pour une orientation plus efficace, une "cartographie nationale des ressources en santé mentale" sera constituée.
Davantage de postes d'internes en psychiatrie ouverts en 2026
La ministre de la Santé souhaite également accélérer le déploiement de parcours coordonnés renforcés (PCR) en santé mentale pour "mieux articuler les réponses sanitaires, médicosociales et sociales", sur le modèle des PCR enfance protégée (voir notre article).
En termes de pratiques médicales, le gouvernement s'engage à réduire au maximum le recours à l'isolement et à supprimer la pratique de la contention à horizon 2030.
Concernant les moyens humains d'un secteur toujours en souffrance, le gouvernement fait valoir la hausse du nombre d'infirmières en pratique avancée (IPA) en psychiatrie (qui sont 900) et l'augmentation des postes d’internes en psychiatrie ouverts – 600 postes ouverts à l'automne 2026 soit 20% de plus qu'en 2025, selon l'entourage de Stéphanie Rist. Le ministère reste toutefois flou sur la façon d'accroître l'attractivité de la spécialité.
Le gouvernement promet encore des moyens supplémentaires pour l'outre-mer ("de nouvelles équipes mobiles spécialisées") et la poursuite de différentes initiatives sectorielles portées par différents ministères. Le numérique notamment, sur "la protection des mineurs face aux réseaux sociaux" à l'échelle européenne et dans le cadre du G7. Ou encore le plan de prévention du mal-être agricole, avec la formation de "sentinelles agricoles" bénévoles – un dispositif porté par la Mutualité sociale agricole (MSA).
Après la "mobilisation inédite" de 2025, des actions "claires" et "financées" attendues en 2026
En termes de gouvernance, une délégation interministérielle à la santé mentale est créée et placée auprès de la Direction générale de la santé (DGS). Selon le cabinet de la ministre, il n'y aura pas de figure de délégué interministériel, à la suite de Frank Bellivier qui était le délégué "ministériel" à la santé mentale et à la psychiatrie jusqu'en janvier 2026.
Ce dernier était d'ailleurs signataire, aux côtés notamment de Michel Barnier - Premier ministre à l'origine de la grande cause nationale santé mentale - et d'anciens ministres de la Santé dont Yannick Neuder, d'une tribune publiée le 28 mai 2026 dans Le Monde. "Repérer sans soigner, c’est l’échec assuré. Il est indispensable que le repérage des situations à risque permette l’accès rapide des jeunes à un dispositif de soins accessible et lisible", alertaient ces personnalités. Ces dernières saluaient toutefois la "mobilisation inédite" suscitée par la grande cause "dans toutes les régions" en 2025, avec "plus de 3.000 événements issus des associations, des professionnels, des collectivités, du monde du travail". Et appelaient à faire de 2026 "l'année des actes", avec "des actions claires, financées et visibles sur les territoires".