À Chambray-lès-Tours, une ferme municipale pour manger bio (37)
Depuis quatre ans, la ferme municipale de Chambray-lès-Tours alimente les crèches, les écoles et le centre de loisirs. Ce projet audacieux repose sur une exploitation en régie directe, avec un circuit extra-court. Une réussite, au vu de la production enregistrée en 2025 : 18 tonnes !
© Ville de Chambray-lès-Tours
Pour subvenir aux besoins de chacun, mais aussi préserver les terres nourricières, certaines collectivités élaborent de véritables stratégies alimentaires. C’est le cas de Chambray-lès-Tours, en Indre-et-Loire. Depuis 2021, cette ville de 12 700 habitants produit ses propres fruits et légumes bios, grâce à la ferme municipale qu’elle a créée et gère en régie. La production annuelle est passée de 2,5 tonnes la première année, pour atteindre 18 tonnes en 2025 ! Elle permet d’approvisionner les écoles, les crèches et le centre de loisirs.
D’une aide à l’installation, à la ferme communale
Tout commence en 2019, avec le souhait de la municipalité de financer l’installation d’une ferme sur son territoire. Elle sollicite la chambre d’agriculture du département, où travaille alors Yves Delcroix, qui prend part à la réflexion. Un an plus tard, ce dernier est élu au conseil municipal, délégué à la transition écologique, et rouvre le dossier. La municipalité fait alors le choix audacieux d’une ferme communale, « voté à l’unanimité », souligne aujourd’hui l’ancien élu.
En parallèle, la ville cultive l’ambition d’atteindre le 100 % bio pour le millier de repas produits chaque jour pour ses cinq écoles et trois crèches. En 2020, la part du bio est encore de 60 %. C’est un prestataire qui approvisionne alors en légumes, viandes et poissons la nouvelle cuisine centrale, inaugurée en 2021. La production maraîchère municipale permettra alors d’atteindre l’objectif du 100 % bio, en 2022.
Coopération interservices
En 2020, tout semble en place pour faire germer le projet de ferme municipale. Chambray-lès-Tours dispose d’une parcelle brute de 2,2 hectares à aménager. Un partenariat est bien installé, avec Bio Centre (Groupement d’agriculteurs bio), la chambre d’agriculture, les associations Fermes d’Avenir, Terre de liens, Un Plus Bio. Principale difficulté : la commune se retrouve seule pour assumer le coût de l’opération, soit 300 000 euros sur les deux premières années. Des opérations, qui n’étaient pas prévues, comme un forage de 90 mètres de profondeur et la pose d’une clôture, ont été nécessaires pour aménager la parcelle. La ville sollicite la région et le département, en vain. Tours Métropole Val de Loire finance trois containers pour des bureaux, une chambre froide et le stockage du matériel.
En 2021, Yannick Barriol, ingénieur en reconversion, est recruté comme maraîcher municipal. La ville a été convaincue par son projet et sa maîtrise de la mécanisation. La ferme peut alors fonctionner en régie municipale. Ce mode de gestion présente l’avantage d’avoir un accès direct à une source de matière organique, grâce aux 30 hectares de forêts alentour. Le bois broyé est notamment utilisé en paillage pour éviter l'enherbement, répartir la charge lorsqu'on marche/roule dessus et ainsi éviter de tasser le sol. Et la matière organique retourne finalement dans le sol, nourrit les plantes. Une ressource gratuite précieuse. Enfin, le matériel et les agents du service des espaces verts participent à l’entretien du site (gestion de l’espace gazonné, curage des fossés…). Une culture de la contribution interservices se met en place.
Le défi des excédents
Le maraîcher travaille étroitement avec le chef de la cuisine centrale pour planifier la production, tous les ans au mois d’octobre, au plus près des besoins. Un vrai défi, car l’excédent reste conséquent : l’été, seulement 300 repas sont à préparer chaque jour (contre 1 000 durant l’année scolaire). « La majeure partie des surplus estivaux est surgelée dès que cela est possible, afin d'être consommée dès la rentrée scolaire. Pour donner un ordre de grandeur, sur les 18 tonnes de la saison 2025-2026, 900 kg sont allés à la Banque Alimentaire et aux Resto du Cœur », rapporte l’ancien conseiller municipal. D’autres solutions sont encore à explorer selon lui : en fournissant les foyers logements ou les Ehpad ; en créant une légumerie à l’échelle de la métropole, qui transformerait l’excédent des collectivités et des producteurs.
Étant donné les investissements de départ, l’équilibre financier n’est pas encore trouvé.
Un tel projet nécessite un portage politique fort et des capacités financières solides. À cela s’ajoute l’obligation de ne pas créer une concurrence déloyale vis-à-vis des producteurs du territoire. Les contraintes sont fortes, mais, indéniablement, la ferme contribue à proposer aujourd’hui une alimentation saine aux enfants de la commune.
La ferme municipale en quelques chiffres
- Investissements pour la création de la ferme : 300 000 € sur 2021-2022 ;
- 7 000 m2 cultivables, sur une parcelle de 2,2 hectares
- Coût annuel de fonctionnement : 80 000 euros (le salaire du maraîcher, épaulé par un demi-poste supplémentaire l’été, représente 80 % du budget) ;
- Production de la ferme : 2,5 tonnes en 2022 ; 12 tonnes en 2023 ; 13 tonnes en 2024 et 18 tonnes en 2025.
- 1 000 repas distribués chaque jour pour 5 écoles et 3 crèches ; environ 300 repas l’été ;
- Prix du repas à la cantine pour les familles : de 2,80 euros à 3,50 euros (en fonction du quotient familial).
Commune de Chambray-lès-Tours
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