La Dranse change de profil à l'embouchure du Lac Léman (74)

À l'embouchure de la Dranse dans le Lac Léman, le Syndicat Intercommunal d'Aménagement du Chablais (SIAC) a réaménagé la rivière, de 2022 à 2024. Les travaux ont redonné au cours d’eau un fonctionnement plus équilibré, conforté des zones de forte érosion et limité le risque d'inondation dans des secteurs stratégiques.

En mai 2015, à la fonte des neiges, une crue majeure de la Dranse révèle les dysfonctionnements de la rivière, qui se jette dans le Lac Léman. Les berges d'un camping sont emportées, une route départementale fermée à la circulation et 2 000 m2 de terrain en bordure d'un vignoble disparaissent dans l’eau. « Cet événement a mis en évidence la vulnérabilité du territoire, et celle notamment de plusieurs établissements pour personnes handicapées, notamment de l’Association de parents d’enfants inadaptés – l’APEI. Ces établissements sont situés sur la rive gauche, qui est fortement urbanisée, explique Mélanie Rouveron, coordinatrice rivières au Syndicat Intercommunal d'Aménagement du Chablais (SIAC). C'est là qu'est né le projet de restauration de la Basse-Dranse, porté au sein d'un contrat de rivière. »

Restaurer la rivière et protéger les populations

Depuis les années 1950, le lit de la Dranse n’a cessé de s’étroitiser, les bras secondaires ont disparu, colonisés par une végétation invasive et le lit majeur s’est creusé petit à petit, favorisant les effondrements de berges lors des crues. Les travaux ont donc consisté à retirer les plantes invasives des bancs de graviers, remodeler ces bancs pour faciliter le transport naturel de sédiments par la rivière, recréer des bras secondaires et stabiliser certains secteurs sensibles par des techniques de génie végétal, avec la plantation de pousses de saules prélevées sur site. « Dans ce projet de restauration hydro-morphologique, nous avons mixé génie végétal et génie civil. C’est notre deuxième opération combinant ces techniques, après les travaux sur la Morge à Saint-Gingolph en 2021-2022 », souligne la coordinatrice. L'opération s'est en effet doublée de la construction d'un système d'endiguement sur le site clé de l'APEI exposé jusqu’alors à un risque d'inondation élevé, afin de mettre à l'abri d'une crue centennale personnels et résidents. Les nouvelles zones de respiration de la Dranse améliorent également la capacité du site à dissiper les crues.

Large concertation avec les acteurs locaux

« En croisant les exigences légales qui interdisent les travaux en rivière entre le 1er novembre et le 15 mars, celles des pêcheurs pour le cycle de vie des truites et celles des kayakistes et du rafting, les travaux n'étaient tout simplement pas possibles », explique la coordinatrice. D'où la nécessité d'une large concertation pour ajuster au mieux le calendrier des travaux. La négociation avec EDF, qui gère le barrage du Jotty en amont, a permis de conserver un écoulement maîtrisé tout au long du chantier. La traversée de la réserve naturelle du delta de la Dranse, réservoir majeur de biodiversité, a aussi eu un impact sur le calendrier, négocié en fonction des périodes de reproduction et de migration de la faune. Finalement, les travaux ont été réalisés durant une période de deux ans et demi (dont deux ans de travaux effectifs). Ils ont été organisés en deux phases – amont et aval - pour gérer au mieux la complexité du projet et limiter l'impact environnemental, avec une alternance fine des travaux hors d'eau et dans le lit de la rivière, en conformité avec la réglementation.

Compensations écologiques et aléas de chantier

Les études faune/flore ont mis en évidence les espèces et habitats naturels, superposés aux zones de travaux envisagées. « En appliquant la stratégie éviter, réduire, compenser, nous avons ensuite adapté le projet initial », précise la coordinatrice. À titre de compensation, une soixantaine de gîtes à muscardin (microrongeur) et chiroptères ont été créés et une nouvelle falaise aménagée pour la nidification, en remplacement de celle remblayée au pied du vignoble. Le chantier a connu une interruption pour remettre en état les passages à engins, emportés par une crue et la seule difficulté technique non anticipée a concerné le traitement de la renouée du Japon, plante invasive. « Le concassage initialement prévu n'a pas fonctionné du fait d'une météo capricieuse avec impossibilité de faire sécher les matériaux contaminés, ce qui entraînait le blocage du broyeur, précise la coordinatrice. Nous avons donc opté pour une solution alternative d'enfouissement en casiers, sous l'eau. »

Premiers résultats encourageants

Deux ans après la fin des travaux, le SIAC constate la reprise du transport naturel de sédiments et le bon fonctionnement des nouveaux chenaux et bras secondaires. Les saules replantés ont bien repris : « Nous allons rapidement nous retrouver avec une végétation dense à entretenir régulièrement, même si le saule a l'avantage de se courber naturellement lors des crues ». Le suivi des plantes invasives ne fait apparaître aucune reprise. Côté faune, les pêcheurs constatent le retour de la diversité écologique dans les bras recréés, qui reste à confirmer par un suivi biologique et écologique à trois ans. Sans crue majeure depuis la fin des travaux, il n'est pas encore possible de tirer un bilan sur le volet inondation. Cette réalisation sert désormais de modèle à d'autres opérations du SIAC, comme la restauration plus en amont de la Dranse, à hauteur de Morzine, lancée en septembre 2025.

La restauration de la Dranse en quelques chiffres

  • 4,5 kilomètres de lit et 19,5 hectares réaménagés 
  • 80 000 m3 de déblais remblais
  • 4,3 millions d'euros : le coût global du projet
  • Projet subventionné à 75 % par l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse (49 %) et le département de Haute-Savoie (26 %)
  • Le solde (25 %) est autofinancé par Thonon agglomération et la communauté de communes du Pays d'Evian et de la Vallée d'Abondance (CCPEVA), dans le cadre de leur compétence en Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi), déléguée au SIAC

Syndicat Intercommunal d’Aménagement du Chablais

Nombre d'habitants :

148729

Nombre de communes :

62
2 avenue des Allobroges - Square Voltaire
74201 Thonon-les-Bains

Michel Caplot

Président

Mélanie Rouveron

Chargée de mission – Coordination rivières sur le bassin versant des Dranses

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