Événements climatiques extrêmes :  le Haut-commissariat au plan sur tous les fronts pour tirer les leçons d’un été hors normes

Sans doute animé par la crainte que le débat ne se referme après ces mois d'événements climatiques extrêmes s'enchaînant à une vitesse inédite, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) a proposé, lors d’un webinaire organisé ce 30 septembre, de croiser les regards d’un climatologue, d’une spécialiste des risques et de l’assurabilité et de ses propres experts en se référant à leurs récents travaux en la matière. Des évolutions de l’action publique s’avèrent nécessaires pour dépasser la gestion de crise, en anticipant notamment les enjeux de solidarité territoriale et sociale face aux risques climatiques.

Après son exercice de prospective à horizons 2035 et 2050 dans une France durablement réchauffée (lire notre article du 2 septembre 2026), le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) a souhaité lors d’un webinaire organisé ce 30 septembre, dresser le bilan de cet été hors normes, afin d'en évaluer les conséquences et d'en tirer les leçons pour mieux préparer l’avenir.

"Ce sont les 24 et 25 juin (2026) qui ont été les deux journées les plus chaudes enregistrées dans l'histoire de notre pays et c'est un rappel extrêmement nécessaire sans doute et douloureux que l'on doit à la fois s'adapter et lutter contre le changement climatique pour ne pas opposer adaptation et lutte prioritaire contre le dérèglement climatique lui-même", a insisté en préambule le haut-commissaire Clément Beaune pour introduire cette matinée de retours d’expérience et de dialogue avec des experts, dont la vocation est de "faire la pédagogie de ces événements climatiques". 

C’est aussi la suite logique de nombreux travaux réalisés par le HCSP ces derniers mois, en particulier sur la mutualisation des risques climatiques (lire notre article du 16 juin 2025) et sur la ressource en eau (lire notre article du 25 juin 2025). De prochains travaux sont en outre attendus sur la sobriété hydrique. 

Tout était là pour être prêt

Le bilan climatique de l’été 2026, c’est une température moyenne de 24°C sur les mois de juin, juillet et août, soit une anomalie de +3,6 °C au-dessus des normales et un seuil de 40°C franchi près de 180 fois en France. Ce sont aussi près de 100.000 hectares brûlés depuis janvier et la quasi totalité du territoire en situation de sécheresse avec près de 1.500 cours d'eau qui sont à sec. "L’évènement que l'on a vécu est certes exceptionnel, mais sans aucune surprise parce qu'il est compris dans ce qu'on appelle dans le jargon, la gamme des étés possibles dans un climat réchauffé dû aux activités humaines, et donc il était 'anticipable' en termes d'adaptation au changement climatique", relève Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au CNRS, co-auteur du sixième rapport d’évaluation du Giec. Il suffit d'ailleurs de se référer aux rapports du Giec pour voir que "cela ne va plus vite comme on a pu l’entendre". 

Il y a donc selon lui un triple déni : "de gravité, de notre vulnérabilité face au changement climatique, ce qui conduit à de l'impréparation, et puis aussi un déni de notre responsabilité dans ce changement climatique, à la fois responsabilité passée, mais aussi des responsabilités présentes et futures dans l'urgence à agir". "Les moyennes cela ne veut pas dire grand chose. Ce qui compte pour l’adaptation c’est la plage de fluctuation des températures. (…) On ne simule pas un climat moyen mais un ensemble des possibles en considérant les extrêmes", précise-t-il. 

Composer avec l’incertitude des précipitations en hiver 

Batailler contre les idées reçues, c'est un mantra pour le climatologue. "Non, l’argument de plus de pluie hivernale en moyenne sur la France dans un climat qui chauffe n’est pas scientifiquement robuste sur les prochaines décennies (avant 2050). C’est donc une manipulation, un dévoiement des faits scientifiques", martèle-t-il. Ce qu’il qualifie de "bavardage" sera "le cadet de nos soucis" dans une France à +4°C qui aura atteint les limites physiologiques de l’adaptation pour les forêts, les cultures, la vie humaine. Contrairement aux températures, l’influence humaine sur le climat pour les précipitations sur la France avant 2050 est "faible". 

Les fluctuations spontanées/chaotiques du climat (ou variabilité interne) dicteront les futurs possibles des pluies hivernales en moyenne sur la France avant 2040 au moins. Autrement dit, les pluies hivernales pourront être en moyenne déficitaires ou excédentaires sur les deux prochaines décennies. "C’est une incertitude dite profonde qu’il faut absolument considérer dans les stratégies d’adaptation qui doivent dès lors viser la robustesse." Il s’agit de promouvoir l’approche "dite en narratif" qui consiste à retenir pour l’adaptation des trajectoires possibles qui viennent mettre à l’épreuve les vulnérabilités de l’enjeu qui nous intéresse. 

Par exemple, des trajectoires de sécheresse météorologique hivernale multi-annuelles possibles si notre enjeu porte sur les rendements agricoles (sachant qu’en été les sécheresses agricoles deviennent partout plus sévères), ou bien des trajectoires de saisons très pluvieuses possibles si notre enjeu est la protection d’une ville des inondations, etc. 

Adopter une approche plus systémique des risques

Selon la ministre de la Transition écologique, le coût de ces seules canicules pourrait s'élever entre 10 et 15 milliards d’euros. Sur la partie assurances, on l'estime entre autres à 12 millions pour la sécheresse avec mouvement de terrain du type retrait gonflement des argiles (RGA) et 600 millions pour le volet agricole. La facture de l’été 2026 vient donc questionner notre modèle assurantiel et de gestion des risques majeurs. 

"Il faut comprendre la distinction entre l’incertain, le possible et le probable et l’action publique est plutôt organisée autour du probable avec de l'information fréquentiste et non autour du ‘possible rare extrême’ et cela pose un souci actuellement", explique Myriam Merad, directrice de recherche au CNRS. Tous les événements ne peuvent pas prétendre à rentrer dans le régime Cat-Nat. Il en va des feux de forêts et des canicules. D’autres mécanismes sont complémentaires, les dégâts de tempête et de grêle relèvent par exemple des assurances privées. 

"La grande difficulté, c’est que les éléments systémiques, par exemple un croisement entre mouvements de terrain et inondation, sécheresse et effets sur la santé, ne sont pas comptabilisés. Parce que les politiques publiques et services de l'État sont souvent organisés par aléa. Et vous voyez qu'on arrive au bout du système parce que ce qui compte maintenant c'est le systémique qui apparaît encore plus fort", décrypte-t-elle. 

Idem pour la manière "saucissonnée" de gérer les risques naturels à travers une "action pompier" qui empêche de prendre de la distance. "On sait aujourd'hui que l’on peut avoir en France de manière très épisodique, des températures extrêmes qui peuvent approcher même les 50°C. (…) Et ces évènements-là il faut aussi les considérer dans le cadre des possibles et dans le cadre de cette adaptation transformative, en tout cas systémique qui implique l'ensemble des acteurs des activités", appuie Christophe Cassou. 

Penser à un autre mécanisme de solidarité

"On a tous les outils et les politiques existantes, mais ils ne sont plus adaptés. Il faudrait véritablement une réforme politico-administrative sur la prise en charge du ‘possible’ et l'organisation de la sphère publique en général. Ce qui est considéré comme risque majeur et surtout la manière avec laquelle on travaille sur du systémique", résume Myriam Merad. 

Une des recommandations de la mission sur l’assurabilité des risques climatiques de 2024, à laquelle elle a participé,  était de renforcer la caisse Cat-Nat. "Déjà à ce moment-là, et avec du recul, c'était un sparadrap sur une plaie béante et le fond du sujet est de repenser ce qui est justement dans l'assiette du Cat-Nat", reconnaît-elle. "Beaucoup d'évènements deviennent très fréquents. Or le mécanisme Cat-Nat est pour le ‘rare extrême’. Donc il faudrait peut-être les faire sortir. Cela n'ira pas sans tension, mais l'idée de les faire sortir ne veut pas dire les exclure d'une solidarité".

Pour ces risques "à la fois aigus et chroniques, mais diffus", il faudrait les reconsidérer dans cette enveloppe Cat-Nat ou penser à un autre dispositif pour les reconnaître. Et plus globalement "repenser les périmètres de l'action publique" et changer la philosophie de l'évaluation de l'action publique pour l’inscrire dans une "trajectoire d’amélioration à la fois sectorielle et intégrée".

Trois scénarios en débat sur le modèle assurantiel

"Ce n’est pas tant l'évolution moyenne annuelle qui va compter, mais plutôt la multiplication d'années extrêmes avec des pics de sinistralité. Et c’est cela réellement qui peut mettre en lumière des failles du marché de l'assurance et du régime Cat-Nat", remarque également Alice Robinet, à l’origine du rapport "Repenser la mutualisation des risques climatiques". Avec pour conséquence une hausse des primes qui irait au-delà de la hausse de la surprime Cat-Nat, une dégradation de la qualité de l’assurance ou dans la prise en charge de certains contrats, voir même un retrait des assureurs, donc des sorties de marché, soit de certains territoires, soit de certains risques. "Pour l'instant, ces phénomènes de sortie de marché sont très limités, mais il convient bien sûr d'observer ce qui va se passer dans les années à venir, d'autant plus avec la multiplication des évènements qu'on a pu connaître", relève-t-elle. 

Le rapport propose trois scénarios de réforme pour repenser la solidarité et la couverture des risques climatiques et répondre aux risques d’insoutenabilité du système actuel ainsi qu’à une couverture incertaine (sécheresse) voire inexistante (recul du trait de côte) et à une forte non-assurance en Outre-mer. Ces trois scénarios sont composés d’un socle de propositions communes, qui pourraient être mises en place "sans attendre" pour renforcer l’information sur "l’évolution des aléas, de l’exposition des populations, de leur vulnérabilité, de la couverture assurantielle, du retrait des assureurs ou encore des primes par territoire", détaille Marine de Montaignac, seconde autrice du rapport.

 

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