Françoise Gatel lance les travaux pour construire la stratégie nationale d'aménagement du territoire
La ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation a lancé, mercredi 10 juin, les travaux en vue d’une stratégie nationale d’aménagement du territoire. Cette stratégie devra répondre à trois grandes transformations : démographique, économique et climatique. Il ne s'agira pas d'un "super Sraddet national élaboré depuis Paris", promet Françoise Gatel.
© Damien Valente/ Françoise Gatel
"Depuis plusieurs années, on s'est concentré sur les politiques de cohésion territoriale et on a lancé des programmes nationaux, comme Action Cœur de ville, Petites villes de demain et Villages d'avenir, qui fonctionnent bien et qu'il faut poursuivre, mais les transformations qui sont devant nous nous obligent à renouer avec cette fonction essentielle et complémentaire de l'Etat : celle de stratège et d'aménageur." Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, a donné le coup d’envoi, mercredi 10 juin 2026, des travaux devant conduire à l’élaboration d’une stratégie nationale d’aménagement du territoire, comme le préconisait l’ancienne ministre Dominique Faure, dans son rapport remis fin janvier (lire notre article du 2 février 2026).
Pour marquer ce lancement, Françoise Gatel avait invité dans l’hôtel de Roquelaure quelque 170 participants pour réfléchir aux "Défis de l'aménagement du territoire", en présence de Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie et de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. "Ce que nous lançons aujourd'hui, c'est une démarche collective de réflexion et d'anticipation, a déclaré la ministre, cette stratégie n'a pas vocation à dicter aux collectivités ce qu'elles doivent faire, elle n'a pas vocation non plus à uniformiser les territoires, mais l'Etat a vocation à éclairer chaque territoire pour avoir une vision d'ensemble", a déclaré la ministre, dans l'esprit de l'article 1er du projet de loi visant à renforcer l’Etat local. Pas question, promet-elle d’un "super Sraddet national élaboré depuis Paris" car "la différenciation est une nécessité".
Pour l’ancienne sénatrice, il s'agit aujourd'hui de construire une lecture partagée des évolutions à venir, de mettre en commun les projections et d'identifier les grandes trajectoires qui structureront le pays à l'horizon 2035 et 2050.
Trois grandes transformations
Parmi les trois grandes transformations identifiées et abordées lors de cette rencontre : l'évolution démographique du pays, avec un vieillissement de la population française qui s'accentue, comme vient de le montrer l’Insee (lire notre article du 8 juin). "En 2070, on aura deux fois plus de personnes de plus de 65 ans que de jeunes de moins de 20 ans, et le nombre de centenaires pourrait être multiplié par quatre", a insisté la ministre. Cette évolution ne touchera pas les territoires de la même façon. "Il y a déjà 20% de plus de 65 ans en France, a détaillé Anton Paumelle, démographe au CNRS, chercheur spécialisé sur les projections de la population à l'échelle locale et les implications pour la planification des services publics de proximité, mais cela varie selon les territoires. Certains ont déjà une part de 30% voire de 40% de cette population. Les zones pavillonnaires, comme certains quartiers urbains et territoires ruraux, sont concernés". Et cette évolution démographique aura des incidences sur les besoins en infrastructures, les logements, les écoles, l'organisation des soins, les mobilités…
Autre transformation : le changement climatique avec des enjeux autour de l'eau, de la préservation des ressources naturelles, de l'adaptation des infrastructures et de l'exposition aux risques naturels. "Les territoires les plus attractifs sont souvent les plus concernés", a fait remarquer la ministre, en allusion aux difficultés environnementales vécues par les territoires situés sur le littoral ouest notamment (lire notre article du 10 juin). Enfin, la transformation économique est la troisième évolution importante à laquelle la France va devoir faire face, avec des questions autour de la réindustrialisation, de la transition énergétique, des infrastructures numériques, de l'intelligence artificielle... "Il faut redessiner la géographie productive de notre pays, a insisté Françoise Gatel, et construire un écosystème qui permette de donner toutes les conditions de réussite à nos territoires".
Une réindustrialisation qui n'a pas fait long feu
Deux exemples emblématiques de réussite industrielle ont été présentés, qui servent au gouvernement d'étendards d'une réindustrialisation qui peine pourtant à se concrétiser : le territoire de Dunkerque et la vallée de la batterie, et celui de Lacq, qui a réussi sa reconversion industrielle avec succès. Historiquement marqué par l'exploitation du gaz et l'industrie chimique, Lacq se tourne aujourd'hui vers des filières d'avenir, liées à la transition écologique, avec notamment le recyclage des aimants (lire notre article du 5 mai 2026). "La réindustrialisation est possible par les territoires", a martelé Sébastien Martin. Mais il estime qu’"il faut développer une culture industrielle dans les territoires".
Arnaud Brennetot, géographe, professeur des universités à l'université de Rouen, spécialiste des dynamiques et inégalités territoriales, est revenu sur le sursaut industriel qui a eu lieu entre 2016 et 2024, avec une croissance importante de l'emploi productif. Après quoi, le processus de désindustrialisation a repris. "Après 2024, la mécanique s'est grippée avec un déclin de l'emploi industriel face au contexte politique national et international", a-t-il observé. Le géographe constate un grand clivage qui perdure, entre les territoires du sud qui ont toujours une forte croissance, et pas seulement dans les métropoles, et les territoires du nord-est qui sont toujours à la peine, du fait notamment de la concurrence internationale. "C'est une dynamique qui partage la France en deux morceaux et nécessite des politiques différentes", a-t-il appuyé.
L'urgence d'une stratégie nationale d'aménagement du territoire est en tout cas bien là. "Ces trois transformations s'accumulent et produisent déjà des effets très concrets sur nos territoires, a affirmé Françoise Gatel, ils ont besoin d'une vision d'ensemble !" La réflexion collective doit se poursuivre dans les semaines et les mois à venir avec les collectivités territoriales, les partenaires institutionnels, les acteurs économiques et l'ensemble des forces vives du pays.