Finances publiques : "tous les signaux sont au rouge" en 2026, alerte la Cour des comptes

La Cour des comptes a dressé ce jeudi 25 juin un constat grave des finances publiques françaises et mis en garde face au fardeau de la dette, tout en jugeant que les prévisions du gouvernement pour réduire le déficit public sont déjà fragilisées par les incertitudes entourant la guerre au Moyen-Orient. La dépense publique locale affiche, elle, une modération inédite.

A moins d'un an de l'élection présidentielle et en pleine préparation du budget 2027, la Cour des comptes a adressé un avertissement sévère concernant la situation des finances publiques françaises et a demandé des "mesures fortes". "On peut dire que tous les signaux sont au rouge", a lancé d'entrée la présidente de la première chambre de l'institution, Carine Camby, à l'occasion de la présentation du rapport à la presse.

Si 2025 avait réservé une "bonne surprise" avec une réduction du déficit public un peu plus importante que prévue (5,1% du PIB, contre 5,4% escomptés), la Cour relève que "ce résultat est dû exclusivement à des hausses d'impôts et de cotisations sociales" tandis que "les économies sur les dépenses ont été une nouvelle fois repoussées". Or les dépenses "ont augmenté plus rapidement que la richesse nationale en 2025", a détaillé Carine Camby. Et "si nous ne parvenons pas à tenir l'objectif de déficit à 5% a minima, cela signifierait que la France est incapable de soutenir un effort dans la durée", a-t-elle poursuivi. La cible "modeste" de réduction du déficit retenue par le gouvernement à 5% du PIB 2026 est "loin d'être acquise", selon les auteurs du rapport.

Les conclusions de ce rapport risquent de peser dans un contexte d'inquiétudes économiques liées à la guerre au Moyen-Orient et avant la réunion prochaine du comité d'alerte des finances publiques.

La Cour redoute une année 2026 "à risques", notamment en raison de "textes financiers en dessous des enjeux, et dont les objectifs déjà modestes sont compromis". La dégradation de la conjoncture économique menace les "objectifs modestes" que le gouvernement s'était fixés. Selon ses dernières prévisions en avril, il anticipe toujours une croissance à 0,9% en 2026, et une inflation à 1,9%, tandis que le consensus des économistes table plutôt sur une croissance à 0,6% et une inflation à 2,1%, d'après le rapport de la Cour. L'objectif de croissance ne sera "vraisemblablement pas atteint", a estimé Carine Camby, et les effets de l'inflation devraient surtout se faire sentir en 2027, avec la revalorisation de certaines prestations sociales pour tenir compte de la hausse des prix.

Quand bien même les prévisions du gouvernement se réaliseraient, la dette publique continuerait de s'envoler pour dépasser 3.620 milliards d'euros, s'établissant à 118,5% du PIB en 2026, prévoit la Cour. Ce qui représentera 160 milliards d'euros de dette supplémentaire pour la seule année 2026. Cela signifie que la France ne parvient pas à ralentir "l'inquiétante dynamique de la dette engagée en 2024 et poursuivie en 2025", selon Carine Camby.

Surtout, les Sages de la rue Cambon s'inquiètent d'une "augmentation massive" de la charge de la dette, c'est-à-dire du coût de l'endettement, qui devrait croître de 12 milliards d'euros en 2026 pour atteindre 77,4 milliards d'euros. Le choc d'inflation en raison de la guerre au Moyen-Orient contribue à cette hausse à hauteur de quelque 4 milliards d'euros. D'après les prévisions de la Cour, la charge d'intérêt de la dette pourrait atteindre 100 milliards d'euros en 2029, soit 3% du PIB. Cette charge croissante risque de consommer "toutes nos marges de manoeuvre", ce qui pourrait compromettre la capacité de l'Etat à affronter de futures crises ou à réaliser certains investissements dans l'Education, la Santé, la transition écologique, a souligné Carine Camby.

Collectivités : un ralentissement notable, mais pour combien de temps ?

Quid de la dépense publique locale dans tout ça ? Eh bien là, le tableau est différent. Sur 2025, "les dépenses des administrations locales ont connu un ralentissement marqué, dans la continuité de ce qui avait été observé au dernier trimestre 2024. Elles ont augmenté de +0,6% en volume, c’est-à-dire à un rythme légèrement inférieur à celui de l’activité économique, les collectivités contribuant de ce fait à la réduction du déficit en 2025", peut-on lire.

Le ralentissement vaut pour les dépenses de fonctionnement des collectivités ("+1,1% en valeur soit une stabilité en volume, après +3,7% en 2024"). Ceci du fait de "moindres charges énergétiques et salariales"… mais aussi de "leur mise à contribution aux efforts budgétaires" qui "en modérant la progression de leurs ressources, a également tempéré la progression de leurs dépenses", décrit la Cour, citant dans une note en bas de page la hausse des cotisations CNRACL, gel des recettes de TVA, baisse des crédits budgétaires, Dilico… Une modération à marche forcée donc, mais en tout cas "inédite depuis la sortie de la crise sanitaire".

Ralentissement, aussi, côté dépenses d’investissement ("+1,9% en valeur après +7,9% en 2024". Et là, il s'agirait même de "la plus faible progression en volume enregistrée depuis dix ans" (hors crise sanitaire). Ce sont en fait les départements qui expliquent cette courbe atone : le volume de leurs investissements a baissé de 9,1% en valeur. Et ce, note la Cour, "malgré une situation financière qui s’améliore en 2025 grâce au ressaut des DMTO". Les communes, elles, affichent une hausse de 7,3% (après 10,4% en 2024).

Et qu'en sera-t-il en 2026 ? "Les dépenses locales augmenteraient de 0,7% en valeur, soit un repli de 0,6% en volume", soit encore moins que ce qui avait été prévu par la loi de finances. Plus précisément, les dépenses de fonctionnement des collectivités "augmenteraient comme l’activité économique (+2,2% en valeur, après +1,1% en 2025) et les dépenses d’investissement se replieraient, en cohérence avec le cycle électoral, de 3,1% en valeur et de 4,3% en volume". La Cour reste toutefois plus que prudente sur ses prévisions qui, admet-elle, "risque d’être dépassées, du fait de l’ampleur déjà enregistrée du choc inflationniste, plus fort que prévu, qui se répercutera sur le prix des achats et sur le coût de la construction". Et la Cour d'ajouter : "De surcroît, l’absence de frein significatif sur les ressources des collectivités et les profils atypiques de dépenses locales observés ces dernières années sont une source importante d’incertitude". Autrement dit, la dernière loi de finances n'aurait pas été suffisamment sévère envers les collectivités. Les élus apprécieront… et espéreront que le gouvernement ne s'attardera pas sur cette observation lorsqu'il préparera le projet de loi de finances pour 2027.

 

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