"Le modèle actuel des Ehpad a montré ses failles et doit évoluer rapidement"

L'Assemblée nationale organisait le 13 janvier un débat sur "la situation dans les Ehpad à l'issue des deux périodes de confinement". Une nouvelle occasion de pointer les failles dans la gestion de la crise sanitaire. Mais aussi, plus globalement, de s'interroger sur le modèle actuel des Ehpad et de demander un renforcement du taux d'encadrement. Tout en défendant les dispositifs mis en oeuvre pendant les différentes phases de la crise, la ministre déléguée Brigitte Bourguignon a convenu que des changements de fond sont nécessaires. Et a apporté quelques précisions concernant les mesures à venir en faveur des personnels.

Le 13 janvier, dans le cadre de la semaine de contrôle du gouvernement, l'Assemblée nationale organisait, à l'initiative du groupe socialiste, un débat sur "la situation dans les Ehpad à l'issue des deux périodes de confinement de l'année 2020". A cette occasion, tous les orateurs n'ont pas manqué – à l'image de Christine Pires Beaune, députée (PS) du Puy-de-Dôme, qui a introduit le débat – de "saluer tous les personnels – administratifs, techniques et, bien sûr, soignants – qui, depuis bientôt un an, travaillent très dur, dans des conditions difficiles, voire extrêmes, pour s'occuper de nos aînés" : "Ils sont admirables, et pas seulement pendant la crise, mais toute l'année". Cet hommage aux personnels n'a pas empêché les critiques sur la gestion de la crise sanitaire, voire sur le  principe même des Ehpad.

"S'interroger sur les Ehpad, c'est s'interroger sur notre modèle de société"

La crise sanitaire a déjà provoqué, à la date du 12 janvier 2021, 21.003 décès dans les Ehpad, un décompte statistiquement exact mais inférieur à la réalité car de nombreux résidents en Ehpad touchés par le Covid-19 sont morts après leur transfert à l'hôpital. Sans surprise, car déjà abondamment développées dans d'autres débats ou rapports (voir par exemple notre article ci-dessous du 18 décembre 2020), les critiques ont porté sur la pénurie de masques et d'équipements dans les premiers temps de la pandémie, les retards dans la mise en place des tests PCR au sein des Ehpad ou la prise en compte tardive des effets secondaires du confinement, et tout particulièrement du syndrome de glissement. L'heure est aujourd'hui à la vaccination, mais Christine Pires Beaune se dit "surprise du taux minoritaire de personnels disant vouloir se faire vacciner : comment, au pays de Pasteur, une telle défiance à l'égard de la science a-t-elle pu s'installer ?". Plus largement, "le modèle actuel des Ehpad a montré ses failles et doit évoluer rapidement. La crise a apporté une mine inhabituelle de données, qu'il faudra exploiter pour mieux comprendre ce qui s'est passé". Au-delà des revalorisations salariales "bienvenues", il faut aller aujourd'hui vers un renforcement du taux d'encadrement dans les Ehpad, le PS proposant pour sa part une hausse de 25% de ce taux à l'horizon 2024 (soit 80.000 personnels supplémentaires).
Cyrille Isaac-Sibille, député (Modem) du Rhône, va plus loin, en se demandant "comment sommes-nous parvenus à la création des Ehpad, ces maisons de retraite médicalisées dans lesquelles aucun de nous ne rêve d'aller finir son existence ?". Pour lui, "s'interroger sur les Ehpad, c'est s'interroger sur notre modèle de société". 

La mobilisation générale et le retour d'expérience ont atténué les effets de la 2e vague

Brigitte Bourguignon s'est défendue face aux accusations de n'avoir pas anticipé la deuxième vague. Elle estime au contraire que les personnels et les résidents étaient mieux préparés pour y faire face et souligne que "le principe de protéger sans isoler s'est alors imposé comme la seule ligne de conduite possible". La ministre déléguée chargé de l'Autonomie s'est notamment dite "particulièrement attentive à conjuguer une modération dans l'élaboration des protocoles sanitaires avec la nécessité absolue de s'adapter à l'évolution de l'épidémie et à la disponibilité de nouvelles armes pour la combattre". Elle en veut pour preuve l'"opération de dépistage massif auprès de tous les professionnels des Ehpad, avec des stocks fournis et financés en totalité par l'État", dès que les tests antigéniques sont arrivés à la fin des vacances de la Toussaint.
Elle a également évoqué les principaux dispositifs mis en œuvre pour soutenir les Ehpad : recours à la réserve sanitaire, mobilisation de 10.000 jeunes en service civique (notamment pour lutter contre l'isolement en établissements et à domicile), déploiement et renforcement des astreintes gériatriques et sanitaires dans tous les établissements, recours à des modalités de tarification spéciales pour inciter les médecins libéraux à intervenir en Ehpad, mobilisation de Pôle emploi et des ARS pour identifier les besoins dans les territoires et y répondre (10.000 offres d'emplois pourvues à ce jour)...
Pour Brigitte Bourguignon, les résultats se lisent dans les chiffres : "Alors qu'au pic de la première vague, un Ehpad sur deux était touché par un ou plusieurs cas de Covid-19, ils n'étaient plus qu'un sur quatre environ au pic de la deuxième vague, et ne sont plus qu'un sur dix aujourd'hui, soit environ 700 clusters". Pour autant, la ministre estime qu'"il nous faut repenser les modèles et le regard que nous portons sur le grand âge ; il nous faut construire un Ehpad de demain plus protecteur, mieux traitant d'un point de vue architectural, en réseau et ouvert sur l'extérieur ; il nous faut développer l'habitat inclusif et les liens avec le domicile". Une première instruction devrait être adressée prochainement aux ARS, dans le cadre du plan d'investissement en faveur des Ehpad, doté de 2,1 milliards d'euros sur cinq ans, soit cinq fois plus que les volumes de subventions antérieurs.

La revalorisation des personnels sociaux avance, le projet de loi Grand Âge toujours dans le flou

Après les prises de parole des groupes politiques et la réponse du gouvernement, la suite du débat a pris la forme d'une douzaine de questions-réponses, qui ont permis à la ministre d'apporter un certain nombre de précisions. Ce n'est cependant pas le cas pour le projet de loi Grand Âge et autonomie, "le calendrier devant être affiné au fil des semaines". Brigitte Bourguignon a ajouté que "les chantiers prioritaires sont examinés et les réponses sont déjà apportées au fil de l'eau", sans toutefois donner d'indications sur le contenu de ces chantier prioritaires.
Sur le retard pris dans la mise en œuvre de la revalorisation des personnels des Ehpad – du moins au regard de celle des personnels hospitaliers qui a commencé à se concrétiser dès la fin de 2020 –, elle a indiqué que "les textes dédiés, qui seront pris ce mois-ci, prévoient une revalorisation rétroactive dans un souci d'équité". En outre, pour les personnels des Ehpad privés (qu'ils soient ou non à but lucratif), il faut transposer les décisions du Ségur dans les accords collectifs. Les fonds correspondants seront débloqués au mois de février, là aussi de façon rétroactive pour les établissements privés qui auront signé ces accords. Enfin, le gouvernement a chargé Michel Laforcade, ancien directeur général de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine, d'une mission en vue de "formuler avant la fin du premier trimestre des réponses opérationnelles afin d'étendre cet accord aux autres professionnels médico-sociaux".
Au-delà de la revalorisation, Brigitte Bourguignon estime que, pour améliorer l'attractivité des métiers du grand âge, il faut également "travailler sur les cursus de formation, les simplifier parfois et en améliorer la qualité. Il faut aussi faire en sorte que les déploiements sur les territoires soient pertinents, qu'il y ait plus d'interactions entre les acteurs de l'aide à domicile et les établissements".

 

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