La région Grand Est veut résorber la "dette grise" de son réseau routier, en partie grâce à l'éco-contribution poids lourds
La région Grand Est a décidé d'investir 2,1 milliards d'euros d'ici 2035 dans les 525 km de son réseau routier, notamment afin de résorber la "dette grise" laissée par l'État. Une somme qui serait financée à hauteur de 1 milliard d'euros par l'éco-contribution poids lourds qui entrera en vigueur en avril prochain. À court terme, cette dernière se traduira d'abord par l'octroi de différentes subventions pour aider les entreprises locales à franchir l'obstacle.
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Si elle a fait le choix de reprendre, le 1er janvier 2025, 525 km de routes et d'autoroutes à l'État, c'est "non pour constater leur dégradation, mais pour agir", vante la région Grand Est. Alors que "des années d'investissements insuffisants avaient laissé le réseau se dégrader" – plus de la moitié des chaussées ont dépassé leur âge de renouvellement et 12% des ouvrages d'art nécessitent un entretien lourd, est-il précisé – et une "importante dette grise s'accumule", elle souligne avoir commencé à rattraper le retard en consacrant, dès sa reprise, 43,2 millions d'euros supplémentaires à l'entretien de ce réseau, "soit plus du double des crédits annuels auparavant mobilisés par l'État". Plus encore, elle a décidé, le 15 octobre dernier, de consacrer plus de 2,1 milliards d'euros d'investissement d'ici 2035 à ce réseau. Avec pour "première priorité, rattraper le retard", "pour ne pas avoir à reconstruire". 720 millions d'euros doivent ainsi permettre "d'enrayer la dette grise". Sont également prévus par ailleurs "100 millions d'euros pour répondre aux enjeux environnementaux, 50 millions pour sécuriser les itinéraires, 30 millions pour mettre à niveau les aires de repos et de service et 20 millions pour poursuivre la supervision et la gestion dynamique du trafic".
L'éco-contribution à la rescousse
Pour financer cet effort, la région compte notamment sur l'éco-contribution poids lourds (ECPL) – à hauteur d'1 milliard d'euros –, qui entrera en vigueur le 2 avril prochain. "Emprunter nos routes […] doit aussi signifier contribuer à leur entretien", explique la région. Elle rappelle que "dans le Grand Est, 70% du trafic poids lourd est aujourd'hui étranger". Elle souligne encore qu'elle est frontalière de "quatre pays européens qui appliquent eux-mêmes une contribution aux poids lourds". Et ce, "à des tarifs largement supérieurs" à ceux que la région va pratiquer.
Le tarif moyen est estimé à 15 centimes d'euros du kilomètre – il varie en fonction du poids et des caractéristiques environnementales du véhicule. Y seront assujettis les poids lourds de plus de 3,5 tonnes transportant des marchandises et circulant sur ledit réseau de 525 km, qui comprend les A30, A31, A33, A313, RN4, RN44, RN52 et RN431.
Des aides pour "ceux qui produisent ici"...
À court terme, l'instauration de l'ECPL ne sera toutefois pas sans peser sur le budget de la région, à raison des différentes aides prévues.
Pour ceux qui "produisent ici" d'abord. La région prévoit de prendre en charge – "dans les limites réglementaires applicables", et avec un minimum de 350 euros de dépenses annuelles présentées – l'intégralité des dépenses engendrées pour les agriculteurs, viticulteurs, propriétaires forestiers, coopératives, négociants, entreprises de travaux agricoles… par les transports liés aux approvisionnements des exploitations et à la collecte et à la commercialisation de leurs productions.
Elle prévoit également de prendre en charge "les surcoûts les plus importants" des TPE et PME industrielles et artisanales disposant d'une activité de production dans la région (à partir de 3.000 euros annuels pour les entreprises de moins de 10 salariés, de 10.000 euros pour celles employant 10 à 50 salariés et de 30.000 euros pour celles employant de 51 à 250 salariés). Elle prévoit encore, pour les transporteurs rattachés à un établissement du Grand Est, de prendre à sa charge 80% des dépenses éligibles pour installer le boîtier nécessaire, dans la limite de 450 euros par équipement.
... et pour réduire les consommations de carburant
Des aides pour "accompagner la transition énergétique du transport routier" ensuite. Idéalement, pour passer à l'électrique. Des subventions – ainsi qu'un prêt à taux 0 – sont prévues pour l'achat d'un véhicule neuf à faible ou 0 émission et pour le rétrofit (jusqu'à 100.000 euros, en fonction de la taille de l'entreprise et de la nature de l'investissement). Des aides sont également prévues pour l'installation de bornes de recharge électrique ou de stations d'avitaillement en biocarburants dédiées aux poids lourds.
Et pour les structures comptant moins de 21 salariés qui ne peuvent renouveler leur flotte, il est prévu qu'un "chèque transition du transport routier de marchandises" facilite l'investissement dans des équipements réduisant la consommation, comme le carénage du véhicule, l'achat de pneus à faible résistance, etc.
La région souligne enfin qu'entre 2027 et 2035, 101 millions d'euros de travaux ont été identifiés pour maintenir et développer 18 lignes capillaires de fret et que, dans le cadre du contrat de plan 2023-2027, l'État et la région prévoient respectivement 6,6 et 4 millions d'euros pour soutenir la création ou l'amélioration des installations terminales embranchées afin de "faciliter le raccordement des entreprises au rail".