Pari gagné pour le nouveau pôle des services publics de Dirinon (29)
La commune de Dirinon a fait le choix de la frugalité et du réemploi, en menant la rénovation d’un bâti pour moins de 1 000 euros le m2 ! Le nouveau pôle ainsi réalisé réunit différents services publics et créé du lien entre usagers.
© Association Bruded
Regrouper mairie, agence postale, médiathèque et salles associatives dans une ancienne maison de retraite, en touchant le moins possible à l'existant ? C’est le défi audacieux qu’a relevé Dirinon, petite commune du Finistère. Construite en 1995 au cœur du bourg, la maison d'accueil de personnes âgées du Centre communal d’action sociale (CCAS) de Dirinon a fermé ses portes pour raisons financières en 2019. Mais le bâtiment est de bonne facture et très lumineux. La mairie, l'agence postale et la bibliothèque étaient alors installées dans des bâtiments anciens, exigus, non accessibles aux personnes à mobilité réduite. « De là est né le projet de regrouper ces services publics sur un même site, en réutilisant l’ancien établissement du Rozic, qui était de plain-pied, plutôt que de tout raser et reconstruire, indique Guillaume Bodenez, maire de Dirinon. Avec une règle d'or : arbitrer au bénéfice de la frugalité. »
Inscrire la frugalité dans le cahier des charges
En 2020-2021, la mairie commence par une étude de faisabilité du projet, les services de l'intercommunalité l'accompagnent pour choisir un prestataire. Le bureau d'études retenu note que le bâtiment est correctement isolé : il sera à même de répondre aux exigences du « décret tertiaire » qui impose des objectifs de réduction de la consommation d'énergie d'ici 2030 aux bâtiments de plus de 1 000 m2. En revanche, pour la faisabilité technique d'une rénovation légère et frugale de ce bâtiment, le bureau d'études reste frileux : réemploi risqué, rénovation inimaginable à moins de deux millions d'euros... Convaincu de la nécessité de s’engager dans une démarche de frugalité, le maire décide alors de s'impliquer directement dans la rédaction du cahier des charges de l'étape suivante : le choix de l'architecte du futur bâtiment. Le document insiste sur cette exigence de frugalité et de réemploi. Résultat, sur les dix agences d'architectes qui proposent leurs services, huit ont vraiment bien compris les enjeux. L’agence lauréate est composée de jeunes architectes spécialisés dans la rénovation et la préservation de l'existant.
La rénovation débute par l'organisation d'ateliers participatifs avec les futurs usagers et responsables du site : agents techniques municipaux, bénévoles de la bibliothèque, acteurs de la petite enfance... Le nouvel ensemble émerge progressivement à partir des pièces existantes : la médiathèque prend la place de l'ancienne salle de restauration, les bureaux de la mairie s’inscrivent dans les anciennes chambres. Aucun geste architectural inutile n'est autorisé et la seule grosse modification est la suppression d'un couloir de desserte en croix au cœur du bâtiment : il concentrait les déperditions d'énergie et les nouveaux usages se doivent d'être indépendants les uns des autres. À la place de ce couloir, un jardin central est aménagé, avec une coursive intérieure le long des façades. Pour ce qui concerne l’efficacité thermique, chaque suppression de cloison a permis d'améliorer l’isolation des plafonds, sans pour autant tout reprendre.
Un lot travaux réservé au réemploi
L'architecte a également amené dans son escarcelle un réseau d'entreprises habituées à travailler dans cet esprit et qui se sont mobilisées pour répondre à l'appel d'offres de travaux. Un des 13 lots du marché concernait spécifiquement le réemploi. Et l'entreprise sélectionnée sur ce lot a déconstruit les parties à supprimer, en numérotant tous les éléments qui devaient être réemployés. Des huisseries ont été reposées dans les coursives non chauffées, des ardoises ont également été récupérées pour être reposées. Les vasques, WC et frigos des anciennes chambres ont été correctement déposés pour rejoindre une recyclerie et être réutilisés. Mais le gros du réemploi concerne ce qui n'a pas été démoli : le foyer de la cheminée est devenu une niche à livres, du carrelage mural blanc a été conservé là où les « standards » de la décoration l'auraient caché. Une partie du mobilier a été récupérée, dont d'iconiques fauteuils Baumann, regarnis de mousse par un artisan local.
Le choix de la frugalité, tenu et réaffirmé à chaque étape, a permis de réaliser un projet financièrement imbattable : moins de 1 000 euros du m2 rénové ! Cependant, la rénovation frugale exige des arbitrages permanents et un suivi important par les élus, car elle est source de complexité par rapport à une rénovation lourde. Et les maîtres d’œuvre s’exposent au risque de tomber sur une mauvaise surprise. Cela n'a pas été le cas à Dirinon : tous les plans et documents techniques du bâtiment d'origine étaient disponibles et les travaux antérieurs conformes à ces plans.
Un nouveau lieu de vie partagé entre usagers
Livré par étapes entre décembre 2024 et septembre 2025, le nouveau pôle des services publics est aujourd’hui accessible aux personnes à mobilité réduite : de plain-pied avec portes d'origine de 90 centimètres de large. Le bâtiment propose aussi de nouveaux usages, comme une salle d'activités manuelles, des bureaux d'accueil municipaux plus confidentiels, un jardin qui s'anime aux beaux jours. Chaque entité dispose d'un accès autonome et la salle du conseil peut désormais être louée lorsqu'elle n'est pas utilisée par les élus. La rénovation a permis de garder le témoignage de la première vie du bâtiment, ce qui donne lieu à des échanges de souvenirs intéressants. Enfin, en multipliant les raisons de venir sur le pôle, Dirinon a fait de cet espace un lieu de vie où les habitants se croisent et se côtoient. « La médiathèque, gratuite, partage son hall d’accueil avec la mairie : cela incite plus de monde à y aller. Et la fréquentation a déjà doublé ! », se réjouit le maire.
Le projet en quelques chiffres
- 1000 m2 : surface globale du projet comprenant mairie (350 m2), médiathèque, agence postale et salles associatives
- 993 000 € HT : coût global du projet de rénovation, y compris études et maîtrise d’œuvre. Le coût des travaux seul se monte à 917 000 euros, soit 917 € du m2
- 66,7% de subventions obtenues :
- 35,2 % État (via la dotation d’équipement des territoires ruraux et la dotation de soutien à l'investissement local)
- 6,2% région Bretagne (avec le programme Bien vivre partout en Bretagne)
- 12,6 % département du Finistère
- 12,7 % communauté d'agglomération Landerneau-Daoulas
Commune de Dirinon
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