À Grabels, réhabilitation énergétique ingénieuse pour l’école du futur (84)

Au nord-ouest de Montpellier, la commune de Grabels s’est lancée en 2021 dans la rénovation thermique et acoustique de l’une de ses écoles élémentaires. Cinq ans plus tard, les travaux sont achevés et le résultat est saisissant.

« L’un des objectifs de la précédente mandature était de remettre à niveau l’école du centre village, en l’adaptant à la deuxième moitié du XXIe siècle, en prenant en compte le changement climatique et les habitudes de travail », relate Fabien Blasco, qui a suivi ce projet, à l'époque en tant que Directeur général des services de la ville de Gravels*.

Dans cet environnement périurbain, à quelques kilomètres de Montpellier, au cœur d’un quartier pavillonnaire, il faut réfléchir à la meilleure approche pour réhabiliter ces bâtiments des années 1990, construits en parpaings creux, sur un large terrain. Les premières réflexions sont menées en 2019, avec l’Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC), qui rencontre les élus et les usagers. Les enfants vont notamment participer à un concours d’idées, en imaginant leur cour rêvée et en dessinant leurs futurs espaces. L’ex-DGS salue « leur implication et leur application, dès les prémices du projet ».

C’est ensuite l’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) qui prend le relais. Épaulée par le cabinet Domene, la municipalité définit d’ambitieux objectifs de performance environnementale. Avec, par exemple, une réduction de 60 % des consommations d’énergie, d’ici à 2030. Puis le maître d’œuvre chargé de la réhabilitation est impliqué, avec le bureau d’ingénierie, le thermicien, le paysagiste ou encore le botaniste. Un panel de métiers qui « permet d’avoir une compréhension globale de tous les enjeux de vie dans l’école », explique Fabien Blasco. Pour lui, l’un des facteurs de réussite du projet est « de ne pas avoir lésiné sur les expertises. Nous avons opté pour les meilleurs conseils, afin de réaliser une réhabilitation réfléchie et durable. »

Une filière paille

Le scénario imaginé conduit ainsi à réaliser l’isolation thermique par l’extérieur, avec des modules bois préfabriqués en usine, dans lesquels on insère de la paille non alimentaire, matériau peu onéreux et au fort pouvoir isolant, disponible facilement et localement. L’ex-DGS reconnaît que « c’était un peu un pari, car ça n'était pas la culture pour la réhabilitation d’équipements publics à l’époque. » Mais le pari s’avère gagnant. Et permet de poser des jalons pour le démarrage d’une filière. « Avec ce choix, nous avons amené des entreprises à s’organiser en réseau, pour être capables de réhabiliter et produire des bâtiments adaptés au changement climatique, à partir d’un matériau vieux comme le monde, mais innovant », se réjouit-il.

Autre innovation pour assurer une bonne qualité de l’air et son renouvellement : la mise en place de tourelles à vents (windcatchers) sur les toits, associées à des brasseurs d’air dans les classes. « Les tours sont disposées en toiture, avec une bouche au milieu de chaque salle, relate Fabien Blasco. Leur rôle est d’aspirer l’air ambiant, d’amener de l’air neuf et d’organiser une surventilation nocturne, pour décharger le bâtiment et abaisser les températures, notamment en période de canicule. »

Lors du premier épisode caniculaire fin mai, par une température extérieure de 41,3°, les salles de classe conservent des températures entre 27 et 28°. Fin juin, après plusieurs jours entre 38 et 40° à l’extérieur, l’intérieur des classes n’a pas dépassé 29°. « Les brasseurs d’air permettent d’abaisser la température ressentie de 2 à 3° supplémentaires », témoigne Fabien Fiasco.

Cour oasis, autoconsommation et pièges à sons

Les espaces extérieurs ne sont pas en reste, pour ce qui concerne l'innovation. Pour intégrer le vivant et le végétal au cœur des aménagements extérieurs, le parti pris a consisté à désimperméabiliser et favoriser l'infiltration de l’eau, qui est dirigée vers le sol plutôt que vers la Mosson, le cours d’eau tout proche. Une cour oasis a ainsi pris forme, avec de grandes fosses pour absorber les trop-pleins lors de pluies intenses, et des espèces soigneusement choisies. Il faut attendre que la végétation pousse, puis elle pourra assurer une fonction de masque solaire.

Boucle vertueuse

Grâce à trois zones de production photovoltaïques en toiture, « l’école est en autoconsommation collective, puisque nous alimentons aussi l’école maternelle, la mairie et la salle polyvalente. Ce toit solaire a créé une boucle vertueuse, qui fait de l’ombre pour les préaux et de l’électricité pour les autres bâtiments ! »

Une astuce déléguée à la SA3M, l’aménageur et opérateur énergétique de la métropole de Montpellier, qui a préfinancé et conduit les travaux solaires et auprès de qui la commune de Grabels s’acquitte d’une redevance annuelle de 15 000 euros. Loin des 43 000 euros qu’elle dépensait auparavant, alors même que le coût de l’énergie était moindre. « Depuis, avec les conflits en Ukraine et en Iran, les prix se sont envolés et nul ne sait à quel niveau nous serions », note l’ex-DGS. L’inflation des matières premières a malgré tout fait gonfler l’enveloppe budgétaire du chantier, notamment pour le poste de remplacement de toutes les fenêtres par des menuiseries bois et aluminium en double ou triple vitrage.

Aujourd’hui, le confort est au rendez-vous. Il est aussi sonore, car la paille joue un rôle de captation phonique. Une qualité complétée par un travail sur l’acoustique, notamment pour ce qui concerne les phénomènes de réverbération, neutralisés par des matériaux adaptés au sol et des pièges à son sur les parois. Cette prévention des nuisances permet aux 400 élèves, aux personnels et aux enseignants, de profiter de leurs journées d’école dans de bien meilleures conditions.

 

*Fabien Blasco a quitté ses fonctions de Directeur général des services de la ville de Grabels en août 2026

En quelques chiffres

390 élèves, 17 classes

18 mois de travaux

Inauguration en novembre 2024

Surfaces réhabilitées :

  • 2 170 m² SDP (sur un total de 2 300 m² avec l’extension existante) et 4 400 m² extérieurs

Coût des travaux :

  • 3 978 000 € HT (dont VRD & paysage 833 k€, ITE paille 580 k€ Windcatchers 240 k€)

Subventions :2 212 360 € :

  • État – Fonds Vert rénovation thermique : 633 748 €
  • Fonds européens – FEDER : 600 000 €
  • Agence de l’eau : 321 083 €
  • Métropole Montpellier : 226 320 €
  • État – Fonds vert désimperméabilisation : 145 209 €
  • Caisse d’Allocations Familiales : 100 000 €
  • Région Occitanie – renaturation des cours : 80 000 €
  • Conseil départemental de l’Hérault : 70 000 €
  • Hérault énergies – Certificats d’économie d’énergie : 25 000 €
  • ACTEE – Fonds Séquoia : 11 000 €

Commune de Grabels

Nombre d'habitants :

9188
1 place Jean Jaurès
34 790 Grabels

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