La fronde contre les datacenters trouve des relais à l'Assemblée nationale
Le 6 octobre 2026 a été présentée une proposition de résolution réclamant un moratoire sur les datacenters portés par des acteurs extra-européens. Portée par des élus écologistes avec le soutien des communistes, elle se fait le relais d'un mécontentement croissant à l'encontre des giga projets de datacenters. A minima, les députés veulent un débat démocratique à l'échelle nationale et locale.
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Le 6 octobre 2026, à l'occasion d'une conférence de presse associant des élus de territoires impactés par des projets de datacenters, le député François Ruffin (écol.) a défendu une proposition de résolution (pas encore en ligne), demandant un moratoire de cinq ans sur les datacenters "non souverains", c’est-à-dire financés par des acteurs extra-européens. Le député réclame une transparence totale sur l'usage des données, l'énergie, l'eau, les terres et les emplois.
Concertation à tous les niveaux
La résolution défend des débats à tous les niveaux : au Parlement, au Conseil économique, social et environnemental (Cese), dans le cadre d'une convention citoyenne et, surtout, dans les territoires impactés par ces installations. Pour étayer ce manque, des élus démissionnaires de la commune d'Étrechet, concernée par l'implantation d'un datacenter de Google, étaient présents. Du fait de la délégation de la compétence urbanisme à l'agglomération de Châteauroux, qui soutient le projet, la commune n'a pas eu son mot à dire. Marie-Pierre Chabenat-Canals, adjointe démissionnaire d'Étrechet, a déploré des chiffres "communiqués au compte-gouttes" et l'absence d'études sur "la santé, l’environnement ou les nuisances".
Souveraineté et faibles contreparties
Le principal point de blocage tient à l'origine des investissements annoncés dans le cadre du programme Choose France. Cyrielle Chatelain (écol.) a rappelé que, selon les chiffres de la commission d'enquête sur les dépendances numériques dont elle était rapporteuse, 90% des 15 GW demandés par les opérateurs, sur la base des seuls dossiers déposés à RTE, devraient "bénéficier à des acteurs non européens, majoritairement états-uniens". François Ruffin déplore une politique qui aboutit à faire de la France une "colonie numérique".
Les promoteurs de la résolution déplorent aussi la faiblesse des contreparties de ces projets. Les créations d'emplois sont "très inférieures aux promesses", tout comme la récupération de chaleur. Stéphane Peu, député communiste de Seine-Saint-Denis, département qui concentre de nombreux datacenters, estime qu'"aucun raccordement" n'a été fait. La chaleur générée par ces installations serait donc une nuisance qui vient s'ajouter à l'électricité et à l'eau consommée.
Soutien des écologistes et des communistes
Cette proposition de résolution a le soutien des groupes écologistes et communistes. Philippe Latombe (Modem), qui a présidé la commission sur les dépendances numériques, a déclaré qu'il ne signerait pas même s'il soutient l'essentiel des griefs, notamment sur l'absence de débat public. Le mot "souverain" lui paraît en revanche difficile à définir, entre capital, données et puces américaines, les dépendances sont multiples. Surtout, il redoute qu’une pause stricte ne "déclasse" la France, qui a besoin de capacités de calcul proches et de puces plus sobres. Il distingue aussi les "IA factories" des centres de donnée classiques, bien moins énergivores. Il plaide plus pour ralentir sans arrêter, en privilégiant des sites peu impactants mobilisant des financements européens.
Zoom sur quatre conflits emblématiques
Les tensions sont particulièrement vives là où le gigantisme prévaut pour accueillir des calculateurs IA. À titre de comparaison, les centres de données en service les plus puissants aujourd'hui affichent dans les 100 MW et la prévalence va à des sites de 10 à 20 MW.
Fouju-Champdeuil (Seine-et-Marne). Ce "campus IA" de 90 hectares associe Mistral AI, MGX, Bpifrance et Nvidia. La puissance visée est de 1,4 GW, avec une mise en service annoncée à partir de 2028. Le coût annoncé est de 50 milliards d'euros, financés en majorité par le fonds émirati MGX. Six recours ont été déposés devant la cour administrative d'appel de Paris par un collectif d'associations (dont France Nature Environnement, Terre de liens, la Confédération paysanne et les Amis de la Terre). Ils visent la délibération modifiant le PLU, l'autorisation de raccordement délivrée à RTE et quatre autorisations environnementales. Un septième recours, contre le permis de construire, est annoncé comme imminent. Les opposants dénoncent notamment le découpage de la première phase en trois dossiers distincts, qui permettrait d'éviter le classement Seveso.
Ozans (Indre). Ce datacenter porté par une filiale de Google a le soutien de l'agglomération de Châteauroux. Il porte sur des installations d'une puissance de 1 à 1,2 GW couvrant près de 200 hectares. Le projet suscite de fortes réserves, notamment chez les nouveaux édiles élus en 2026, et a conduit à la démission de la maire et des adjoints d’Étrechet qui déplorent l'absence de concertation et un risque de préemption de la ressource en eau.
Alixan (Drôme). L'entreprise Sesterce a annoncé un projet de supercalculateur IA sur le site de Rovaltain. Le collectif Assez DataCenters a saisi le tribunal administratif de Grenoble en février. Le 10 juillet, le juge des référés a suspendu le permis, faute d'étude d'impact et d'autorisation environnementale, et en raison d'un doute sérieux sur sa conformité au PLU. Sesterce a saisi le Conseil d'État le 27 juillet. En octobre l'entreprise a cependant promis de "limiter" le projet à 40 MW, de ne pas utiliser d'eau potable, de financer 10 millions d’euros de projets en lien avec l'agglomération de Valence.
Les Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône). Le projet "Cézanne" de Telehouse occuperait 6 hectares et consommerait 70MW. L'enquête publique a recueilli 162 contributions, dont 103 défavorables. Le permis est contesté par des comités d'intérêt de quartier et par la commune voisine de Saint-Victoret. L'autorisation préfectorale l'est par des associations. Face à cette contestation, la commune a obtenu le 6 juillet une déclaration d'intention de l'opérateur sur la récupération de chaleur pour alimenter un réseau urbain et des serres, le maire jugeant qu'un retrait du permis exposerait la commune à une indemnisation.