Rezé cartographie son environnement sonore avec les habitants (44)
Durant trois ans, la commune de Rezé a mesuré l’environnement sonore urbain. Une démarche innovante et participative, qui a débouché sur des cartographies sensibles des perceptions, instaurant un dialogue inédit entre élus, habitants et acteurs émetteurs de bruits.
© ToniTorfer
NoiseCapture est une application développée par l'Unité mixte de recherche en acoustique environnementale (UMRAE, Université Gustave Eiffel / Cerema), au sud de Nantes. Ses concepteurs souhaitaient expérimenter l’outil à grande échelle, pour établir des diagnostics sonores et analyser la manière dont les habitants se l’approprient. De leur côté, les élus de Rezé, commune de la métropole nantaise, sont engagés depuis 2020 dans une démarche de santé environnementale au sens large, selon les principes posés par de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Philippe Audubert, maire adjoint de Rezé, en charge de la politique publique en faveur des personnes âgées et de la prévention de la santé : « cette expérimentation correspond à trois engagements : la santé préventive, pour laquelle nous avons créé une délégation spécifique ; l’objectivation des nuisances liées à la proximité de l’aéroport Nantes Atlantique et enfin, la participation des habitants à la vie de la cité, que nous avons à cœur de mettre en œuvre. »
Élus et habitants, également experts
Entre 2021 et 2022, la première édition de SonoRezé a consisté à réaliser des captations sonores dans divers lieux de la ville, par un collectif de 130 habitants, individuellement ou en groupe. Grâce à l’application téléchargée gratuitement sur smartphone, chacun transmettait ses mesures en temps réel à l’Université, afin de réaliser une cartographie au plus proche des perceptions. Philippe Audubert : « Pendant les séances collectives, nous étions sur un pied d’égalité avec les habitants : nos expertises respectives se complétaient. De même, dans les rencontres mensuelles au cours desquelles nous échangions sur les mesures réalisées et sur la notion de bruit. Cette posture a renforcé la confiance et contribué à construire cette méthodologie. »
Ces échanges ont permis d’élaborer collectivement un diagnostic, révélant l’expertise des habitants sur les environnements sonores de leur quotidien. SonoRezé I s’est conclu par un séminaire, où musiciens et circassiens ont exploré des formes originales de restitution : sur la base d’un enregistrement musical de huit minutes, réalisé à partir des bruits de la ville, un saxophoniste puis un batteur ont improvisé une proposition musicale, et une compagnie circassienne a produit une performance. Autant de créations sur la musique des bruits de la ville qui ont mis en évidence combien l’environnement contribue à l’acceptation ou non d’un son.
SonoRezé II
En 2023, un financement de l’Agence nationale de la recherche (250 000 euros) a permis aux chercheurs d’engager une nouvelle phase d’expérimentation de deux ans (2024-2025) avec la ville de Rezé. L’équipe a été enrichie par un tiers veilleur (Auxilia Conseil), chargé de préserver l’équilibre entre les différentes parties prenantes. Fort d’une dizaine d’ateliers et 23 entretiens longs, ce deuxième volet visait à renouveler la concertation et l’action publique autour du bruit. À ce stade, « nous souhaitions poursuivre la démarche avec les habitants et déboucher sur des préconisations pour les politiques publiques », précise Philippe Audubert. Il s’est alors agi de retenir un sujet d’étude faisant consensus, à savoir, le bruit des avions.
L’apport scientifique
Les ateliers collectifs, associés aux analyses des chercheurs, ont permis d’objectiver les perceptions des habitants, leur gêne et la perturbation de leur sommeil. Celles-ci se sont révélées largement sous-estimées par rapport aux données des stations officielles de mesures du bruit. « SonoRezé a montré que la pédagogie peut contribuer à ouvrir un dialogue constructif entre habitants et élus », souligne Arnaud Can, directeur de recherche à l’Université Gustave Eiffel. En outre, l’expérimentation a instauré un dialogue inédit entre habitants, chercheurs et institutions autour d’un sujet technique. Ces rencontres inhabituelles ont entraîné l'intégration d’un panel de citoyens à l’Observatoire régional de santé et celui de l’aéroport, par exemple. Les chercheurs ont adapté leurs analyses aux préoccupations des habitants et la ville s’est appuyée sur leurs résultats pour son dialogue avec les services de l’État. « Sans les chercheurs, nous n’aurions pas été entendus, explique l’élu rezéen. Parce que ces données sont vérifiables scientifiquement, alors nous sommes devenus des interlocuteurs écoutés. »
Reproductible
Alors que la ville a accompagné l’expérience (mise à disposition de salles, communication, mobilisation des élus et des techniciens), les habitants poursuivent aujourd’hui la dynamique à travers le collectif SonoRezé, désormais engagé dans un travail sur le bruit routier. Face aux nombreuses sollicitations de collectivités, notamment via le réseau français Villes-Santé, l’équipe a élaboré un guide méthodologique visant à faciliter l’appropriation de cette démarche par d’autres territoires.
Les chiffres de SonoRezé
- 3 ans d’expérimentation
- 300 participants
- 250 000 euros : financement de l’Agence nationale de la recherche accordé à l’Université Gustave Eiffel et à l’Institut Agro Rennes-Angers, pour la deuxième phase (2024-2025)
Commune de Rezé
Nombre d'habitants :
Philippe Audubert
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