Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique : la France tient le cap, pas davantage
Le constat est net. La France doit conjointement multiplier par deux les investissements bas-carbone (publics comme privés) d’ici à 2030 et réduire d’un tiers les dépenses brunes. La stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et de la politique énergétique nationale (Spafte), dont c’est déjà la troisième édition, a pour objet de fournir des clefs de lecture à l'État bien sûr, mais aussi aux collectivités territoriales, ménages et acteurs économiques pour déclencher ces investissements supplémentaires. L’exercice, encore parcellaire, peine toutefois à faire mouche, en particulier sur certains secteurs moins couverts (à l’exemple des déchets) et sur le volet adaptation au changement climatique.
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La stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et de la politique énergétique nationale (Spafte) troisième édition a officiellement été publiée ce 13 octobre par le gouvernement. Après un été hors normes marqué par des vagues de chaleur et de sécheresse inédites, cet exercice à vocation principalement pédagogique permettant d’"outiller" les parlementaires mais également le grand public sur les enjeux de la transition écologique prend tout son sens - au moins sur le papier.
Le credo budgétaire est lisible : "Les bons investissements engagés dès aujourd’hui coûteront moins cher que l’inaction." Et fait écho à la doctrine d’intervention publique pour déclencher des investissements bas-carbone supplémentaires tout en permettant la soutenabilité des finances publiques désormais formalisée par le document. Le principe est là aussi simple : "mobiliser les dispositifs au meilleur rapport coût-efficacité et concentrer le soutien de l'État sur les ménages et les entreprises les plus exposés aux conséquences du changement climatique et au prix du carbone". Estimés à 102 milliards en 2024, les investissements annuels publics et privés en faveur de la décarbonation de l’économie et de l’adaptation au dérèglement climatique devront doubler d'ici 2030.
La publication concomitante de la septième édition du budget vert - annexé au projet de loi de finances (PLF) 2027 - qui prévoit une stagnation à 48,9 milliards d’euros des dépenses favorables et mixtes à l’environnement (sur un total de 602,6 milliards de dépenses budgétaires et fiscales évaluées) et une légère hausse des dépenses défavorables à l’environnement ou brunes de 0,3 milliard d’euros (par rapport à la loi de finances de 2026) a donc de quoi brouiller le message.
Progression des investissements bas-carbone sur le transport
Le total d’investissements bas-carbone annuel dans les transports, les bâtiments, le secteur énergétique et l’industrie s’établit à un peu plus de 100 milliards d’euros en France dans les dernières années, après plus d'une décennie de hausse. Et 2024, qui reste l’année de référence dans édition 2026 du Spafte (faute de données suffisantes sur 2025), ne fait pas exception avec un montant de 102 milliards d’euros (rectifié à la baisse par rapport à l’édition 2025 de la Spafte). Le secteur public a porté directement 16,5 milliards d’investissements majoritairement sur des infrastructures ferroviaires et de transports en commun urbains, ainsi que la décarbonation de son patrimoine de bâtiments publics, là où le secteur privé en a porté 85,5 milliards.
Pour 2025, le document présage cette fois d’une "légère augmentation". Les données préliminaires pour 2025 et 2026 indiquent une progression notable des investissements bas-carbone dans les secteurs du transport routier sur la période récente (par exemple, 28% des immatriculations de voitures neuves étaient à motorisation électrique au premier semestre 2026, contre 20% sur toute l’année 2025 et 17% en 2024), et plus modérée concernant les logements et la production d’énergie. Le dispositif MaPrimeRénov’ a permis la rénovation énergétique de plus de 307.000 logements en 2025, générant plus de 7,4 milliards de travaux, soit 0,5 milliard de plus qu’en 2024. Les aides accordées ont atteint 3,8 milliards en 2025, réparties entre rénovations d’ampleur (84% des montants d’aides accordés en 2025) et rénovations par geste (16%), et en grande majorité au bénéfice des ménages aux revenus modestes ou très modestes. La production d’énergie primaire totale augmente entre 2024 et 2025 (+2%), en raison de l’amélioration de la disponibilité des réacteurs nucléaires et de la progression des capacités photovoltaïques installées.
Doublements escomptés d’ici 2030
L’écart, c'est-à-dire le chemin encore à parcourir, n’a pas bougé depuis la Spafte présentée l’an passé. Sur un périmètre plus restreint, les investissements annuels bas-carbone devront plus que doubler d’ici 2030 (soit 81,5 milliards d’euros supplémentaires dans des actifs bas-carbone par rapport à 2024, dont 13,5 milliards d’euros/an concernent le secteur public) pour atteindre les cibles définies dans la stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) publiée cet été et dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3).
Avec toujours deux principaux secteurs aux avant-postes pour parvenir à cette hausse : la décarbonation des transports (+42,5 milliards/an) et la rénovation des bâtiments (+25 milliards/an, en baisse de 2 milliards/an par rapport à l’édition 2025 de la Spafte, car la SNBC 3 prévoit davantage de monogestes efficients, notamment plus d’installations de pompes à chaleur et recentre les rénovations d’ampleur sur les passoires énergétiques). S’y ajoutent la production d’énergie nucléaire et renouvelable (+5 milliards/an), la décarbonation de l’industrie (+3 milliards/an), de l’agriculture (au minimum à +1milliard/an).
Et pour les autres domaines intéressant plus directement les collectivités : la forêt (+4,5 milliards d’euros/an) avec des besoins d’investissements attachés principalement au renouvellement forestier ou la décarbonation de la gestion des déchets (+1 milliard d’euros/an) avec des besoins d’investissements attribués aux syndicats intercommunaux de collecte et de traitement des ordures ménagères pour l’augmentation de la valorisation énergétique et du recyclage des déchets, ainsi que la méthanisation. Pour faciliter les arbitrages, la mise en cohérence des plans pluriannuels d’investissement des collectivités avec les objectifs climatiques est d’ailleurs à nouveau encouragée.
La Spafte fait aussi la part belle au déploiement du plan d’électrification pour sortir des énergies fossiles, levier majeur d’accélération des investissements privés en faveur de l’atténuation du changement climatique.
Efforts des collectivités sur les dépenses brunes
À l’inverse, la Spafte tient la cible d’une diminution d’un tiers des investissements carbonés annuels totaux d’ici 2030 (soit -37 milliards/an par rapport à 2024 portés à titre secondaire par le secteur public à hauteur de -3,5 milliards/an). Dans les secteurs des transports, des bâtiments et de la production énergétique, les financements bruns ont fortement diminué entre 2019 et 2020, avant de se stabiliser en dessous de 110 milliards d'euros depuis 2022 (concentrés sur les transports avec 63 milliards pour les véhicules fossiles et hybrides neufs et la construction neuve artificialisante de bâtiments avec 17 milliards).
Côté collectivités, les dépenses d’investissements carbonés sont estimées à au moins 5,8 milliards d’euros en 2024 (dont plus de la moitié correspond aux constructions induisant une artificialisation des sols et près d’un quart à la voirie). Avec toujours "un enjeu significatif" de mobilité électrique. En 2024, les véhicules thermiques constituaient encore 75% des acquisitions de voitures particulières, 74% des acquisitions de véhicules utilitaires légers et 90% des acquisitions de poids lourds faites par les collectivités. L’effort des collectivités pour réduire certains de ces financements carbonés "mérite d’être souligné", appuie le document, mentionnant les travaux du think tank I4CE, qui relève que les dépenses d’investissement défavorables au climat des collectivités ont baissé de 25% en volume entre 2014 et 2024, alors même que leurs dépenses totales d’investissement ont augmenté de 13% sur la période (lire notre article du 26 février 2026). Dans la même étude, I4CE relève toutefois que les dépenses d’investissement défavorables des collectivités ont connu un rebond de 3 % entre 2023 et 2024.
Flou persistant sur l’adaptation
Toujours pas de panorama exhaustif. Il existe peu de données agrégées disponibles sur les montants totaux de financements des collectivités en faveur de l’adaptation en France. Pour les collectivités et leurs groupements de plus de 3.500 habitants, la mise en place progressive de budgets verts devrait permettre une meilleure connaissance de leurs financements dans les années à venir. Pour le volet adaptation il faudra néanmoins attendre 2028…
S’agissant des collectivités ayant renseigné une annexe environnementale, leurs dépenses favorables à l’environnement s’élèveraient à environ 15,3 milliards d’euros en 2024. Etant précisé que seule l’obligation d’évaluation au regard de l’axe "atténuation du changement climatique" était obligatoire. L’adaptation n’est pas le seul angle mort. Les investissements historiques bas-carbone sont encore peu documentés dans les secteurs de l’agriculture, de la forêt et des déchets, et ne peuvent de fait pas être isolés dans les graphiques d’investissements passés. "Cette difficulté provient en particulier de l’absence d’alignement des systèmes de comptabilité de référence sur les méthodologies de cotation environnementale", explique la Spafte. "Pour l’avenir, il serait utile que les études progressent encore sur ces secteurs moins couverts, notamment concernant les engins non-routiers, les bâtiments et équipements tertiaires, l’agriculture, la forêt, et les déchets", insiste-t-elle.
L’estimation des besoins d’investissement pour la bonne gestion de la ressource en eau pose également des difficultés méthodologiques. "Les enjeux étant interdépendants, il est complexe de strictement distinguer les besoins pour la gestion quantitative de l’eau de ceux pour l’adaptation au changement climatique, le soutien à la biodiversité ou encore la réduction des pollutions". Par exemple, la quantité d’eau disponible influe également sur la densité de polluants dans l’eau. De même, l’état des milieux conditionne à la fois la disponibilité de l’eau et sa qualité. Autre exemple, le plan eau de mars 2023 inclut le financement de projets de renaturation par le fonds vert, qui contribuent également à soutenir la biodiversité et l’adaptation. La définition des besoins pour la gestion de la ressource en eau nécessite également de faire des choix sur les leviers d’adaptation mobilisés et la priorisation des usages, étant donné la tendance à la moindre disponibilité de la ressource en raison du changement climatique.