À Guéret, les aidants font la pause (23)
Créée par le centre communal d’action sociale (CCAS) de Guéret, la « pause des aidants » propose différents ateliers aux personnes qui se consacrent à un proche malade, âgé ou handicapé. Un dispositif qui vise à prévenir l’épuisement des aidants.
© CCAS Guéret
Après avoir organisé, pendant plusieurs années, des groupes de parole, le CCAS de Guéret a inauguré, en 2017 la pause des aidants, qui déploie une myriade d’activités destinées à ceux qui soutiennent un proche malade ou en perte d’autonomie.
Des « petits déj’ » sont animés une fois par mois par une psychologue. Ils portent sur un thème défini en fonction des besoins des aidants : prévention de l'épuisement physique et psychologique, sentiment de culpabilité, reconnaissance du rôle des aidants, impuissance face à la maladie, deuil… Des « petits déj’ des aidants » sont également organisés tous les deux mois dans d’autres communes du département, comme Boussac-en-Creuse et Felletin. « Le but est de rencontrer d'autres aidants et éviter l'isolement, qui est malheureusement fréquent », expose Stéphanie Legrain, coordinatrice de la pause des aidants.
Une fois par mois également, ont lieu les « rencontres des aidants ». Animées par un des deux travailleurs sociaux du CCAS, ces rencontres accueillent huit à dix personnes. « Les aidants s'expriment librement sur leur vécu, poursuit Stéphanie Legrain. Certains passent du rire aux larmes pendant ces rencontres. » Toutes les deux ou trois séances, un intervenant est convié : médecin gériatre, psychologue, juriste spécialiste de la curatelle, orthopédiste qui informe sur le petit matériel médical…
Un accueil relais pour les « aidés »
Qui s'occupe des personnes aidées pendant ce temps ? « Nous avons des conventions avec les associations qui interviennent à domicile pendant les petits-déjeuners et les rencontres, afin de lever les freins à la participation », répond Céline Serpin, adjointe à la direction de l'action sociale du CCAS.
La pause des aidants propose aussi un accueil relais non médicalisé destiné aux personnes aidées, afin que les aidants puissent prendre du temps pour eux : se reposer, s’accorder un moment de bien-être, se rendre à un rendez-vous médical… « Car les aidants s'oublient beaucoup », regrette Stéphanie Legrain. De plus, cet accueil relais permet aux « aidés » de sortir du domicile.
À ces différentes activités, s'ajoutent des ateliers créatifs (couture, fabrication d’objets de décoration, confection de calendriers pour les écoliers ou de bonnets pour les femmes atteintes du cancer du sein pendant Octobre rose, etc). Un mercredi par mois, des ateliers jeux de société réunissent aidants, aidés et parfois petits-enfants, ce qui permet de s’inscrire dans un contexte intergénérationnel. Par ailleurs, des ateliers de bien-être et prévention santé sont organisés, ainsi que de l'activité physique adaptée (gym, basket santé…) deux fois par an.
Ce n’est pas tout : des séances de « vélo cognitif » sont proposées aux aidants comme aux « aidés » : ils permettent d'allier activité physique et jeux de stratégie et de mémoire, grâce à un écran posé sur le guidon. Le CCAS a aussi acquis une console pour des après-midi de jeux vidéo ainsi que des casques de réalité virtuelle pour voyager dans des univers qui favorisent la détente ou la découverte de territoires.
Pour financer ces outils novateurs, la pause des aidants est à l’affût de tous les appels à projets déployés par les mutuelles et d’autres institutions. Chaque appel à projets remporté permet de développer l’offre de services.
Un public difficile à capter
Comment assurer la réussite d'une telle structure ? « Nous avons conçu la pause des aidants avec six aidants bénévoles au départ. Cette construction collégiale permet de répondre au mieux aux attentes des uns et des autres, commente Céline Serpin. Les ateliers doivent être créés sur mesure ; chaque année, nous renouvelons les activités, en fonction des demandes. » Afin de ne pas brusquer les participants, « nous n’imposons pas un rythme ni un nombre minimal de séances », précise Stéphanie Legrain.
Par ailleurs, les aidants ne sont pas faciles à capter, c’est pourquoi il importe de nouer des partenariats territoriaux avec les services d’aides à domicile, les maisons de santé, les médecins, les associations, les équipes Alzheimer… Stéphanie Legrain se rend ainsi régulièrement dans les écoles d'infirmières et d'aides-soignants pour sensibiliser à la fonction d’aidant. Pour Jonathan Weinberg, adjoint au maire en charge du CCAS*, « la première étape est un accueil téléphonique assuré par Stéphanie Legrain : c'est un moment très important. La pause des aidants est une structure indispensable pour la population vieillissante de notre département. Elle peut être le préambule à des soins plus profonds ou à une entrée en institution. » Dans la Creuse, la part de la population de 65 ans ou plus s’élevait à 30,9 % en 2021, contre 20,4 % à l'échelle nationale. Soutenir les aidants constitue ainsi un outil de prévention bénéfique aux familles, aux aidés et à la société tout entière.
*N.D.R.L. : Au moment de la rédaction de cet article
En quelques chiffres
En 2024, 300 aidants et aidés ont été reçus. Tous les ateliers proposés sont gratuits.
Les « petits déj’ des aidants », rendez-vous mensuel, durent deux heures et accueillent huit participants maximum.
Les « rencontres des aidants », qui ont lieu tous les mois, durent environ deux heures, pour huit à dix participants.
Le budget annuel de « la pause des aidants », qui fait partie de celui du CCAS, s’élève à 61 238 euros ; il couvre les frais de personnel, soit 1 équivalent temps plein (ETP) de coordinatrice et 0,5 ETP de travailleur social.
La « conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie de la Creuse » (CFPPA) du département de la Creuse (aide provenant de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) a apporté une subvention annuelle de 15 000 euros en 2024, renouvelée en 2025.
D’autres subventions proviennent d’appels à projets lancés par différents acteurs (mutuelles, etc.) et remportés par la pause des aidants. Exemple : les casques virtuels ont été subventionnés par AG2R à hauteur de 8 000 euros. Malakoff Médéric a financé une partie de la console de jeux.
Les locaux sont mis à disposition par le CCAS.
Commune de Guéret
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