Vacance commerciale : "Il faut travailler sur l'habitabilité des centres-villes", souligne le Conseil national du commerce
Juste avant l'annonce de la reconduction du programme Action coeur de ville avec priorité donnée au commerce, le Conseil national du commerce (CNC) publiait le 30 juin son rapport sur la vacance commerciale en centre-ville. Remis au ministre Serge Papin le 22 juin, ce rapport avance 40 propositions avec une conviction : lutter contre la vacance en centre-ville, ce n'est pas qu'une affaire de commerce. Explications avec Emmanuel Le Roch, ancien délégué général de Procos, co-rapporteur des travaux.
© @Eric Malezieux/ Remise du rapport sur la vacance commerciale à Serge Papin par Eric Malezieux et Emmanuel Le Roch
Localtis - La vacance commerciale en pied d'immeuble s'établit à 11,7% en moyenne nationale en 2025, contre 10,9% en 2024 [voir notre encadré ci-dessous]. C'est un phénomène qui ne fait que progresser, et cela malgré les programmes mis en place tels que Action cœur de ville ou Petites Villes de demain. Comment peut-on s'attaquer efficacement au phénomène ?
Emmanuel Le Roch, co-rapporteur du CNC - C'est compliqué, long, et il y a beaucoup d'aspects à prendre en compte. Le sujet de point de départ est la vacance. C'est un chiffre qui a une valeur et quand il augmente, c'est préoccupant. Mais l'objectif que l'on se fixe doit prendre en compte les potentiels réels des locaux, le territoire où ils sont implantés, son dynamisme, son attrait, son activité résidentielle… C'est pour cela qu'on insiste beaucoup sur l'attractivité générale du centre-ville. Et c'est ce qui fait la complexité Ce n'est pas qu'une question de commerce. Pour chaque territoire, il faut un diagnostic et un objectif. Il faut vraiment travailler sur l'habitabilité des centres-villes, et notamment des logements, souvent vides, au-dessus des commerces. Il faut repenser tout cela et donner envie d'habiter en centre-ville, car à l'heure actuelle, une majorité préfère s'installer en périphérie. Comment transformer le centre-ville en rêve pour ses habitants ? Il faut construire un nouveau narratif tourné vers un avenir désirable.
Entre incitations et contraintes, est-ce qu'on a trouvé le bon équilibre ?
Il faut qu'on arrive à la fois à contraindre mais aussi à motiver les propriétaires de ces locaux vacants, que ceux-ci soient commerciaux ou résidentiels. Les foncières de redynamisation et les collectivités ont une efficacité et du sens quand le marché privé ne répond pas aux objectifs. Mais si on veut faire une véritable transformation, il faut forcément engager des acteurs privés. Cela peut se faire à travers des incitations fiscales, en repensant par exemple des dispositifs type Jeanbrun ou Pinel adaptées au cas des locaux de commerce. Il faut récompenser les bailleurs qui investissent et sanctionner ceux qui ne font rien. Car être bailleur en centre-ville c'est aussi une responsabilité, pour notamment éviter le délabrement des locaux et logements et contribuer à l'intérêt général. De plus en plus d'immeubles sont en difficulté avec des arrêtés de péril. Côté sanctions, nous estimons qu'il faut être plus volontariste sur la taxe sur les friches commerciales (TFC). C'est un outil encore trop faiblard aujourd'hui. On n'incite pas assez et on ne sanctionne pas assez non plus.
Quel rôle pour les acteurs privés ?
Nous préconisons davantage de collaboration entre les acteurs, élus, commerçants, propriétaires… Il y a un sujet de gouvernance dans ce domaine, y compris dans le cadre des programmes comme Action cœur de ville. Ces dispositifs sont très utiles mais ils doivent mieux intégrer les acteurs du commerce dans leur gouvernance locale et nationale. Plus globalement, lutter contre la vacance ce n'est pas faire un énième rapport qu'on enterre ensuite par laxisme ou manque de volonté. Il faut que les différentes mesures proposées fassent l'objet d'un débat et d'un soutien politique.
› Une vacance commerciale en augmentationLa vacance commerciale s'établit à 11,6% en moyenne nationale en 2025, contre 9,5% en 2019. C'est ce qu'indique le rapport du Conseil national du commerce "La vacance commerciale en centre-ville" publié le 30 juin 2026. Seules exceptions : les années 2021 et 2022, durant lesquelles une baisse temporaire a été observée, principalement due aux mesures de soutien aux entreprises mises en place durant la crise sanitaire. La vacance est toutefois différente selon les sites concernés : 16,1% pour les centres commerciaux en 2024, contre 10,9% pour les pieds d'immeubles (quartiers commerçants du centre-ville) et 7,2% pour les zones commerciales (situées en zone périurbaine ou périphérique). "Les territoires ne sont pas tous dotés de la même structure commerciale", indique aussi le rapport. Paris fait partie des départements les plus dotés (9 magasins pour 10.000 habitants), contre 4 pour la moyenne nationale en 2023. Les régions du sud ont aussi une concentration au-dessus de la moyenne, étant plus attractives sur le plan démographique et touristique. À l'inverse, "dans les villes petites et moyennes notamment dans le nord, l'emploi dans le commerce de détail est atone et la grande distribution occupe une place plus importante dans le commerce alimentaire que dans les grandes métropoles", précise le document. Le phénomène engendre souvent une réduction de la diversité et de la densité de commerces de détail traditionnels. Le rapport note enfin la baisse significative des autorisations accordées en commission départementale d'aménagement commercial (CDAC) : 5.000 m2 en 2024, contre 14.000 m2 en moyenne en 2015. Parmi les mesures principales du rapport :· Renforcer l'habitabilité de la ville et son attractivité résidentielle dans le cadre d'une approche globale et volontariste ; · Construire un récit positif et désirable des centres-villes ; · Organiser localement une démarche commune d'attractivité globale en supprimant le travail en silos aussi bien entre acteurs publics que privés ; · Prolonger les programmes ACV au-delà de 2026 et Petites villes de demain et renforcer le volet commerce (ce qui correspond aux annonces faites par la ministre Françoise Gatel ce 2 juillet à Roanne lors du congrès de Villes de France - voir notre article) ; · Faire de la taxe sur les friches commerciales (TFC) un outil de mobilisation des propriétaires de locaux commerciaux vacants en améliorant le dispositif et en lui donnant davantage de puissance ; · Mettre en place des dispositifs fiscaux favorables à l'investissement local et incitant les fonds privés à investir dans les foncières de restructuration/redynamisation ; · Exonérer de taxe foncière la restructuration de friches commerciales pour encourager leur reconversion ; · Renforcer, sécuriser, professionnaliser les foncières de réhabilitation commerciale et augmenter la présence des acteurs privés pour augmenter la puissance de feu et l'appropriation d'une démarche globale public/privé. |