Vers un nouveau modèle de financement pour les missions locales

Les taux de retour à l’emploi et les placements en immersion professionnelle compteront, à terme, pour 15% des financements dédiés aux missions locales, selon la nouvelle répartition des crédits, en partie fonction de la performance, inscrite dans les conventions pluriannuelles d’objectifs.

Outre une nouvelle baisse globale de leur budget en 2027 (lire notre article), les missions locales vont devoir aussi composer à partir de l’an prochain avec un autre changement : l’évolution de la répartition de ces mêmes crédits, selon la convention pluriannuelle d’objectifs 2026-2028 construite depuis l’an dernier. La transition a déjà démarré cette année, avec des modes de calcul temporaires. Mais les règles du jeu définitives qui s’appliqueront à partir de l’an prochain sont désormais précisées, mission locale par mission locale. 

En principe, les missions locales verront leurs dotations varier en fonction de trois catégories d’indicateurs : le contexte territorial, l’activité et la performance, dernier volet dont le poids doit passer de 10 à 15% en 2028. Une logique qui se substitue au financement par dispositif qui prévalait jusqu’ici selon un socle, le Pacea et le CEJ. 

Or ces changements posent certains problèmes. Le sujet s’est invité dans les échanges, plutôt vifs, fin septembre, entre les missions locales et Benjamin Maurice, le délégué à l’emploi et à la formation professionnelle (lire notre article). "Ni le nombre de jeunes en ruralité, ni celui des jeunes en QPV, ne sont pris en compte", a par exemple interpellé le président d’une mission locale en région lyonnaise, s’agissant des données de contexte intégrées pour répartir les dotations. Ce type de paramètre apparaît en effet comme optionnel. 

Le placement en emploi comme indicateur de performance

L’évaluation selon la performance préoccupe aussi les missions locales. Celle-ci sera mesurée selon trois objectifs : les entrées en emploi durable (plus de six mois) à la suite d’un contrat d’engagement jeunes (CEJ) et l’accès en emploi après un parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (Pacea) qui comptent pour 60%, et les placements en périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), pour 40%. 

Toutefois, cette logique de l’évaluation prônée par le ministre du Travail (lire notre article) ne convient pas à la tête de réseau : "Cette lecture rend imparfaitement compte de la mission des missions locales, fondées sur une approche globale de l’accompagnement : emploi et formation, mais aussi logement, santé, mobilité, ressources, accès aux droits ou autonomie". Une approche également jugée simpliste par certains économistes (lire notre article).

L’UNML demande à ce que les indicateurs de performance "soient revus" "pour mieux reconnaître l'ensemble du parcours du jeune et privilégier des dimensions sur lesquelles les missions locales disposent de leviers effectifs". Car parfois, l’accès à l’emploi est plus compliqué en raison de la conjoncture et aussi par manque de solutions mobilisables. "Tout le monde est d’accord pour dire que les immersions professionnelles sont un outil efficace, mais cela dépend aussi de la bonne volonté des entreprises d’ouvrir leurs portes aux jeunes et de leur consacrer du temps", illustre Jérôme Boillat délégué général de l’ARML Ile-de-France.

"Mise en concurrence" entre missions locales

Si l’UNML indique s’être assurée d’un "bornage destiné à limiter les variations trop brutales de financement", elle regrette que l’évolution du financement dépende également du positionnement entre missions locales, ce qui rend "la trajectoire financière plus difficile à anticiper". 

"Si une mission locale est très performante mais moins qu’une autre, ses bons résultats sont masqués et elle pourrait percevoir moins d’argent", affirme Jérôme Boillat qui constate en quelque sorte une "mise en concurrence" de toutes les missions locales entre elles. 

Par ailleurs, "l’an prochain, on ne sait pas encore comment les résultats vont impacter nos paiements", poursuit le délégué. Autrement dit, les missions locales n’ont pas encore idée de l’impact précis de l’évolution de leurs crédits, selon le degré d’atteinte de leurs objectifs. Une incertitude de plus dans un contexte budgétaire déjà compliqué. 

Le retour à l’emploi recule

En Ile-de-France, en 2026, la répartition des financements s’appuyait déjà sur les placements en emploi et en immersions professionnelles selon des règles se rapprochant du "réalisé" et non d’objectifs. Il a aussi fallu corriger le tir pour tenir compte de la taille des missions locales. 

Pour l’an prochain, dans son projet de loi de finances 2027, l’exécutif demande aux missions locales de progresser sur les retours à l’emploi, avec un objectif national, pour 2027, de 27% à la suite d’un CEJ et de 33,5% après un Pacea. L’objectif en matière de PMSMP (période de mise en situation en milieu professionnel) n’est pas formalisé.

Or, entre 2024 et 2025, ces deux premiers indicateurs se sont dégradés. En 2025, 24,9% des jeunes suivis dans le cadre d’un CEJ étaient en situation d’emploi durable six mois après leur sortie, un chiffre en recul de presque 2 points par rapport à 2024. Par ailleurs, pour leurs financements de 2027, les missions locales seront en principe évaluées sur leurs performances de 2026, dont les objectifs leur ont été notifiés tard dans l’année. Elles n’ont donc pas beaucoup de temps pour corriger le tir.

 

 

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