Caméras intelligentes en montagne : un potentiel d'usages sous forte contrainte

Lors d'un webinaire organisé le 29 septembre 2026 par l'Anem, le groupe Altitude et sa filiale Ubicité ont présenté les apports de l'intelligence artificielle pour la vidéoprotection appliquée aux territoires de montagne. Des usages qui restent cependant encore très contraints par la couverture réseau et, surtout, par un cadre juridique restrictif.

En zone de montagne, la saisonnalité de la fréquentation, la concentration des flux sur quelques axes et l'étendue des territoires plaident en faveur d'une supervision s'appuyant sur des caméras. C'est en tout cas la conviction d'Altitude et sa filiale Ubicité qui intervenaient mardi 29 septembre 2026 devant les élus de l'Association nationale des élus de la montagne (Anem) pour présenter l'apport des caméras dopées à l'IA pour les territoires montagnards.

Prévention des feux et des avalanches

Dans les nombreux cas d'usage présentés, on retiendra tout d'abord la prévention des risques naturels. Des caméras placées sur des points hauts peuvent détecter, grâce à l'IA, des départs de feux. "Cette donnée, croisée avec la fréquentation, la sécheresse et un vent supérieur à 30 km/h donnera la possibilité à la collectivité de limiter l'accès à un espace naturel", explique Ubicité. L'analyse d'images peut aussi aider à la surveillance d'un couloir d'avalanche ou mesurer la montée et la vitesse d'un cours d'eau.

Dans les stations de ski, les caméras évalueront la hauteur de neige et aideront à affecter les engins de déneigement au bon endroit. Elles peuvent également surveiller à distance un centre technique isolé ou protéger un agent qui travaille seul.

Mesure de la fréquentation et lutte contre les incivilités

L'IA permet aussi une mesure très fine de la fréquentation : du comptage de véhicules à l’entrée et à la sortie des parkings à l’estimation des files d'attente aux remontées mécaniques en passant par la régulation de l'accès aux cols. Pour les événements, caméras mobiles et 5G privée évitent la saturation des réseaux mobiles.

La sûreté n'a pas été oubliée. Les intervenants ont cité la lutte contre les incivilités comme les dépôts sauvages, le repérage de véhicules et l'aide aux enquêtes a posteriori… tout en reconnaissant qu'ils nécessitent une supervision humaine. Pour des communes montagnardes sans grands moyens, ils incitent à la "mutualisation", notamment à l'échelle départementale comme c'est aujourd'hui le cas dans l'Oise.

Le réseau comme première limite

Qui dit flux vidéo, dit bande passante conséquente. Or la fibre optique est loin d’être partout, la montagne comportant encore de nombreuses zones blanches passées dans les mailles du plan France très haut débit. Interrogés par des élus sur la mobilisation de 4G pour la vidéosurveillance, ils ont reconnu qu'elle n’était pas très adaptée (coût, capacités), tout en permettant déjà de "transmettre des alertes", les caméras stockant alors localement les algorithmes. Sur de nombreux territoires, l'usage de caméras demandera donc de trouver des compléments de couverture, aux frais des collectivités, via des technologies radio ou satellitaires.

Les algorithmes encore largement hors la loi

Le cadre juridique constitue toutefois l'obstacle principal. Si l'usage de l'IA ne pose pas de problème majeur pour le suivi vidéo de risques naturels, si aucune donnée personnelle n'est collectée, les prestataires reconnaissent un "vide législatif" sur l'usage de l'IA en temps réel pour surveiller des comportements. 
Pour mémoire, en 2022, la Cnil a clarifié le cadre des caméras dites "augmentées". Si ces dernières ne sont pas interdites, la loi n'autorise pas la puissance publique à les employer pour détecter et poursuivre des infractions (voir notre article du 19 juillet 2022). Sur cette base, six communes ont été mises en demeure en décembre 2024 pour avoir laissé activées les fonctions IA de logiciels comme Briefcam (voir notre article du 6 décembre 2024). Le Conseil d'État a confirmé cette lecture le 30 janvier 2026, à propos d'algorithmes installés par la ville de Nice à l'entrée d’écoles : le code de la sécurité intérieure n'autorise pas l'analyse systématique et automatisée des images de la voie publique (voir notre article du 30 janvier 2026).

Éviter la surveillance généralisée

Le cas des dépôts sauvages ne fait pas exception. Dans une affaire récente relayée par France Info, le secrétaire général de la Cnil a jugé "illégal" le dispositif de surveillance de dépôts sauvages soutenu par le département de Seine-et-Marne et déployé depuis juillet dans 41 communes.

Quant au comptage, il est admis sous réserve de poursuivre une finalité statistique, avec des résultats agrégés et anonymes, sans vocation directement opérationnelle. Plus largement, l'autorité indépendante appelle à une réflexion d'ensemble sur le juste usage de ces outils, et met en garde contre une "surveillance généralisée". Et elle rappelle que pour beaucoup d'usages, une étude d'impact sur la vie privée sera indispensable.

La loi Ripost maintient un usage ciblé

La loi récente Ripost (voir notre article du 1ᵉʳ septembre 2026) modifie ce cadre à la marge. Elle étend à plusieurs cas d'usage la lecture automatisée des plaques d'immatriculation (Lapi), dont la lutte contre les dépôts sauvages, mais sous la responsabilité exclusive des services étatiques compétents. Elle prolonge jusqu’au 31 décembre 2030 l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique (voir notre article du 16 juillet 2026) en l'étendant à certains bâtiments et lieux ouverts au public exposés à des risques particuliers, mais uniquement pour prévenir du terrorisme et des atteintes graves aux personnes. À ce stade, sans modification législative, c'est donc essentiellement à l'occasion des Jeux d'hiver de 2030 que la vidéosurveillance algorithmique pourra être déployée.

 

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