Le gouvernement publie un plan "Antilles Guyane" de lutte contre le narcotrafic

Dans le cadre de la première "conférence régionale de sécurité des Antilles" organisée à Fort-de-France et conclue par la signature d'un "appel de la Martinique" contre le trafic de drogue par une vingtaine de pays, le gouvernement a présenté un plan d'urgence "Antilles Guyane" contre le narcotrafic.

Dans le cadre de la première "conférence régionale de sécurité des Antilles" organisée à Fort-de-France (Martinique) du 29 juin au 3 juillet, à laquelle participait une quarantaine de pays, et dans la foulée de la cinquième réunion de suivi de la lutte contre le narcotrafic tenue au palais de l'Élysée ce 2 juillet, le gouvernement a présenté son plan d'urgence "Antilles Guyane" de lutte contre le narcotrafic. 

"Appel de la Martinique"

Alors que son élaboration avait été lancée le 29 janvier dernier par le président de la République, ce plan habille différentes mesures – dont certaines en cours de déploiement – autour de cinq axes.

- "Renforcer la coopération internationale régionale", d'abord et avant tout. "Seul, aucun d'entre nous n'a la moindre chance de l'emporter", a insisté le ministre Jean-Didier Berger en conclusion de la conférence, se félicitant par ailleurs de "l'appel de la Martinique contre le trafic" lancé pour l'occasion par une vingtaine de pays. "Nous avons déjà signé 18 accords de coopération, et 23 autres sont en cours de signature", vante de son côté le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, également du déplacement.

- "Créer un cordon sanitaire autour des Antilles et de la Guyane", via le déploiement de radars, la création d'unités de polices dans les ports, le renforcement des effectifs dans les aéroports (et "l'arrivée de scanners [à ondes] millimétriques […] pour débusquer les mules", précise le ministre), etc.

- "Occuper le terrain" et "soutenir les populations", en renforçant la présence sur la voie publique (y compris la vidéoprotection), mais aussi les actions de prévention et de prise en charge des addictions.

- "Renforcer les moyens pour mieux cibler et frapper les trafiquants" : au sein des forces de sécurité intérieure, création de groupes dédiés à la lutte contre les armes à feu et les vols à main armée, renforcement des effectifs de l'office anti-stupéfiants des Antilles, renforcement des moyens scientifiques…

- "Protéger les agents luttant contre le narcotrafic ou directement exposés à ce dernier", le plan se bornant ici à indiquer la création et le déploiement progressif d'un programme de prévention des risques corruptifs auprès des agents concernés. En l'espèce, Jean-Didier Berger précise que la prochaine réunion des ministres de l'intérieur du G7 présidé par la France portera d'ailleurs sur "l'infiltration des structures publiques" par le trafic.

Porte d'entrée vers l'Europe

Si le narcotrafic n'épargne désormais plus aucun territoire français, "les réseaux criminels affichent un développement inédit" dans ce bassin, justifie le ministère de l'Intérieur. "Du fait de leur proximité avec les principales zones productrices de cocaïne situées en Amérique latine", les Antilles et la Guyane "ont été incorporées par les narcotrafiquants dans les chaînes logistiques destinées à acheminer la drogue des sites de production vers les lieux de consommation, principalement en Europe", rappelle le gouvernement. Le constat n'a rien de nouveau. En 2020, un rapport sénatorial alertait déjà sur le fait qu'en temps normal, 20 à 40 "mules" souhaitaient prendre chaque vol commercial entre Cayenne et Paris, et que "8 à 10 y parviendraient effectivement". En 2022, le trafic à Cayenne était tel que le procureur de la République avait adopté des procédures simplifiées pour les "mules" détenant jusqu'à 4kg de cocaïne. Depuis la situation ne cesse d'empirer, laissant les élus locaux impuissants. "On a une situation sécuritaire marquée par la forte augmentation des homicides liés au narcotrafic et au trafic d'armes", concédait le président de la République, le 2 juillet. Un constat là encore déjà tiré par un rapport sénatorial l'an passé, qui appelait à un "choc régalien" et dressait 38 recommandations qui n'auront guère connu de suites jusqu'ici.

 

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