Au Plie d’Argenteuil, des femmes éloignées de l’emploi en besoin de formation
Le plan local pour l’insertion et l’emploi d’Argenteuil (Val-d’Oise) finance sur ses propres deniers des formations en français langue étrangère ainsi que dans la restauration pour des publics éloignés de l’emploi. Reportage.
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À Argenteuil (Val-d’Oise), un mardi matin, une douzaine de femmes suivent un cours de français langue étrangère. Lydia Touhouche, la formatrice, les interroge : à l’écrit, comment salue-t-on un ami ? Et une administration ? Quand on veut se renseigner sur une formation, par exemple, que peut-on demander ? Les stagiaires répondent, voire répètent les mots prononcés par la formatrice pour mieux les assimiler.
En France depuis six ans, Simona attendait cette formation de longue date. Cette maman d’une trentaine d’années, qui a validé quatre ans d’études dans son pays d’origine et y travaillait dans le secteur bancaire, souhaite retrouver un travail après s’être occupée de son enfant en bas âge. Jusqu’ici, ses candidatures n’ont pas abouti : "Mon référent m’a dit qu’il fallait mieux m’exprimer. Mais les cours de français sont souvent chers et il n’y a pas assez d’heures." Au plan local pour l’insertion et l’emploi (Plie) d’Argenteuil-Bezons, elle bénéficie de cours de français trois fois par semaine, par sessions de trois heures. 200 heures au total.
Une formation payée pour la première fois par ce Plie associatif, hébergé dans des locaux de la mairie d’Argenteuil, qui accompagne des publics souhaitant retrouver un emploi ainsi que des bénéficiaires du RSA envoyés par le département du Val-d’Oise. Coût : 50.000 euros pour quelque 300 heures maximum de formation par personne et une trentaine de bénéficiaires. Pour Karine Fougeray, l’investissement en vaut la peine. Pour ces personnes qui vivent à Argenteuil, la proximité du lieu compte car le rythme de la formation est plus intensif. Autre avantage : il est adapté aux contraintes horaires des mamans : certaines peuvent s’éclipser pour récupérer leurs enfants dès midi. Et pas de cours en période de vacances scolaires. Des détails qui comptent et pourtant manquent, selon la directrice, dans l’offre standard de formation des adultes.
Un financement "extrêmement compliqué"
Le Plie paie aussi des formations pour passer l’examen du HACCP, une certification nécessaire pour travailler dans la restauration. "Le financement des actions de formation est extrêmement compliqué pour nos publics. France Travail n’a plus de moyens, les fonds des opérateurs de compétences sont réduits à peau de chagrin, et les personnes n’ont pas toujours de CPF", estime Karine Fougeray. Avec la décrue des financements, au niveau des plans régionaux de formation comme ailleurs, il est de plus en plus compliqué de monter en compétences, acquérir un diplôme, se préparer à un métier, sans argent de côté.
"France Travail n’a plus d’argent, même pour un HACCP", confirme Lamia Latamna, l’une des référentes du Plie. Sur son écran d’ordinateur, elle observe que de nombreuses formations qualifiantes pour les adultes, inscrites dans le catalogue du Greta, sont désormais accessibles "sous réserve" d’un financement. "La région a fermé les robinets. Parfois, même des formations affichées comme conventionnées, en réalité, ne le sont plus quand je me renseigne”, souligne-t-elle. Dans ce contexte, elle essaie de se reporter sur les préparations opérationnelles à l’emploi individuelles (POEI) qui est désormais l’outil priorisé par France Travail pour accéder à une formation (lire notre article). Mais encore faut-il trouver un employeur qui accepte de s’engager sur un recrutement de six mois minimum. L’opération a pu fonctionner dans certains secteurs, comme le transport public ou la sécurité.
De moins en moins d’options
Par rapport aux vœux des bénéficiaires, les options sont restreintes. "Il faut changer d’orientation en restant dans le même secteur, ou étudier des branches et métiers qui ne nécessitent pas de formation. Entrer par la petite porte en faisant des VAE", énumère la référente. Elle veille, aussi, à un envoi quasi systématique en immersion afin d’éviter tout renoncement en cours de formation, un gros gâchis dans un contexte budgétaire aussi tendu.
Le Plie pourra-t-il demain, former d’autres demandeurs d’emploi ? Karine Fougeray s’inquiète de ses marges de manœuvre à l’avenir. Les négociations du nouveau cadre d’attribution des fonds européens post-2027, qui menace les contours actuels du FSE +, sont toujours en cours (lire notre article).