Sébastien Martin annonce un nouvel axe de France 2030 régionalisé pour moderniser les PME et petites ETI
À l'occasion du salon Global Industrie qui ferme ses portes à Paris ce jeudi, le ministre délégué chargé de l'industrie a fait plusieurs annonces en lien avec les territoires. Il entend ainsi proposer aux régions un nouvel axe de "France 2030" régionalisé, doté de 200 à 300 millions d'euros, pour accompagner les PME et petites ETI dans la modernisation de leur appareil productif.
© @sbastien_martin/ Sébastien Martin, Françoise Gatel et Mathieu Lefèvre
"Il ne faut jamais gâcher une bonne crise." Lors du Global Industrie 2026, organisé du 30 mars au 2 avril 2026, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, et son entourage n'ont eu de cesse de marteler la citation de Winston Churchill. "La crise doit nous permettre de redonner de l'avant à l'industrie française en décroissance, le solde d'usines reste positif, mais très modérément. Il faut profiter de ces crises pour relancer la machine", a-t-il affirmé le 30 mars, en ouverture du plus grand salon de l’industrie tricolore, s’appuyant sur les résultats du dernier baromètre industriel de l'État publié dimanche, montrant un fort ralentissement des ouvertures d’usines (lire notre article du 30 mars 2026).
La guerre au Moyen-Orient n’augure pas un redémarrage de sitôt, même si, pour le moment, le gouvernement s'interdit de parler de "choc pétrolier". Après avoir lancé l’expression le 25 mars, le ministre s’évertue à tempérer ses propos. La France est "moins impactée que d'autres", a-t-il insisté.
Dans cette passe difficile, le gouvernement cherche surtout à maintenir la confiance. Et ce "shoot d'industrie de quatre jours", selon l'expression du ministre délégué en charge de l'industrie, Sébastien Martin, a été l’occasion de quelques annonces, en lien avec les territoires.
200 et 300 millions pour moderniser les PME
"Nous allons signer avec les régions un nouvel axe de France 230 régionalisé pour mieux accompagner les PME et les petites ETI qui sont souvent dépendantes de grands groupes et qui ont besoin d'améliorer les compétences, la compétitivité et la performance de l'outil industriel, et ça arrive en cours d'année", a-t-il déclaré, le 30 mars. "J'ai entendu partout sur le terrain qu'il fallait accompagner, avec les régions et les élus locaux, plus de modernisation de nos outils industriels, parfois pas la grande rupture technologique, mais simplement la modernisation pour rester compétitif pour pouvoir mieux répondre aux donneurs d'ordre", a-t-il justifié.
Ce nouvel axe permettra de soutenir à la fois des investissements d'équipements et logiciels individuels et des projets industriels plus ambitieux de transformation, robotisation et numérisation. "Les crédits disponibles - entre 200 et 300 millions d'euros non encore engagés -, pourraient être mobilisés pour ce nouvel axe, en partenariat avec les régions et Bpifrance, précise le cabinet du ministre, le financement se fera selon le principe de parité État-région, avec possibilité de ré-abondement pour renforcer l'enveloppe régionale si nécessaire." Le ministre veut aller vite, avec des appels à projets régionaux lancés d'ici la fin de l'année.
"Pas de prise de tête avec les formalités"
Alors que le gouvernement est toujours à la recherche d’une porte de sortie pour son projet de loi de simplification de la vie économique, Sébastien Martin a rappelé le travail déjà accompli ces dernières années pour accélérer la mise à disposition du foncier industriel. C’est le sens de la circulaire qu’il a signée le 9 février 2026, avec Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, et Mathieu Lefèvre, ministre de la Transition écologique, pour relancer et refondre le label "Sites clés en main", créé en 2019 pour faciliter l'implantation d’usines (lire notre article du 3 mars 2026). "Avec du foncier clé en main, et la nouvelle vague de labellisation qui va être lancée, les projets peuvent mettre moins d'un an à sortir", a-t-il affirmé le 31 mars, lors d’une conférence. "Les collectivités doivent pouvoir vendre ce que j'appelle du prêt-à-porter, a aussi insisté Françoise Gatel, à cette occasion. Quand l'industriel vient, il y a un terrain, il est clean, on a fait tous les diagnostics qu'il fallait et on évite à l'industriel de se prendre la tête avec des formalités et des contrôles un peu lourdes." "La méthode est simple et on la connaît. Et je pense que ça marche plutôt pas mal, on a un rapport de la Cour des comptes sur le sujet", a-t-elle souligné. Dans son rapport public annuel 2026 consacré à la cohésion territoriale, publié le 25 mars (lire notre article du 25 mars), la Cour des comptes appelle en effet à "faciliter l’implantation de projets industriels dans les territoires", aujourd’hui entravée par les lourdeurs administratives. Elle propose de réserver le label "Sites France 2030 clés en main" aux terrains présentant l'ensemble des prérequis nécessaires à une installation industrielle rapide à compter de 2026. Elle recommande aussi de renforcer la participation des acteurs décentralisés et déconcentrés aux instances de décision de France 2030, en sollicitant systématiquement leur avis préalable en amont des processus de sélection opérés dès 2026.
Des recours limités dans le temps
Lors de Global Industrie, Sébastien Martin a par ailleurs dévoilé un projet de décret, préparé par la direction générale des entreprises (DGE), pour raccourcir les procédures de recours contre les projets industriels. "Désormais un recours contre une implantation industrielle de plus de 3 millions d'euros ira directement en cour administrative d'appel, cela fera gagner au moins un an, un an et demi", a-t-il dit. Les recours contentieux en matière de permis de construire ou d'autorisation environnementale sont en augmentation constante. En moyenne, la durée d'un contentieux s'élève actuellement à quatre ans et peut s'étendre jusqu'à sept ans d'après le rapport parlementaire "visant à établir les freins à la réindustrialisation", déposé à l'Assemblée nationale le 10 juillet 2025. Le projet de décret, en cours d'examen au Conseil d'État, prévoit notamment la suppression du double degré de juridiction (suppression de l'étape du tribunal administratif) pour les contentieux portant sur certaines décisions relatives aux projets soumis à autorisation environnementale (AE), la réduction des délais de jugement à dix mois pour les projets d'intérêt national majeur (PINM) et les projets constituant une opération d'aménagement à destination de l'industrie ou d'entrepôt dont la superficie est supérieure ou égale à 40.000 m2 d'emprise au sol.
Le ministre entend enfin croiser le fer au niveau européen, à travers la "préférence européenne". Selon lui, le projet de loi européen (Industrial Accelerator Act), présenté par Stéphane Séjournée début mars (lire notre article) n’est pas du tout à la hauteur du "Buy European Act" que Paris appelle de ses voeux. "La France se bat pour une vision assez exigeante de la préférence européenne qui doit être basée d'abord sur un made in Europe construit au sein de l'Union européenne. Nous avons une profonde divergence aujourd'hui par rapport à ce qui est proposé", a-t-il fustigé, mardi soir, lors d’un débat organisé au Sénat à l’initiative du groupe communiste sur le thème "Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ?". "On nous explique que l'on va faire un made in Europe, y compris avec les pays avec lesquels nous avons des accords de libre-échange, ce qui fait un peu plus de 60 pays. Moi, je n'ai pas de mal à expliquer que le made in Europe, c'est les 27", a-t-il ironisé.
Alors que les mauvaises nouvelles s’accumulent, celui qui préside toujours aux destinées du Grand Chalon a invité les sénateurs à regarder du côté de ce qui marche, comme les quatre gigafactories des Hauts-de-France, "qui commencent à produire des batteries en France". Même s’il l’a reconnu : "On est sur la corde raide."
Treize nouveaux lauréats du dispositif "Première usine" de France 2030À l’occasion du salon Global Industrie, treize nouveaux lauréats du dispositif "Première usine", financé dans le cadre du plan France 2030, ont été dévoilés le 31 mars. Ils disposeront au total de 81 millions d'euros. Ces projets sont issus des secteurs d'intérêt prioritaire "à fort potentiel de croissance" (batterie, électronique, spatial, agriculture), parmi lesquels : le projet Juno (première usine d'engrais bas-carbone qui vise à produire 500 kilotonnes par an d'engrais à partir d'hydrogène électrolytique) dans les Hauts-de-France, porté par l'entreprise Fertighy France, le projet Pionair (développement d'un système de propulsion électrique hybride pour l'ensemble de l'aviation) par Ascendance Flight Technologies en Occitanie ou encore le projet d'usine de retraitement du liquide respirable pour la ventilation liquidienne Orixha de l'entreprise L2B2 en Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis son lancement en 2022, l'appel à projets "Première usine" a permis de financer plus d'une centaine de projets à hauteur de 500 millions d'euros, indique Bercy. |