Chatel-Guyon : sauver le patrimoine grâce au logement social (63)
À Châtel-Guyon, l’ancienne cité ouvrière longtemps laissée à l’abandon retrouve une nouvelle vie. Sa réhabilitation conjugue préservation d’un patrimoine emblématique et création de logements sociaux.
© La cité ouvrière, au début du XXème siècle / DR
À l’entrée du parc thermal de Châtel-Guyon, difficile de manquer cette imposante bâtisse de cinq niveaux. Construite en 1907 pour loger les employés des thermes alors en plein essor, elle témoigne de l’importance du thermalisme dans l’histoire de la commune.
Avec le déclin de cette activité à partir des années 1970, la cité reste vacante plusieurs décennies et finit par servir de lieu de stockage pour la commune. Faute d’entretien, se profile le risque qu’elle se transforme en friche. « La commune ne pouvait pas garder cette cité, c’était un patrimoine trop coûteux. Il nous fallait trouver une issue », explique Thierry Boulleau, premier adjoint au maire.
D’une contrainte à une opportunité
Pour la municipalité, cette réflexion intervient dans un contexte de besoins importants en logements. En effet, avec la fusion des intercommunalités, Châtel-Guyon se voit soumise aux obligations de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), et doit disposer d’un nombre minimal de logements sociaux. Par ailleurs, la reprise récente de l’activité thermale renforce les besoins pour les salariés, tandis qu’une partie du parc locatif est occupée par les curistes.
Dès 2021, la collectivité engage une réflexion sur l’avenir de la cité. Grâce à plusieurs Opérations programmées d’amélioration de l’habitat – renouvellement urbain (OPAH-RU) déjà menées sur le territoire, elle connaît les mécanismes du conventionnement avec l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et le potentiel du parc privé pour développer une offre à loyers maîtrisés.
Une piste s’impose donc progressivement : céder le bâtiment à un promoteur privé, en intégrant dans les négociations un objectif de production de logements sociaux. « La demande de produire des logements sociaux a été mise dans la balance dès le départ. Le promoteur, très motivé par le projet et convaincu par le potentiel du bâtiment, a donc accepté », témoigne Thierry Boulleau.
L’opération aboutit à la création d’une quarantaine de logements, dont 22 logements conventionnés. Trois propriétaires s’engagent dans le dispositif de l’Anah avec l’accompagnement de Solidaires pour l’habitat (Soliha).
Anticiper pour préserver le patrimoine
La dimension patrimoniale est prise en compte en amont du projet. La collectivité travaille avec les Architectes des Bâtiments de France, afin d’identifier ce qui peut être transformé et ce qui doit être préservé. « Le problème a été pris dans le bon sens et il n’y a ensuite eu aucun blocage », souligne le premier adjoint.
La réhabilitation a ainsi conjugué préservation du bâti et amélioration du confort : isolation, nouvelles menuiseries, ventilation et chauffage performants permettent aux logements d’atteindre l’étiquette énergétique D. Autre satisfaction : le chantier a mobilisé exclusivement des artisans locaux. « Une rénovation de cette ampleur, avec plus de 40 logements, ce n’est pas neutre pour notre territoire », estime l’élu.
Avec l’appui de Soliha les propriétaires ont été accompagnés dans la définition des travaux et la mobilisation des aides. Celles de l’Anah, de la communauté d’agglomération Riom Limagne et Volcans et du département couvrent environ la moitié de leur montant, en contrepartie d’un engagement à pratiquer des loyers maîtrisés pendant six ans. La commune espère désormais que certains propriétaires prolongeront leur conventionnement au-delà de cette période.
Livrés entre fin 2024 et début 2025, les logements mis en location ont trouvé très rapidement preneurs, confirmant l’existence d’une demande locale. Leur localisation, leur qualité et leur performance énergétique ont notamment séduit des habitants du secteur.
Pour la commune, l’opération démontre l’intérêt de faire converger plusieurs objectifs. « Ce projet répond pour nous à trois enjeux : conserver un patrimoine historique, éviter la friche et créer de la mixité sociale. C’est cette combinaison qui en fait une belle réussite », conclut Thierry Boulleau.
La réhabilitation de la cité s’inscrit désormais dans une transformation plus large du parc thermal, où d’autres projets de restauration sont lancés.
En quelques chiffres
- Nombre de logements : 22 conventionnés sur un total de 45 logements
- Montant total des travaux pour les 22 logements : 1 million d’euros TTC
- Montant des aides pour les 22 logements : 387 000 euros de l’Anah, 244 000 euros de l’agglomération Riom Limagne et Volcans et 32 000 euros du Conseil départemental du Puy-de-Dôme
- Durée du projet, du 1er contact avec Soliha au paiement des subventions après travaux : 2 ans
Commune de Chatel-Guyon
Nombre d'habitants :
Thierry Boulleau
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